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MOINEAUX SANS NID N° 302

15 Septembre 2013, 09:00am

Publié par rilan

CHAPITRE 302

LE DELIRE DE ROBERT MONTPELLIER

Oui, c’était ma mère, répéta-t-il d’une voix lointaine, si c’est l’unique image que j’aie d’elle, car elle a toujours refusé de se laisser photographier ou de faire exécuter son portrait, malgré les prières de mon père qui l’adorait.

— Peut-être avait-elle ses raisons pour s’y opposer, observa le jeune artiste.

— C’est juste, soupira son hôte.

— Ah !

— Je vais vous les raconter.

— Je ne voudrais pas être indiscret ! Protesta courtoisement Montpellier.

— Non, il faut que vous sachiez !... Un mois avant d’épouser mon père, commença lord Richmond, ma mère décida de se faire photographier par ‘l’artiste le plus en vogue à Londres, afin d’offrir sa photo à l’homme qu’elle aimait.

— Ce qui est tout a fait naturel ! Commenta Montpellier.

— Mais, malheureusement pour elle, il existait un autre soupirant dont ma mère avait la plus profonde horreur. Ce misérable, on n’a jamais su comment, s’était procuré le négatif de cette photo et en fit tirer une demi-douzaine d’exemplaires.

— Oh ! S’écria Robert indigné du procédé.

— Avec une photo, continua l’Anglais, il fit faire un agrandissement sur lequel il figurait aux côtés de ma mère.

— Quel homme ignoble ! S’exclama Robert outré.

— L’odieux individu commit cette indélicatesse pour empêcher le mariage de mes parents et cette méprisable machination faillit coûter la vie de ma mère.

— C’est indigne ! S’écria avec force Montpellier.

— Cependant Dieu ne le permit pas et fit en sorte que sa coupable action fut découverte. Mon père tua ce misérable en duel.

— Il méritait assurément cette leçon ! Déclara énergiquement Robert Montpellier.

— Voilà la raison pour laquelle ma mère refusa par la suite de se laisser photographier, reprit lord Richmond.

— Et c’était bien compréhensible ! Murmura Robert.

— Je désire, poursuivit l’Anglais après un léger silence, posséder un portrait d’elle qui provoque l’admiration de tous ceux qui le verront.

— Pourriez-vous exécuter cette œuvre, mon cher Montpellier ? Questionna anxieusement son hôte.

— Je ferai de mon mieux, Mylord.

— Est-ce que vous pensez que cette photo vous suffira ?

— Elle est un peu pâle, admit Robert en l’examinant de nouveau, mais elle me suffira ; cependant ...

— Cependant ? Interrogea avec inquiétude l’Anglais.

— J’ai besoin de connaître la couleur de ses yeux ... ajouta Montpellier.

— Ils étaient du même bleu que les miens, précisa vivement son interlocuteur.

Il lui fournit également tous les détails possibles sur le physique de sa mère, tandis que Robert l’écoutait avec la plus grande attention.

— Ces renseignements me suffisent, déclara ce dernier.

Il demanda du papier et des crayons que l’Anglais fit apporter et très rapidement il dessina une esquisse, qu’il tendit à son hôte.

— Merveilleux ! S’écria lord Richmond, c’est elle !

— Vraiment ?

— Oui ! Répéta l’autre avec enthousiasme, c’est exactement le visage de ma chère mère.

— J’en suis ravi.

— Et moi encore plus que vous ! S’écria l’Anglais en rangeant soigneusement la photo dans son portefeuille. (Puis fixant Robert, il poursuivit) : Vous m’avez confié tout à l’heure que vous cherchiez du travail ?

— En effet, soupira tristement Robert.

— Alors, je vous demande de bien vouloir exécuter ce portrait.

— J’accepte avec plaisir ! S’exclama le jeune artiste.

— Parfait ! Déclara l’Anglais ravi. Vous m’indiquerez votre prix pour cette œuvre que je désire de grandeur nature.

— C’est entendu, accepta Robert Montpellier. La semaine prochaine je me mettrai au travail.

— Ah ! Et pourquoi pas dès demain ? Questionna lord Richmond étonné.

— Il me faut un peu de temps, car je crains de manquer d’imagination !

— Comment un homme possédant un tel talent peut-il avoir de pareilles craintes ? S’écria l’Anglais.

— Parce que, murmura à voix basse le jeune homme, je viens d’être très cruellement frappé par la mort de la femme que j’aimais.

— Ah ?

— Et je me sens très fatigué, ajouta robert en hochant la tête.

— J’en suis désolé mon cher Montpellier, répliqua l’Anglais, légèrement déçu ... mais, reprit-il aussitôt, me permettez-vous de vous faire une proposition ?

— Je vous en prie, Mylord !

— Puisque vous ne vous sentez pâs en excellente santé et que vous ne savez où loger à Londres, acceptez d’être mes hôtes pendant tout le temps qu’il vous plaira de rester sous mon toit ! Offrit lord Richmond avec élan.

— Vous êtes trop aimable, mais je ...

— C’est vous qui le seriez en acceptant simplement mon offre, coupa l’anglais en souriant. Restez ici avec votre ami, vous me ferez un réel plaisir, acheva-t-il en pressant de l’index un bouton de sonnette.

— John ! Ordonna-t-il au valet de chambre qui apparut tout de suite, préparez deux chambres pour mes amis.

— Bien, Mylord, répondit-il en s’inclinant.

— Vous leur servirez également de la viande froide, du fromage et une bouteille de Bordeaux, ajouta lord Richmond.

— Vous êtes trop aimable, mais nous n’avons pas faim, je vous remercie, refusa poliment Robert.

— Il faut cependant que vous repreniez quelques forces, après votre terrible aventure, insista énergiquement l’Anglais.

— J’ai le plus grand dégoût de tout ! Déclara Robert.

— Même de votre art ? Demanda l’anglais.

Le jeune artiste ne répondit pas. C’était l’unique chose qui lui restait désormais sur terre.

Valérie ! Ce nom hantait douloureusement son esprit.

Quant à l’infortuné Michel Labeille, il ne prononçait pas un mot, complètement prostré, enfoncé dans une sorte de totale apathie qui l’empêchait de réaliser ce qui se passait autour de lui.

Leur hôte les enveloppa d’un regard empreint de compassion, puis murmura :

— Voulez-vous me suivre, mes amis ?

Robert prit le bras de Michel Labeille et l’entraîna avec douceur derrière le maître de maison.

Ils traversèrent de nombreuses pièces, puis une longue galerie, pour arriver finalement dans l’aile de la maison où avaient été préparées les chambres qu’on leur destinait.

Michel Labeille pénétra dans une chambre somptueusement meublée communiquant par un petit salon avec celle du jeune homme.

Dans la chambre réservée à Robert, il y avait un grand lit à baldaquin, une table d’époque renaissance flanquée de chaque côté de deux magnifiques fauteuils du même style, recouverts de tapisserie au petit point. Une splendide toile représentant une scène de chasse recouvrait entièrement le mur du fond. Une grande baie s’ouvrait sur un charmant jardin à la Française, aux ifs admirablement taillés, rempli de fleurs et d’allées entretenues avec le plus grand soin.

— Je pense que vous ferez bien de vous coucher tout de suite, conseilla l’Anglais qui avait remarqué la pâleur inquiétante de Robert.

— Je crois que c’est ce que je vais faire sans tarder, admit le jeune peintre.

— Je vais vous faire porter du thé qui vous réconfortera, vous et monsieur Labeille.

— Merci, murmura Montpellier.

— Je vais téléphoner à mon médecin, afin qu’il vienne vous examiner tous les deux et vous donner les médicaments dont vous avez besoin !

— Je ne veux pas vous occasionner tant de soucis ! Protesta Montpellier.

— Je vous en prie, mon ami, c’est peu de chose. Maintenant reposez-vous, ajouta lord Richmond en souriant et en se dirigeant vers la porte.

Dès qu’il eut quitté la pièce, Robert s’empressa de se déshabiller et de se coucher.

Il brûlait littéralement de fièvre et de longs frissons lui parcouraient le corps.

« Mon Dieu ! Se dit-il en soupirant, si nous n’avions pas eu cet homme, nous serions dans la rue monsieur Labeille et moi ! »

Il venait tout juste de se glisser entre les draps que la porte de sa chambre se rouvrit et que la valet de chambre entra, portant sur un plateau d’argent massif, une tasse de thé fumant ainsi qu’une bouteille de rhum de la Jamaïque. Il posa le tout sur la table de chevet.

— Voici, Monsieur, dit-il à voix basse, en versant une large rasade d’alcool dans le thé, buvez vite !

— Non, merci, je n’ai besoin de rien ! Refusa Robert d’une voix lasse.

— Pourtant, Monsieur, cela vous fera beaucoup de bien, reprit John.

— Laissez-moi !

— Excusez-moi d’ »insister, Monsieur, mais il faut que vous buviez ce thé pendant qu’il est encore chaud, ajouta le valet de chambre en tendant la tasse au jeune artiste.

Robert ne put continuer à refuser et but le breuvage.

— Très bien ! S’exclama le domestique en souriant, Mylord sera satisfait !

Robert s’allongea dans son lit, tandis eu le vieux serviteur emportait le plateau.

— Bonne nuit, Monsieur, dit-il.

— Bonne nuit et merci beaucoup ! Répondit Montpellier.

— N’hésitez surtout pas à sonner si vous désirez autre chose, même au cours de la nuit ! Ajouta l’aimable serviteur.

— Je vous remercie.

— Alors, bonne nuit, Monsieur, et à demain !

Le valet de chambre referma la porte sans bruit.

Resté seul, Robert se pelotonna sous les couvertures, tremblant toujours de froid, malgré le thé brûlant qu’il venait d’avaler.

— Valérie ! Appela-t-il tout haut, le cœur étreint d’une horrible angoisse, Valérie !

Il continua à répéter ce nom et bientôt fut en proie à un violent délire.

— La mer ! Hurla-t-il en essayant de s’asseoir sur son lit. La mer ! Les vagues vont l’engloutir !

Il tressaillit soudain, sentant une main fraîche se poser sur son front.

— Ne me touchez pas ! Cria-t-il en ouvrant les yeux.

Il distingua confusément une silhouette d’homme qui se penchait sur lui.

— Qui êtes-vous ? Demanda-t-il d’une voix irritée.

— Ne vous agitez pas ! Je suis un médecin, répondit avec douceur l’inconnu.

— Un médecin ? Je suis donc malade ? S’exclama Montpellier l’air stupéfait.

— Ce n’est rien ! Vous avez seulement beaucoup de fièvre !

— Vous croyez que je vais mourir ? Questionna le jeune artiste.

— Non ! Non ! Affirma en souriant le praticien.

— J’en suis désolé ! Soupira tristement Montpellier, au grand étonnement de l’autre.

— Comment, si jeune vous désirez mourir ? S’exclama ce dernier en se penchant sur le malade.

— Oui, affirma Robert, de nouveau en proie au délire. Valérie est morte ! Vous me comprenez, n’est-ce pas ?

Le médecin fronça les sourcils et pensa :

« Le malheureux il recommence à délirer ! »

— Valérie ! Reprit Robert. Valérie m’a sauvé la vie, alors que les Allemands allaient me fusiller !... Et après, elle est morte en se jetant à la mer !

Le médecin échangea un coup d’œil désolé avec le maître de maison qui se tenait à l’écart près de la fenêtre,, puis il saisit le poignet du malade.

— Je crois que ce pauvre garçon vient de subir une violente commotion ! Murmura-t-il perplexe, car il est en proie à une forte excitation nerveuse.

— Ecoutez-moi ! Reprit Robert en élevant la voix. Valérie n’avait aucune raison de vouloir disparaître. Elle venait de s’enfuir avec son père et moi. Elle désirait rentrer à Paris pour retrouver Mireille et Pierrot, ces deux pauvres petits moineaux sans nid, égarés dans les rues de la capitale !

Le médecin se pencha sur lui et dit à voix basse :

— Taisez-vous, mon ami ! Cessez de parler !

Mais Robert insista :

— Vous croyez peut-être que Valérie avait des raisons pour se tuer ? S’exclama-t-il, le visage angoissé.

— Non ! Non ! Répondit le médecin, espérant ainsi le calmer.

— Et pourtant elle s’est jetée à la mer ! Poursuivit Montpellier d’une voix désespérée et les yeux exorbités.

Le médecin le força doucement à se recoucher. Puis, il se tourna vers le maître de maison et expliqua :

— Si ce que je lui donne ne suffit pas pour faire tomber la fièvre, il faudra lui appliquer de la glace sur la tête.

— Docteur, vous croyez que c’est grave ? Je désire tellement que cet homme guérisse ! S’écria lord Richmond très inquiet.

— Je ferai l’impossible Mylord ! Affirma le médecin.

— Ce garçon est un grand artiste ! Déclara le maître de maison.

— Ah ! Est-il musicien ?

— Non ! C’est un peintre d’immense talent.

A cet instant, Robert Montpellier fixa l’Anglais qui lui sourit et s’approcha de lui.

— Est-ce que vous avez songé à faire préparer une toile ? S’enquit le malade.

— Non ! Pas encore, répondit son hôte.

— J’en ai absolument besoin ! Déclara énergiquement Montpellier.

— Il faut, avant tout, que vous guérissiez, mon ami, murmura l’Anglais.

— Je ne puis attendre davantage reprit avec entêtement Robert. Il me faut cette toile tout de suite !

— Bien ! Bien ! Je vais donner des ordres pour vous la faire monter immédiatement, affirma lord Richmond, espérant le calmer par cette réponse.

— J’ai également besoin de pinceaux, de tubes de peinture, de rayons gras et d’une palette, ainsi que de quelques chiffons, continua Robert très excité.

— Vous les aurez !

Le médecin fit signe au maître de maison de ne pas prêter attention aux propos du malheureux, que sa fore fièvre faisait délirer.

— Surtout, recommanda-t-il que cette potion lui soit donnée toutes les trois heures, exactement.

Il quitta la pièce, suivi par lord Richmond.

Robert resta seul et finit pas s’assoupir.

Trois heures plus tard, le valet de chambre entra pour lui faire avaler la potion prescrite par le médecin.

Mais à l’aube la fièvre de Robert avait encore augmenté et ce ne fut que vers midi qu’elle diminua un peu.

Lorsque le médecin revint à la fin de l’après-midi, il le trouva dans les mêmes conditions que la nuit précédente.

— Il ne va ni mieux ni plus mal, déclara-t-il à lord Richmond, après avoir minutieusement ausculté le malade.

— Croyez-vous qu’il s’en tirera ?

— Je ne peux pas me prononcer pour le moment !

— Quel malheur !

Reconnaissant soudain la voix de son hôte, Montpellier ouvrit les yeux et tourna la tête dans sa direction.

— M’avez-vous fait porter la toile et tout ce qu’il me faut pour exécuter le portrait de malade votre mère ? Demanda-t-il.

— Oui !

— Mais ... je ne vois rien !

— Je les ai fait déposer dans le petit salon à côté, précisa l’Anglais.

— Il me les faut ici ! Insista Robert en désignant du doigt l’angle de la fenêtre.

Lord Richmond regarda le médecin perplexe.

— Ne l’écoutez pas, murmura ce dernier, il délire !

Après avoir rédigé une nouvelle ordonnance, il quitta Robert Montpellier pour se rendre dans la chambre voisine où se trouvait Michel Labeille, dont l’état était beaucoup moins grave.

Le jeune artiste passa une après-midi relativement calme. Cependant avec le retour de al nuit, sa fièvre recommença à monter.

Vers dix heures du soir, John, le valet de chambre, vint lui donner sa potion, puis s’étant assuré que rien ne lui manquait, et que ses couvertures n’avaient pas été déplacées, il quitta sans bruit la chambre du malade.

Robert jeta un regard autour de lui. La lampe de chevet était restée allumée et répandait une agréable clarté dans la pièce.

— Tiens ! S’écria le jeune homme, je ne me trompe pas, c’est une toile !

En effet, près du mur une grande toile blanche avait été posée sur un chevalet. Sur la table de style renaissance, il apercevait une boite de peinture, des pinceaux de toutes les dimensions, des chiffons et une palette.

Son hôte pour calmer l’extrême nervosité du malade, lui avait fait porter ce qu’il ne cessait de réclamer depuis la veille.

— C’est bien la toile que je lui avais demandée ! Murmura-t-il satisfait. (Puis voyant qu’il ne parvenait pas à en détacher son regard se demanda) : Suis-je toujours capable d’exécuter un bon portrait ?

Rejetant brusquement ses couvertures, il s’assit sur le bord du lit et continua à fixer la toile. Il resta immobile quelques secondes. Soudain, il se dirigea vers la table.

Il saisit la boite de couleurs, l’ouvrit et trouva à l’intérieur tout ce qui lui était nécessaire pour peindre. L’esquisse faite, d’après la photographie de la mère de son hôte qui avait été placée à l’intérieur du coffret. Montpellier choisit avec soin un crayon gras, posa la toile sur le chevalet et épingla le dessin sur la gauche. Puis il se mit à peindre, pris par la fièvre sacrée de l’inspiration.

Durant près de trois heures, il travailla sans s’arrêter un instant. Le portrait avançait avec une incroyable rapidité ... c’était une œuvre absolument remarquable.

Robert acheva l’exécution de certains détails et s’arrêta. La toile était terminée, il ne lui restait qu’à retirer l’esquisse qu’il avait épinglée sur la gauche du portrait pour lui servir de modèle.

Le jeune homme recula de quelques pas, examinant longuement son travail.

— Oui, murmura-t-il satisfait, ça peut aller !

Il rangea ensuite soigneusement couleurs et esquisse dans la boite, s’essuya les mains à un chiffon, puis regagna son lit.

Lorsqu’il se glissa sous ses couvertures, la force d’e l’inspiration qui l’avait soutenu jusqu’alors, le quitta d’un seul coup et il retomba dans une inconscience totale.

Un froid mortel le pénétra, agitant son corps de tremblements convulsifs.

Tant qu’il était resté debout à peindre, il n’avait rien ressenti, mais à présent sa fièvre ne cessait de monter.

Et lorsqu’une demi-heure plus tard, le valet de chambre revint pour lui faire prendre sa potion, il s’aperçut avec angoisse que l’état du malade avait empiré.

« Mon Dieu ! Se dit-il, ce pauvre garçon est très mal ! »

Il ne se trompait pas.

« Que faire ? Dois-je tout de suite aller réveiller Mylord ? » Se demanda-t-il perplexe.

En attendant, il s’installa au chevet du malade qui gémissait en dormant.

John se souvint soudain des recommandations du docteur, et alla chercher la poche de glace qu’il posa sur le front brûlant de Robert.

— Valérie ! Valérie ! Murmura le malade. Mon Dieu que cette mer est froide !

« Pauvre malheureux ! Pensa le valet de chambre, il parle de la femme qu’il aime ! »

— Valérie ! Répéta Robert d’une voix angoissée.

Il prononça plusieurs fois encore ce nom chéri, puis finit par se taire et s’endormit. Sa fièvre ne diminuait pas et son visage était cramoisi.

Le lendemain, son état ne s’était guère amélioré. Vers neuf heures du matin, n’y tenant plus John alla prévenir son maître.

— Mylord lui dit-il, après avoir frappé à la porte de sa chambre, portant le plateau de breakfast, je dois vous avouer que monsieur Montpellier ne va pas bien du tout !

— Qu’est-ce que vous dites ? S’exclama l’Anglais en bondissant hors de son lit.

— Hélas ! Mylord, je ne crois pas me tromper ! Soupira son fidèle serviteur.

Lord Richmond se rendit immédiatement auprès de Robert. Dès qu’il fut entré dans sa chambre, il ne put retenir un cri de stupeur en contemplant la toile :

— Ma mère !

{ A SUIVRE LE 18 SEPTEMBRE }

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