GUERRE AU BAISER !...
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GUERRE AU BAISER !...
LE BAISER TUE !
Crient certains médecins qui attribuent au geste divin la
propagation de redoutables maladies
L'organisme de l'homme le plus pacifique est un champ de bataille ? Des myriades de microbes nous entourent, nous assiègent, nous envahissent. Dans l'air que nous respirons, l'eau et les aliments que nous absorbons, il existe une infinie variété d'infiniment petit agressifs et virulents. Comment se bien porter au milieu de ses dangers innombrables, invisibles et toujours présent ?
Il faut dit M. Metchnikov, directeur actuel de l'institut pasteur, rendre grâce aux phagocytes. Il donne ce nom à certaines cellules qui possèdent la curieuse propriété d'absorber et de détruire les microbes par une sorte e digestion. Les phagocytes sont des gardiens vigilants et actifs, des sortes de brigades mobiles. Un point de l'organisme es-il attaqué ? ils s'y portent aussitôt pour combattre l'ennemi. De là ces gonflements, ses bourrelets inflammatoires qui nous font souffrir et ne se produisent, d'ailleurs, que dans les cas de grande invasion. D'ordinaire ils éliment discrètement les intrus. Cette bonne marche du service constitue la santé.

Parfois il est vrai les bons phagocytes succombent emploi sonnés par les toxines ; ans ce cas l'organisme à son tour, succombe. C'est ce qu'il faut éviter le plus possible. Aussi importe-t-il que nous secondions nos gardiens. Dans ce but nos médecins nous recommandent la médiation antiseptique, tandis que nous savants travaillent à enrichir cette sérothérapie à laquelle nous devons déjà la guérison de la rage et du croup.
Or — après avoir écris précédemment nous croyons devoir y revenir encore — le grand foyer d'infection microbienne est la bouche, le plus parfait agent de transmission est le baiser. Sans doute il existe des bacilles bienfaisants. Mais ce sont parfois des hôtes incommodes car ils ternissent la blancheur des dents ; il s'agit alors de combattre l'excès de leur zèle par des rinçages antiseptiques. Ce sont de maladroits amis.
Mais à côté d'eux, grouillent autour des dents dans les cavités buccale, sur la langue, à la voûte du palais, sur les lèvres, des milliers de microbes pathogènes. Nous vivons avec eux ils sont neutralisés par les phagocytes ; mais, qu'un changement de température survienne s'accroît et voilà l'organisme infecté.

La mort est dans les plus jolies bouches.
Pneumonie, diphtérie, tuberculose, érysipèle, coqueluche, grippe, oreillons, scarlatine, méningite, typhoïde... que sais-je encore ? Vous,pouvez trouver tout cela dans un baiser. On peut toujours mourir d'amour. Songez que chacun de ses microbes est, le plus souvent, susceptible de produire toute une variété de maladies pernicieuses. Ainsi le pneumocoque peut déterminer non seulement la pneumonie mais une angine à fausse membrane, une péritonite, etc. etc.
En France et en Amérique, des docteurs célèbres se sont appliqués à étudier la nocivité du baiser. Mais les Yankees ne se sont pas contenter de reconnaître le danger, ils ont cherché les moyens de le combattre. Une grande ligue s'est formée et qui n'est point composée que de vieillards. Mais l'humanité renoncera-t-elle au baiser ? Cessera-t-elle de boire la liqueur parce que les sages auront tracé une tête de mort sur le flacon ?
Les docteurs américains n'ont pas osé l'espérer. Et ils ont inventé l'écran antiseptique. On s'embrasse encore mais à travers l'écran transparent et léger. Les femmes le portent encadré de vieil argent d'écaille ou d'or fin, suspendu à la chaîne de col parmi leurs accessoires de coquetterie, avec le miroir, la houppette, le bâton de rouge et le face à main.
Cet hygiénique colifichet peut prêter à de jolis gestes et, par surcroît , irriter le désir. Et c'est à merveille pour les cœur léger. Quand aux amoureux passionnés, aux romantiques, on les verra briser leur écran, unir tragiquement leurs lèvres et passer de l'amour à la mort.
En ce qui nous concerne je ne crois pas que le face à bouche obtienne ici une grande fortune. La vieille Europe ne manque n d'expérience ni de philosophie. Il n'y a pas tant de bonnes choses ici-bas qu'on doive proscrire la meilleure. Pour parer le danger, on se contentera d'un flacon d'eau dentifrice.
REVUE NOS LOISIRS DU 19 JANVIER 1908