VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/3
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VOTRE OPINION ET LA NOTRE
Les ménages sans enfants passent pour manquer de civisme et les ménages qui ont trop d'enfants mettent en péril la santé publique. Le tribunal correctionnel de la Seine est présentement saisi de la question.
Deux ouvriers avec leur mère et leurs deux femmes, occupaient dans la banlieue de Paris, un logement de deux pièces ; ils avaient à eux deux quinze enfants. Total vingt personnes entassées qui pouvait en loger trois ou quatre.
Le propriétaire était tolérant ; les apôtres de a repopulation triomphaient ; la commission d'hygiène et le maire de la localité, tout au contraire, exigent l'évacuation du logement. Ils soutiennent qu'il y a là un danger pour les voisins.
Ils pourraient ajouter que cette abominable promiscuité de vingt créatures humaines sur quelques mètres carrés est un véritable crime contre la santé physique et contre la moralité des quinze enfants. Les esprits honnêtes et logiques, ne comprennent pas pourquoi c'est un acte coupable d'étrangler un enfant et un acte méritoire ou seulement licite de condamner quinze enfants à la faim, à la souffrance, à la dégradation. Il ne semble pas que la famille doive être régie par les mêmes instincts chez l'homme et le lapin
Le jury des cours d'assises va subir une transformation ; les ouvriers y auront accès. Les femmes saisissent l'occasion pour revendiquer le même droit.
Actuellement le ministère public donne une grave entorse à la vérité quand il affirme aux jurés — dans chaque réquisitoire — qu'ils sont les représentants de la conscience publique, et à l'accusé qu'il est jugé par ses pairs. Les jurés sont choisis dans une étroite catégorie de citoyens, par l'administration elle-même conformément à ses vues politiques. Le plus terrible pouvoir social est ainsi l'apanage d'une classe.
Dans les affaires de droit commun, cette situation n'a pas beaucoup à d'inconvénients parce que la conscience d'un honnête homme est la même sous la redingote et sous le bourgeron. Mais dans les affaires politiques, il faut compter avec les préjugés avec les intérêts. Dans les affaires passionnelles il faut compter avec les préventions d'un sexe habitué à l'égoïsme et à la tyrannie.
Les ouvriers qui sot l'immense majorité de la nation, se plaignaient à bon droit de ne jamais voir un ouvrier dans le jury ; les femmes qui sont la moitié de la nation, se plaignent de ne jamais voir une femme parmi les juges. On donne satisfaction aux ouvriers ; il faudra bien arriver à donner satisfaction aux femmes.
REVUE NOS LOISIRS DU 23 FEVRIER 1908