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CRUEL DEVOIR

9 Mai 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

 

C R U E L      D E V O I R

Nouvelle par E. ISTIVIE

 

 

CRUEL DEVOIR

 

 

L'ouragan souffle furieusement.

Le vent huhule dans les agrès du contre-torpilleur qui se glisse dans les ténèbres et bondit à la crête des vagues. De gros cumulus aux abords argentés le reflet lunaire et déchiquetés par lambeaux qu'emporte le vent, couvent avec une vitesse vertigineuse dans le bas du ciel.

Par instants un éclair bleuâtre fulgure la nue et sa phosphorescence monte l'horizon qui apparaît, par intermittences livide et moutonneux.

On entend le halètement sourd du destroyer auquel se mêle le bruit strient de ses hélices qui tournoient dans le vide lorsqu'une lame sourde soulève à l'arrière et que les ailes battent l'air par saccades frénétiques qui font vibrer sa mince coque d'acier.

Son étrave effilée fend la mer, qui rejaillit en gerbes d'écume jusque sur la dunette, où on aperçoit confusément, à la lueur des éclairs, la noire silhouette d'un officier qui se tient cramponné à la rambarde de fer.

Aucune lumière, nul feu de position ne dénonce la course rapide du vaisseau-fantôme qui se prépare à attaquer l'ennemi à la faveur de cette nuit de tempête, propice à l'accomplissement de l’œuvre d'engloutissement.

Ainsi que le poisson dont il porte le nom, l'Espadon est armé ; mais au lieu d'un dard, c'est une torpille qu'il récèle à son avant.

C'est elle qui éventrera le colosse d'acier qu'elle doit rencontrer sur son fatal trajet. Elle broiera les membrures de fer du monstre, déchirera ses flancs bardés d'acier et enfin elle ouvrira la formidable brèche par où a mer s'engouffrera pour achever l'infernale besogne de mort ; alors le cuirassé coulera entraînant dans les profondeurs abyssales de l'océan les innombrables vies humaines qui, confiantes ans sa force, dormaient à l'abri de sa ceinture cuirassée.

Cet horrible holocauste dont l'idée seule fait frémir d'épouvante et d'horreur, le commandant qui scrute les ténèbres du haut de la dunette, avec le farouche espoir d'apercevoir le navire ennemi et, cependant prêt à l'accomplir.

L'amiralissime japonais lui a confié la tâche suprême de surveiller la passe de Tsouchima et s'il aperçoit un cuirassé ennemi qui aura réussi à franchir le redoutable passage qui garde déjà un double chapelet de mines sous-marines, il devra la torpiller, dût-il périr en accomplissant son devoir.

Ah ! Non le commandant Okama n'y faillira pas car c'est avec une joie sinistre qu'il se dit que bientôt peut-être il aura la chance de rencontrer le croiseur russe dont il guette l'approche avec une impatience fébrile.

Et alors, tel le narval qui meurt attaché au flanc du cachalot qu'il a transpercé de son dard mortel, il coulera avec son navire, s'il le faut ; mais auparavant sa torpille aura éventré le croiseur ennemi.

En quittant Nagasaki, il a appris la rage dans le coeur, que sa jeune femme et son enfant avaient été capturés par le croiseur Diana, à bord du transport japonais qui les amenait à Yeddo ; et maintenant le navire russe vogue avec sa prise vers Port-Arthur afin d'y débarquer ses prisonniers.

Et en songeant aux souffrances qui vont endurer les êtres aimés dans les sombres et humbles casemates russes, les doigts de l'officier se crispant sur la rambarde de fer qu'ils étreignent convulsivement.

Ah ! Oui c'est avec une âpre satisfaction qu'il vengera les siens si le Destin lui en offre l'occasion !

Soudain, tout là-bas, au fond de l'horizon un feu scintille pour s'éteindre presque instantanément, mais le commandant l'a aperçu, aussi saisit-il fiévreusement sa lunette marine et il la braque sur cette lueur fugitive.

Il fouille e lointain d'un regard exacerbé d'avoir longuement fixé le large et tout à coup, il proféra une exclamation de joie indicible :

— C'est un eu de position ! C'est l'ennemi !

Alors du sifflet pendu à son cou qu'il a brusquement porté à ses lèvres, il tire un son strident qui déchire l'air et ait accourir aussitôt l'officier de quart qui se tenait à côté de la barre du gouvernail.

— Branle-bas de combat ! S'écrie le commandant.

Bientôt de l'intérieur du destroyer sort la fourmilière des matelots nippons et chacun prend son pose de combat sur le pont.

En un clin d’œil les deux pièces de canon de retraite et les projecteurs électriques sont débarrassés de leur capot de toile goudronnée.

Dans le poste d'avant les tubes lance-torpilles sont visités et chargés, après qu'un faible courant a été lancé dans les torpilles afin de s'assurer qu'elles éclateront normalement.

L'officier torpilleur n'attend plus que le commandement de lancer les terribles engins de destruction.

Pendant ces préparatifs de combat le commandant du destroyer n'a pas détaché le regard du point brillant que l'on aperçoit maintenant très distinctement ce qui ne peut être que le feu de position d'un navire ennemi.

Car quel bateau oserait s'aventurer dans cet étroit chenal barré par une double ligne de mine flottantes ? C'est même extraordinaire que celui-ci ait pu la franchir sans en faire exploser plusieurs.

Il fallait supposer que la tempête avait rompu les chaines les attachant à leurs corps-mort, car on ne pouvait s'expliquer autrement leur inefficacité.

Le croiseur ennemi s'avance rapidement et à la lueur d'un éclair qui illumine le ciel e commandant Okama reconnaît un navire du type Diana.

Aucun doute n'est possible à cet égard ; ce sont bien les trois cheminées et la forme spéciale de la proue des croiseurs de cette série qu'il vient d'apercevoir.

Mais alors songe l'officier, affreusement ému, c'est donc le Diana que l'amiral russe aura chargé d'éclairer la marche de l'escadre car le seul navire qui lui ressemble, le Poltawa est actuellement au cap Saint jacques avec la division Nebogatoff !

A cette effroyable pensée une angoisse mortelle lui étreint le cœur : sa femme et son enfant sont à bord un cuirassé que son devoir oblige à torpiller.

Oh ! L'horrible anxiété !

Les yeux révulsés l’officier cherche à percer les ténèbres avec le foi espoir de s'être trompé ; mais hélas ! Il comprend l'inanité de son ardent désir quand le lieutenant qui se tient à ses côtés murmure à son oreille :

— C'est le Diana!

— Malédiction ! Rugit le commandant d'une voix rauque.

Une lutte affreuse se livre ans son esprit bouleversé.

— Sera-t-il le bourreau de sa femme adorée ? va-t-il sacrifier son enfant chéri, ne serait-il le traitre à son serment et faillira-t-il à son devoir ?

Pâle comme la mort, il se sent défaillir pendant que le navire ennemi continue à s'avancer sans soupçonner encore la présence du redoutable destroyer.

Maintenant il n'est lus qu'à un demi-mille à peine et on distingue sa masse sombre ans l'obscurité.

Déjà le lieutenant s'étonne du mutisme de son commandant quand tout à coup celui-ci se redresse tragique et stoïquement il commande :

— A toute vitesse ! Forcez !

L'ordre est transmis ans les machines.

Le pont de fer trépide, les tôles frémissent sous l'effort des hélices.

Bientôt une masse noire apparaît à quatre cent mètres, puis une lueur éclatante illumine la mer. Le croiseur a aperçu l'ennemi et, affolé il projette la lumière de ses phares électriques dans la direction du destroyer afin de faciliter le tir de l'artillerie.

— Feu ! Clame le commandant Okama dans un râle agonisant.

Quelques secondes s'écoulent... et au moment une vague gigantesque , sorte de trompe liquide soulève e navire russe, qui retombe la quille fracassée, une détonation sourde éclate dans la nuit et se mêle au fracas de l'explosion de la torpille.

Le commandant Okama s'écroule aux pieds de son lieutenant, le crâne fracassé et baignant dans la mare e sang qui tient de pourpre la dunette, pendant que les matelots nippons poussent un long cri de triomphe...

 

 

 

BALEINES EN PROMENADE

 

 

Les baleines qui se trouvent sur les côtes de Norvège et de la Finlande en mars et avril, sont en mai vers les Acores ou même aux Bermudes ; elles vont parfois jusqu'aux Antilles. En juin elle sont de retour en Norvège. On retrouve sur certaines d'entre elles des preuves indéniables de leurs long voyages par exemple des harpons d'une sorte particulière en usage sur les côtes d'Amérique du Sud.

 

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