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MOINEAUX SANS NID N° 310

9 Octobre 2013, 09:00am

Publié par roman

CHAPITRE 310

MARIUS ATTAQUE

Durant le trajet de Paris à Melun, l’ami d’Edwige Ramier, apprit avec stupeur tous les détails concernant l’aventure arrivée à la femme qu’il aimait, détails qui lui furent donnés par Victor Regaud, le chauffeur de la voiture.

— Vous ne pouvez vous imaginer, Monsieur, ce que j’ai ressenti lorsque j’ai vu que la malle placée sur le toit de cette même voiture, renfermait le corps d’un homme !: S’écria Victor, encore bouleversé par ce souvenir.

— Qu’est-ce que vous racontez ? S’exclama Marius ahuri et inquiet. Il s’agissait donc d’un cadavre ?

— Non ! Bien qu’il en eût toutes les apparences ! Mais le docteur Mollet m’a affirmé qu’il était bien vivant et qu’il s’agissait d’un malheureux surnommé « le Boiteux » un clochard qu’il soignait grâce à une de ses récentes découvertes.

Marius sursauta et grinça des dents.

Il en savait suffisamment pour réaliser toute l’ampleur du drame et devinait presque les raisons pour lesquelles le diabolique médecin avait séquestré sa pauvre Edwige.

Une sueur glacée lui mouilla le dos, en songeant au temps qui s’était écoulé depuis la disparition mystérieuse de la jeune femme ainsi qu’au risque qu’elle avait couru et qu’elle courait toujours !

— Pourvu que nous arrivions à temps ! S’écria-t-il en apercevant les premières maisons de la banlieue de Melun, qui se dressaient tout au loin.

— Nous sommes presque arrivés, dit Victor. Nous allons tourner à droite au premier croisement et nous prendrons le sentier. Après trois kilomètres, nous arriverons devant la propriété du docteur Mollet qui est isolée et entourée par un immense parc complètement inculte.

En effet, dès qu’ils eurent atteint la bifurcation, ils tournèrent sur la droite et la voiture de Victor s’engagea dans un sentier poudreux qu’elle parcourut à vive allure.

Après le premier tournant, le chauffeur freina brusquement et s’arrêta.

— Eh bien ! Qu’est-ce qui vous prend ? S’écria Marius irrité. Pourquoi vous arrêtez-vous ? Je ne vois aucune maison !

— C’est vrai, Monsieur, mais il vaut mieux ne pas approcher davantage afin de ne pas donner l’éveil, expliqua Victor, en ouvrant la portière et en descendant de voiture.

Il tendit un doigt devant lui et ajouta :

— Tenez ! Vous voyez ce groupe d’arbres à une centaine de mètres ? Ce sont ceux du parc en question et je ne me trompe pas !

Marius regarda dans la direction indiquée et remarqua,n en effet, les cimes de hauts peupliers argentés que faisait frissonner le vent.

Il réfléchit quelques secondes puis quitta la voiture et rejoignit son compagnon qui restait silencieux.

— Etes-vous déjà entré dans cette propriété ? Demanda Marius.

— Oui, mais je suis resté dans le parc avec la voiture et j’en suis reparti presque aussitôt. A la vérité, je n’ai pas vu grand’chose.

— Savez-vous s’il y a des chiens de garde ? S’inquiéta Marius.

— Je n’en sais rien. Je n’en ai pas vu, mais il n’est pas exclu qu’il y en ait. Sachez aussi que le gardien de cette villa est un type bizarre, d’aspect assez grotesque, et qui loge dans le petit pavillon placé près de la grille ; il possède peut-être un chien !

— Tant pis ! Marmonna-t-il, cela n’a pas grande importance, car je pourrai toujours m’en débarrasser !

— Vous voulez pénétrer dans la propriété ? Questionna le chauffeur.

— Il le faut ! Déclara énergiquement Marius. Je tiens absolument à savoir ce qui s’y passe et je veux arriver à imposer mes volontés au docteur Mollet. J’espère qu’il n’est rien arrivé d’irrémédiable à ma chère Edwige et qu’il consentira de bonne grâce à lui rendre la liberté.

— Et s’il refusait ? Murmura Victor en hochant la tête.

Marius tressaillit, tandis qu’une lueur mauvaise dansait dans ses yeux.

— Alors ça ira très mal pour lui, répondit-il d’une voix sourde et dure. Je viens ici chercher Edwige et rentrer ensemble chez nous. Si le docteur Mollet s’y oppose, eh bien ! Il aura affaire à moi !

— Je tiens à vous prévenir qu’il est assisté par un homme jeune et robuste qui semble lui être tout aussi dévoué que le gardien. Vous aurez donc trois hommes contre vous !

— Ce sont justement les raisons pour lesquelles je cherche à me renseigner de mon mieux. Je veux prendre toutes mes précautions avant de tenter cette aventure, répliqua Marius.

— Je vais essayer d’abord de pénétrer dans le parc sans attirer l’attention. Je m’approcherai ensuite de la maison et j’essaierai de comprendre ce qui s’y passe. Puis, je dresserai mon plan d’action de manière à ce qu’Edwige ne puisse courir aucun danger. Je dois penser à elle avant tout, sachant parfaitement que ce maudit médecin est capable de n’importe quoi. Me comprenez-vous à présent ?

— Bien sûr, Monsieur, affirma le brave homme et vous ne vous trompez certainement pas, car il m’a suffi de quelques minutes pour réaliser combien le docteur Mollet est un homme dangereux aux réactions imprévisibles !

— Alors, allons-y ! S’exclama Marius. Vous voulez bien me donner un coup de main, n’est-ce pas ?

— Je le ferais très volontiers, bredouilla le chauffeur hésitant et quelque peu inquiet ... mais j’ai une femme et des enfants et à cause d’eux, je n’ai pas le droit de risquer ma vie pour une affaire qui, il faut bien en convenir, ne me concerne pas.

Un sourire amer se dessina sur les lèvres minces de son interlocuteur.

— Je ne peux pas vous blâmer, reconnut-il en hochant tristement la tête. Toutefois, je tiens à vous faire remarquer qu’il s’agit de la vie d’une femme innocente. En m’aidant, vous contribueriez à la sauver d’une mort certaine !

— Je le sais bien, Monsieur, mais c’est impossible, reprit avec force le chauffeur. Je vous répète qu’à cause de ma petite famille, je ne puis commettre une telle imprudence. Ne me prenez pas pour un égoïste ou un froussard, mais ma femme et mes enfants comptent sur moi pour gagner leur vie !

Marius soupira avec résignation.

— Bon ! Conclut-il. Il n’est pas dans mes intentions de vous demander d’exposer votre vie, mais seulement de m’aider dans la mesure de vos possibilités. Pour commencer, accompagnez-moi jusqu’à la grille du parc, là, nous étudierons soigneusement la situation et je vous préciserai ce que j’attends de vous.

Cette fois, le chauffeur répondit résolument :

— Je vous suis, Monsieur, mais permettez-moi auparavant de déplacer ma voiture, elle se trouve au tournant de la route et je ne voudrais pas qu’elle soit accidentée par un autre véhicule.

En achevant de prononcer ces paroles, il remonta dans son taxi, fit la manœuvre qu’il venait d’exposer, puis satisfait coupa le moteur, redescendit et s’empressa de rejoindre l’ami d’Edwige qui l’attendait avec impatience.

Sans échanger un mot, les deux hommes se dirigèrent vers l’extrémité du sentier. Peu après, ils aperçurent le mur entourant la propriété du redoutable médecin et que cachaient de grands arbres.

Ils l’atteignirent et examinèrent soigneusement la grille, cherchant à voir à travers les barreaux,n mais de mauvaises herbes hautes et touffues, recouvraient les allées et les plates-bandes et rejoignaient les basses branches des arbres, formant un rideau impénétrable.

— Je crois, déclara Marius après quelques instants d’observations qu’il ne nous sera pas difficile de franchir cette grille et de pénétrer dans le parc. On n’entend aucun bruit. Je pense que les habitants de la maison sont trop occupés à l’intérieur !

— Il n’est pas douteux, fit observer le chauffeur, que la véritable difficulté consiste à entrer dans la villa.

— Alors que décidez-vous ? Reprit Marius, m’accompagnez-vous, où préférez-vous m’attendre ?

Victor hésita :

— Je pense qu’il est plus prudent que l’un de nous deux demeure ici. Je préfère ne pas m’éloigner de la voiture et être prêt à démarrer dès que vous reviendrez avec cette pauvre femme.

— Bien ! Attendez-moi donc, murmura Marius songeur, sans doute n’avez –vous pas tort, car il est impossible d’imaginer ce dont peut être capable ce maudit médecin. Je vais pénétrer seul à l’intérieur, mais auparavant nous allons nous entendre.

— Parfait ! S’exclama Victor, l’air ravi.

— Tout d’abord réglons nos deux montres. La mienne marque onze heures précises. Si dans deux heures, c’est-à-dire à treize heures, vous ne me voyez pas revenir, alors alertez la gendarmerie et demandez-lui de venir à mon secours !

— D’accord, Monsieur, répondit l’autre, satisfait de cette collaboration bénigne.

Après avoir soigneusement réglé leurs montres, Marius commença à escalader la grille du parc avec une aisance qui l’étonna lui-même. Il se laissa choir de l’autre côté en faisant un saut de près de deux mètres qui fut amorti par l’épaisseur de l’herbe.

Marius était d’une nature robuste et malgré ses longues journées de lit, il possédait une énergie insoupçonnée qui lui permit d’accomplir cette acrobatie.

Toutefois, il ne put réprimer une grimace de douleur causée par sa récente fracture de l’épaule et s’appuya au tronc d’un arbre pour reprendre ses forces.

Ensuite il s’enfonça dans le par cet prit la précaution de longer les grands arbres pour être toujours prêt à se dissimuler derrière l’un d’eux en cas de danger.

Victor le regarda agir à travers les barreaux de la grille.

Lorsque Marius disparu de sa vue, il sortit son journal de l’une de ses poches et commença à le lire. De temps à autre, il levait les yeux pour surveiller son taxi dont il apercevait le capot.

Prudent et silencieux, s’arrêtant presque à chaque pas pour écouter, Marius continua à avancer jusqu’à ce qu’il découvrit la maison.

Il s’immobilisa alors derrière un buisson d’aubépines, bordant ce qui avait dû être autrefois une spacieuse pelouse.

Il examina longuement les fenêtres et les portes de la villa qui étaient hermétiquement closes, ce qui donnait une apparence d’abandon.

Cependant sur le toit, un mince filet de fumée sortait de l’une des cheminées qu’un vent léger faisait tourbillonner.

Marius esquissa un sourire et l’angoisse qui pesait sur son cœur se dissipa brusquement, car cette fumée signifiait beaucoup de choses et, pour commencer, que la maison était effectivement habitée.

Marius essaya d’en imaginer le plan intérieur. Soudain, il fronça les sourcils, frappé par un détail qu’il n’avait pas observé au premier coup d’œil et qui pouvait avoir une très grande importance.

Il s’agissait d’une corde faite à l’aide deux draps qui pendait de l’une des fenêtres du premier étage, la seule d’ailleurs qui fut entr’ouverte sur cette façade.

L’extrémité du drap était distante du sol de quelques mètres et s’agitait, par moments, sous l’action du vent.

Une pensée subite traversa l’esprit du jeune homme.

Quelle explication attribuer à cette échelle improvisée qui se balançait devant l’une des façades de la maison ?

La seule répondant logiquement à cette question était que quelqu’un était descendu par cette voie, l’unique qu’il eût de s’évader, afin de n’éveiller l’attention de personne.

Edwige ! Ca ne pouvait être qu’elle qui ait enté d’utiliser ce moyen pour fuir le dangereux médecin.

Un grand soupir de soulagement échappa à Marius ; cette déduction était non seulement logique, mais réconfortante. Par contre, si Edwige avait réussi à s’évader, il arrivait trop tard.

Mais où se serait-elle réfugiée après avoir quitté sa prison ? Etait-elle cachée dans le parc ou avait-elle déjà franchi le mur de clôture ?

Peu importait ! Ce qui comptait avant tout c’était de savoir son amie à l’abri de l’ignoble persécuteur.

« Il faut que je la retrouve immédiatement ! » se dit Marius.

Il regarda autour de lui une fois encore et, convaincu que personne ne l’avait vu, il courut vers la villa où pendant l’échelle improvisée. Une de ses mains était crispée sur la crosse du revolver qu’il avait emporté, ne voulant pas être surpris sans avoir la possibilité de se défendre ...

Maintenant il avait la certitude que le docteur Mollet était un homme très dangereux.

Cette fois encore, il ne rencontra aucune difficulté. Il semblait que les habitants de la villa ne se souciaient guère de ce qui se passait à l’extérieur. Sans doute avaient-ils la conviction d’être complètement à l’abri des curieux, protégés par le grand mur entourant la propriété.

Quelques secondes après, Marius arriva près de la corde qui se balançait plus vite sous l’action du vent.

Il se pencha pour examiner la terre et voir s’il existait des traces de pas mais il n’en découvrit aucune et cette constatation le laissa perplexe.

Il leva les yeux vers la fenêtre, saisit l’extrémité du drap et le tira légèrement à lui comme s’il cherchait à en contrôler la solidité. Il l’examina attentivement et murmura :

« Curieux ! Je ne comprends pas qu’il n’y ait aucune empreinte ! »

Mais il remarqua le léger tourbillon de poussière soulevé tout à coup par un vent plus fort et sourit.

« Voilà l’explication de ce petit mystère » se dit-il.

Il était certain que seul Edwige pouvait avoir attaché ces draps à la fenêtre pour s’évader. Il décida donc de battre en retraire ans attendre que quelqu’un sortit et le surprit à l’intérieur du parc.

« Je n’ai aucune envie de tomber sur le docteur Mollet, se dit-il ‘en revenant rapidement sur ses pas et sans faire de bruit) car, du moment qu’Edwige n’est plus sa prisonnière, il est inutile qu’il sache mon intrusion chez lui »

Il arrivait au tournant de l’allée lorsqu’il s’arrêta, fixant le pavillon de garde qu’il n’avait pas remarqué en longeant le chemin en sens inverse.

En effet, la maisonnette se trouvait à quelques mètres sur la droite de la grille, cachée par une haie de buis et une rangée de hêtres bordant l’allée.

« Ce doit être la maison du gardien » songea-t-il.

Il se disposait à repartir, lorsqu’il blêmit en voyant que la porte s’ouvrait et qu’un homme à l’aspect grotesque apparaissait sur le seuil le fixant d’un regard soupçonneux.

C’était « le Dragon » le fidèle serviteur du docteur Mollet. Il ne pouvait exprimer sa surprise puisqu’il était muet.

Mais avant qu’il ait le temps d’esquisser un seul geste, Marius bondit sur lui, le frappant avec violence.

{ A SUIVRE LE 12 OCTOBRE }

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