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UNE FEMME DÉCIDÉE

9 Mars 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

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DEPUIS LE LUNDI 5 MARS A 14 HEURES

VOUS POURREZ VOIR UN REPORTAGE DE PHOTOS

SUR MON DÉPARTEMENT. LES PHTOS SERONT PUBLIÉES TOUS LES LUNDIS ET POUR COMMENCER JE VOUS INVIE DE VOIR LES CLOCHERS TORS

Si cela vous intéresse veuillez me donner votre avis

 

UNE-FEMME-DECIDEE--.jpegLe célèbre humoriste américain Marc Twain vient de faire un voyage en Europe et les journaux nous ont raconté sur lui de curieuses anecdotes. Marc Twain est surtout connu comme « auteur gai » Ce court récit nous montre qu'il sait être un narrateur énergique et rapide.

 

Celle qui m'a laissé la plus vive impression dit le juge Nott, c'est une petite Mexicaine décidée, diablement décidée, dont le mari avait été tué à coups de couteau par un grand coquin du Kentucky qui sortait d'un bar-room gorgé de whisky. Pas de rixe, simple fantaisie d'ivrogne.

Nous jugions l'affaire. J'avais étalé sur mon fauteuil trempé de sueur, à cette même place, les pieds à la hauteur des yeux ; j'avais ôté ma redingote et, en mâchonnant une ces infects rouleaux de feuilles de chou que les gens de San-Francisco trouvaient bien bons pour nous, dans ce temps-là, j'essayais de rester éveillé. Les avocats sculptaient leur pupitre avec leur canif, ils avaient ôté leurs redingotes et fumaient comme moi, les témoins comme les avocats, l'accusé comme les témoins.

Pas un souffle d'air ! Un silence de mort dans les rues chauffées à blanc par un soleil cruel, les témoins incroyablement stupides ! Ah ! Je vous réponds que personne ne se souciait de l'affaire ; personne, sauf la petite Mexicaine, une brune souple aux yeux de braise, la bouche rouge comme un piment, qui s'agitait, s'énervait, tremblait d'angoisse. Vous connaissez ces femmes, l'emportement de leur tendresse, la frénésie de leurs vengeances ! Celle-ci avait adoré son mari, et le poursuivait le Kentuckien avec une ardeur ! Avec la rage de son bonheur frustré ! Elle dardait sur le bandit des regards flambants d'une haine si féroce que par instants les éclairs de ses yeux m'inquiétaient moi-même et troublaient mon farniente.

Il faut vous dire que, dans ce temps-là, une affaire d'assassinat présentait aussi peu d'intérêt qu'une séance de Congrès, attendu par les jurés par principe, déclaraient tout accusé « non coupable », à charge de revanche ; certes, les preuves étaient accablantes, l'accusé niait à peine pour la forme, et se curait les dents d'un air de suprême indifférence avec le bowie-knite qui ne le quittait jamais (le mari de la petite Mexicaine l'avait appris à ses dépens) Mais quoi, nous ne pouvions pas cependant prononcer une condamnation qui aurait été très défavorablement appréciée par le voisinage, et nous aurait brouillés avec tous les gentlemans des environs; n'est-ce pas ?

La petite Mexicaine pourtant se cramponnait à l'idée qu'on lui pendrait sont Kentuckien et il fallait la voir braquer sur lui ses regards de feu, puis tourner vers moi des yeux suppliants, puis interroger pendant cinq minutes le visage des jurés, puis cacher un instant sa tête dans ses mains, comme désespérée, pour la relever bien vite avec plus d'ardeur, plus d'acharnement que jamais.

Et quand les jurés eurent prononcé leur verdict « non coupable » quand — la tête couverte selon l'usage — j'eus à l'accusé qu'il était libre et de s'en aller, voilà cette petite femme qui se dresse, qui semble grandir, devenir aussi formidable qu'un vaisseau de soixante quatorze canons.

— Juge, dit-elle, vous ai-je bien compris? Avez-vous bien dit que cet homme est « non coupable » , lui qui, sans motif, m'a tué mon mai sous mes yeux, sous les yeux de mes babies ? Avez-vous bien dit que la loi que la justice ne pouvait plus rien contre lui ?

— J'ai dit tout cela, répondis-je.

Bon ! Que pensez-vous qu'elle fait alors ? Elle se retourne comme un chat sauvage vers le Kentuckien qui ricanait, sort un revolver de sa poche et casse la figure du gueux en plein tribunal.

— Diable, dis-je au juge, elle est décidée cette petite femme-là ?

— Oui, elle était décidée, fit Nott avec l'accent de la plus sincère admiration. Pour mille dollars, je n'aurais pas voulu manquer un pareil spectacle. J'ajournai la Cour sur-le-champ ; chacun remis sa redingote et s'en alla. Avant de partir nous fîmes d'une collecte pour elle et pour ces lionceaux, puis on les renvoya chez leurs amis de l'autre côté de la montagne.

Oui, elle était décidée, cette petite femme-là !

 

REVUE NOS LOISIRS DU 22 MARS 1908

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