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L'adresse de... La cour des...

22 Juin 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

L'ADRESSE DE PANCRACE

Fantaisie par NOZEROY

 

Ce n'est pas de celle qui est inscrite au Bottin que je veux vous entretenir car chacun sait que Pancrace Matic est marchand de gaufres rue Zacharie, et je ne vous apprendrez rien de nouveau. Non je veux vous parler de son adresse au fusil, à la carabine et au pistolet.

Pancrace gratifié par une mauvaise fée qui présidait à sa naissance, d'une paire de prunelles divergentes à la prétention bien injustifiée du reste, de se croire de première force au tir. N'ayez pas l'air d'émettre le plus léger doute à ce sujet vous le vexeriez et vous vous en feriez par la suite un ennemi mortel.

Je fis sa connaissance quelque jours avant le premier janvier, à cette époque bénie où les embarras de Paris se compliquent d'une floraison spontanée de petites baraques.

Il n'était pas à jeun tant s'en faut et fleurait l'alcool à quinze pas.

Immédiatement il met la conversation sur son adresse au tir et comme nous passions devant un stand forain, il s'offre à m'en donner la preuve sur-le-champ.

Heureux de pouvoir me divertir à ses dépens et de voir sa vantardise en défaut, je saisis la balle au bond (pas la sienne bien entendu) et nous nous dirigeons vers le tir en question.

— Tu vas voir, mon vieux, qu'il n'est point nécessaire d'avoir travaillé dans les visières pour savoir bien tirer. Tu vois cet œuf qui danse comme une tourte sur un jet d'eau, c'est par lui que je vais commencer. Veux-tu que je le dégringole au pistolet ou à la carabine ? Ces deux armes me sont également familières, fais ton choix.

— Va pour le pistolet, conseillai-je ; moi non plus je n'ai point de préférence.

Pancrace prend celui qui lui présente le patron de l'établissement et se retourne pour voir si la galerie qui l'admire est suffisamment « conséquence ». le veinard ! Vingt six badauds dont trois garçons bouchers, deux militaires et cinq garçons pâtissiers attendent anxieusement qu'il veuille bien tirer. La main gauche derrière le dos et la cigarette aux lèvres, de la droite il élève l'arme, l'abaisse et son doigt presse la gâchette... Le coup part et l’œuf reste.

— J'en étais sûr, s'écria Pancrace sans se démonter. Chaque fois que je fume une cigarette, la fumée m'entre dans l’œil et je fais chou blanc. Veux-tu me la tenir un instant, je te prie ? Maintenant je vais le prouver que Buffalo Bill n'était qu'un apprenti à côté de Bibi... Regarde-moi ce coup-là, mon vieux ! Je lève mon arme comme ceci je l'abaisse doucement et pan...

Encore raté ! C'est incompréhensible... du moins pour toi, car moi, je sais d'où sera provient. D'abord ce pistolet est un pistolet de pacotille ! Tu comprends on ne doit pas s'attendre à trouver des armes de précisions dans des établissements de cette sorte... Deuxio ; j'ai le bras fatigué d'avoir fait des poids, des poids de vingt kilos que je tiens à bras tendu comme ceci. Alors n'est-ce pas ma main n'a plus la sûreté désirable pour tirer au pistolet … ça se devine ! Patron armez-moi donc cette carabine... je ne veux pas partir d'ici sans vous avoir cassé quelque chose, que diable.

Le patron qui n'est pas rassuré du tout; charge l'arme et la lui remet. Pancrace épaule comme un « pied » et me dit :

— Tiens une idée !... Je vais cassé une pipe. La grosse que tu vois au bout de mon fusil... tu la vois, celle dont je te parle ?

Comment pourrais-je la voir, grand Dieu ? Le canon de sa carabine est d'une mobilité vraiment inquiétante. Il monte, il descend, va à gauche à droite ou de droite à gauche, et menace tout le râtelier de pipes du stand. Le patron qui est allé placer une cible dans le fond de sa baraque, pour un autre amateur n'a plus une goutte de sang dans les veines. Il rampe sur le sol pour regarder sa place, plus mort que vif, et se dissimule de son mieux.

Pancrace se décide à presser la détente. Le coup part, une pipe dégringole.

— Ah ! Pour le coup, ça y est... s'exclama-t-il triomphant. Je savais bien qu'il m'était impossible de la manquer... Tenez, patron, voici dix sous, payez-vous.

Ayant remis sa monnaie en poche, Pancrace dont la modestie n'est point la vertu dominante, reprit mon bras et sa cigarette, puis m'accompagna jusqu'à ma porte en me parlant de la formidable raclée que la France pourrait infliger à ses ennemis, si elle possédait seulement dix mille tireurs dans son genre ; mais par un oubli bien excusable pour sa vanité, il omit avec soin de m'avouer que la pipe cassée par le plus grand des hasards n'était pas du tout celle qu'il avait visée. Et des types comme Pancrace on en rencontre à tous les coins de rue, hélas

 

LA COUR DES MIRACLES N'EST PAS MORTE

Qui croirait qu'il existe encore de nos jours une Cour des miracles ? Celle-ci n'a pas, il est vrai, ses assises au parvis de Notre-Dame et se recrute non parmi les mendiants et malandrins de notre capitale, mais bien parmi les romanichels. M. Lucien Descaves nous donne à ce sujet les curieux renseignements.

C'est en territoire français dans la Camargue aux Saintes-marie-de-la-Mer que les romanichels ont leur Cour des miracles. C'est là que, tous les ans dans la nuit du 24 au 25 mai ils viennent en grand nombre élire leur reine. Ils se réunissent dans la crypte d'une vieille église romane où la légende veut que les deux Marie, sœurs de la mère du Christ, se réfugièrent après la mort de celui-ci. Elles avaient une servante qui s'appelait Sara et qui était Égyptienne. C’est à sa mémoire que les romanichels accourus de tous les points de l'Europe , rendent une sorte de culte. Ils vénèrent des ossements renfermés dans une châsse. Et malheureusement ils ne sont pas tenus d'aller en pèlerinage aux Saintes-Marie-de-la-Mer une fois seulement dans leur vie. Voyager à travers la France est si agréable qu'ils en redemandent !

REVUE NOS LOISIRS DU 15 DÉCEMBRE 1907

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