VOTRE OPINION ET LA NOTRE 4/6
Le Muséum d'Histoire naturelle n'a pas encore décidé de nourrir et de soigner convenablement les animaux confiés à sa garde ; mais il va s'occuper de leur psychologie. Une chaire spéciale et un laboratoire de psychologie animale seront créés à cet effet. Le mot de « laboratoire » employé dans le document officiel inspire même des inquiétudes aux braves gens, car il suggère l'idée de vivisection. Les pensionnaires du Muséum ont besoin de fourrage et point de scalpel.
L'Académie des sciences voulaient savoir en vertu de quel phénomène psychologique la mère hippopotame du jardin des plantes avait méconnu son enfant qui en est mort ; et pourquoi les fauves tenus en cage deviennent fréquemment irascibles. Pensez-vous qu'il convienne à des hommes de s'étonner à ce sujet ? On nous raconte chaque jour le martyre d'une foule de petits enfants dont les mères n'étaient pas des pachydermes. Et sans être un fauve, le bipède qui s'appelle homme perd promptement le contrôle de sa volonté quand on le met en cellule.
Les animaux ont les mêmes instincts, les mêmes passions, les mêmes joies, les mes douleurs que nous. Ils nous sont inférieurs par certains côtés, supérieurs par d'autres.
Le cheval de tombereau est vingt fois plus vigoureux, plus sain, plus moral que le charretier qui le maltraite. Il est parfois plus intelligent. La distance est plus grande entre certains échantillons de l'espèce humaine qu'entre les hommes primitifs et les autres mammifères. Il faut n'avoir jamais observé les créatures vivantes pour supporter que leur psychologie ne se ramène pas aux mêmes principes.
Chaque fois qu'un savant a pris la peine d'étudier la vie d'une espèce animale, de l'éléphant ou de la fourmis, de l'abeille ou de nos compagnons domestiques, il a noté des « merveilles ». La grande merveille c'est notre ignorance, notre dédain, notre cruauté à l'égard de nos frères après tant de siècles de vie commune.
NOS LOISIRS 17 NOVEMBRE 1907