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VOTRE OPINION ET LA NOTRE 2/2

19 Février 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

 

N° 32

VOTRE OPINION ET LA NOTRE

 

La couleur locale disparaît en tout pays. Voici que la navaja est proscrite en Espagne. La fabrication en est interdite ; le port en est défendu. On a fouillé en pleine rue les individus et, rien qu'à Madrid en deux jours, on a confisqué trois mille navajas. (long poignard espagnol à lame courte et acérée)

Seulement on n'a pas osé fouiller les femmes. Il est bien connu par les récits des voyageurs, par les romans et les romances, que toute Espagnole pur sang passe dans sa jarretière un poignard à l'usage des insolents ou des perfides. On a désarmé les hommes on n'a pas désarmé les femmes ; la partie n'est plus égale ; le sexe fort risque d'être demain le sexe faible ; il jonchera de ses cadavres à l'Estramadoure et les Castiles.

Un sénateur, l'honorable comte de Penia-Ramiro s'est ému d'une telle situation ; du haut de la tribune il a sommé le gouvernement de procéder à la visite et au désarmement des jarretières.

« Rends ta navaja ! » dit l'agent de police à l'ardente senora qui répond : « Viens la prendre ! » Et c'est ainsi qu'on entretient la curiosité des touristes anglais. En réalité les Espagnoles portent depuis longtemps des jarretelles.

 

O O O O

 

La publicité donnée dans la presse aux crimes, aux criminels, à tous les détails de l’œuvre policière et de l'instruction judiciaire, offrait quelques inconvénients, surtout parce qu’elle était arrivée à l'excès. Mais il ne faudrait pas tomber de cet excès dans l'excès contraire.

On a prétendu que les malfaiteurs s'exposaient aux pires châtiments pour le plaisir de voir leur portrait et leur biographie dans les journaux ; on a obtenu du Garde des Sceaux une circulaire interdisant aux parquets, aux juges d'instruction et aux officiers de police toute communication au bénéfice des reporters. Il ne faudrait pas oublier que cette catégorie de journalistes à la passion de son métier, qu'elle comprend une foule d'hommes intelligents et avisés, qu'elle a fourni très souvent à la justice un concours précieux.

Un des chefs de la police disait récemment : « Nous ne prenons jamais les malfaiteurs, ils se font prendre » Il serait plus exact de dire : « La plupart des malfaiteurs se font prendre par leur propre sottise ; quand la police en a pris, c'est grâce aux renseignements donnés par la presse, et à la sagacité des Sherlock Holmes du reportage. « On a tort de repousser ces utiles collaborateurs »

 

O O O O

 

Parmi les procès qui assaillent en ce moment les journaux, en voici un dont les gens sensés attendent de leurs effets ; une actrice de boulevard intense une action contre un reporter, à cause d'anecdotes indiscrètes.

Jusqu'ici les critiques, chroniqueurs, courriéristes de théâtre étaient en butte aux sollicitations des artistes ; quand on ne cédaient pas de bon gré sertions payantes suppléaient à leur silence. Les gazettes étaient encombrées, avant et pendant la représentation d'une pièce à succès, de la biographie de tous les interprètes.

Jamais dans la presse parisienne on ne se permet de critiquer un acteur, encore moins une actrice ; la sévérité extrême consiste à imprimer leur nom sans une phrase enthousiaste, sans une épithète admirative. En revanche on nous entretient de leurs origines, de leurs talents toujours variés, de leurs aventures toujours romanesques, de leur passion pour la chasse ou pour le jeu pour les canaris ou pour les chats ; on nous présente leur femme de chambre et leur secrétaire.

Après le procès qu'on annonce, les journaux et leurs rédacteurs auront enfin un bon prétexte pour résister à cette envahissante réclame.

 

O O O O

 

La croix de la Légion d'Honneur à M. Caruso chanteur italien ; la croix de la Légion d'Honneur à M. Chaliapine chanteur russe ; ça va bien. Mais les chanteurs français murmurent et la grande tragédienne française fait la grimace.

Qu'est-ce qu'on récompense par la décoration ? Sans doute un service rendu au pays. Nos artistes prétendent qu'ils rendent plus de service à la France en faisant connaître notre langue et nos œuvres à l'étranger que les artistes étrangers en important ici les œuvres de leurs compatriotes. Leur raisonnement semble assez juste. Puisse la promotion prochaine leur offrir d'abondantes consolations.

Les artistes sont de grands enfants ; ils attachent encore une valeur aux « hochets de la vanité » et l'habitude de porter des travestissements multicolores sur la scène leur fait désirer ds rubans même dans la vie privée.

 

REVUE NOS LOISIRS DU 9 AOUT 1908

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