VOTRE OPINION ET LA NOTRE 2/3
VOTRE OPINION ET LA NOTRE 2 / 3
Au temps où le Vautour de la Sierra faisait la gloire de Nos Loisirs, la police eut maille à partir avec des gentilshommes de boulevards extérieurs qui dévalisaient les riches pour secourir les pauvres diables. Maintenant, c'est la reine des Apaches qui s'incarne dans la pneudo-comtesse de Monteil, générale des rats d'hôtels. La réalité suit toujours de près le roman. Souvent même elle le dépasse.
Les feuilletonistes qu'on accuse de pervertir l'imagination populaire e de susciter des vocations criminelles n'osent même pas dire la vérité toute entière ; ils craindraient de tomber dans dans l'invraisemblance.
Comme notre Apache-Roi, Amélie Condemine vivait dans la société la plus élégante ; on la voyait aux réunions mondaines, au pesage des champs de courses, des inaugurations, vernissages et galas ; elle jouait gros jeu dans les cercles sur la Côte-d'Azur, sur ses fidèles lieutenants , elle détroussait les voyageurs. Les journaux aristocratiques publiaient son portrait, décrivaient ses toilettes ; et la voilà sur les fiches de l'anthropométrie... Ses mémoires auront du succès, si l'administration pénitentiaire lui donner le loisir de les publier.
On se demande souvent à quoi sert un « ministre des Beaux-Arts » parce qu'on ne comprend pas comment la fantaisie d'un politicien peut encourager, diriger ou protéger les arts. Même si le ministre des Beaux-Arts était lui-même un artiste, des arts protégés, dirigés, encouragés, ne seraient bientôt que des métiers vulgaires, exercés par des médiocres et par des intrigants, sans vocation, sans inspiration, dans un bus de lucre.
La véritable tâche du ministère des Beaux-Arts si l'on tient à le conserver pour la facilité combinaisons parlementaires, devrait être de décourager les fausses vocations artistiques. Le mot est d'un peintre connu.
Rien n'est plus funeste que l'art véritable — qu'il s'agisse de littérature ou de peinture, de musique ou de sculpture — que la surproduction. Nous sommes submergés dans un océan de mauvais livres, de mauvais tableaux, de mauvais plâtres, de musique à faire hurler les chiens. Il n'y a plus de critique possible. Il n'y a plus de goût éclairé. Les génies incompris peuplent les asiles de nuit et les maisons d'aliénés. Au fond, ce qui attire tant de jeunes gens vers la vie d'artistes, la vie de bohème c'est la paresse.
REVUE NOS LOISIRS DU 12 AVRIL 1908
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