NOS INSTITUTEURS ONT UNE NOBLE MISSION
NOS INSTITUTEURS ONT UNE NOBLE MISSION
CHACUN DOIT LA LEUR FACILITER
L'instituteur qui forme les générations de l'avenir ne devrait être limité en rien dans la tâche qu'il accomplit. Le devoir des parents serait de l'aider et leur œuvre devait parachever la sienne. Le programme scolaire devraient élargir son rôle. Son fonction en effet n'est pas seulement d'apprendre aux enfants la grammaire, mais de leur enseigner la vie. Qui pense ainsi ? Est-ce un maître d'école ambitieux ? Non pas. . C'est le président du Conseil actuel, M. Georges Clemenceau lui-même.
L'infortuné maître d'école est vraiment la plus pitoyable victime de notre glorieuse République.
Nous avons bercé d'une illusion magnifique. Nous lui avons dit qu'il était l'ambassadeur de la République auprès de l'habitant des campagnes, qu'il avait mission d'ouvrir à la lumière aux idées de la liberté, de solidarité, de justice, ces jeunes intelligences jusqu'ici maintenues dans l'inconscience ; réservoir inépuisable des énergies de l'avenir. Et dans la belle école toute neuve, nous avons triomphalement installé le prophète ébloui du Verbe nouveau.
« L'école est ouverte » à dit l'inspecteur, et voilà le maître en face d'une cinquantaine de gamins déchirés, morveux, qui rêvent de dénicher les merles, de marauder des pommes ou de pêcher les écrevisses.
Que sont-ils venus chercher là ? Ils n'en savent rien et ceux qui les ont envoyés n'ont et ne peuvent avoir à cet égard que les plus vagues notions. Il est utile, dans la vie, de savoir écrire et compter ; voilà l'opinion du paysan français sur la culture de l'esprit.
Cependant, notre maître d'école est en présence de ses élèves. Comment aborder ces jeunes têtes closes ? Quel point toucher pour en faire jaillir le besoin de connaître, l'envie de savoir ? C'est bien peu de chose que l'enseignement de l'école quand il n'est pas repris, commenté, développé à la maison, par l'entretien des parents. Ici, rien. Le père, fermé, pense à son labour, la mère à ses poulets, personne — heureusement — à l'exécrable grammaire que je voudrais, brûler.
Ah ! Si au lieu de l'abêtir dans l'étude ardue de l'incompréhensible syntaxe, le maître disait à l'enfant : « Tu vois bien le soleil, ces astres, cette terre qui t'emporte à travers l'espace, je fais te faire leur histoire et te mettre à la place dans l'univers.
« Je te parlerai des saisons, des phénomènes atmosphériques, du vent, de la pluie, qui te saisiront tout à l'heure sur ton chemin, et que tu subis, comme le mouton de ton troupeau, sans te demander d'où cela vient. Tu connaîtras la joie de te poser à toi-même, aux tiens, les premières questions sur ce qui t'environnent et frappe ton intelligence soudain éveillée.
Et puis nous causerons de cette planète où nous vivons, de sa formation de son histoire. Tu vois ces montagnes bleues à l'horizon ? Tu sauras de quoi elles sont faites et comment elles ont apparu là. Je t'expliquerai l'océan et ses marées, le fleuve qui vient des montagnes neigeuses et se jeter dans la mer, pour retourner à sa source par la voie des nuages. Je te ferai l'histoire des pierres de ton champ, et si tu rencontre un coquillage fossile, tu connaîtra d'où il vient et ce qu'il atteste. Je te dirai la graine qui germe, l'herbe qui pousse, l'arbre qui vit de la même vie végétative qui est en toi. Je te dirai les animaux, leurs besoins, leurs mœurs, leur vie, et ceux que tu fréquentes et ceux que tu n'as jamais vus.
« Enfin, c'est l'homme qui te sera révélé. Je te ferai connaître toi-même à toi-même. Je te montrerai quels liens t'attachent à tout ce qui t'entoure. Je te ferai saisir la grande loi d'évolution, depuis la cellule naissance jusqu'au développement de vie le plus intense et le plus complet. Nous mènerons l'homme de la caverne primitive aux grandes cités du monde. Nous verrons défiler l'histoire des sociétés humaines, des idées, des sentiments par lesquels elle se développent et progressent. Nous étudierons les mœurs, les lois, les règles de morale qui font l'évolution sociales des races humaines. Et dans l'histoire de tous, je placerai l'histoire de ta race, de ta patrie, ton histoire. Ainsi tu auras une conception du monde et de toi-même conforme à ce qu'il peut être donné de connaître.
J'entends qu'on va se récrier, me dire qu'un tel discours ne tiendrait en vain à un élève de l'école primaire. Sans doute, il y faut l'art d'enseigner. Le grand éducateur de l'enfant du peuple, Pestalozzi, est mort depuis plus de soixante dix ans. Qu'avons-nous fait de son héritage ?
Inscriminera-t-on l'instituteur ? Qui donc l'a fait ce qu'il est ? C'est à l'enseignement qu'il faut s'en prendre. Je connais un modeste instituteur de Vendée qui a appris l'anglais tout seul et qui traduit Shakespeare. L'effort intellectuel est tout prêt, si on le sollicite. Il y a les plus précieuses ressources dans ce personnel. Mais il ne faudrait pas le livrer au pâture aux lions dévorants.
Courage, toi qui ouvrent péniblement le dur sillon. Tu sèmes le premier grain d'une maigre récolte, mais de là viendra la semence des grandes moissons futures. Et quand tu sera entré dans le bon repos de la terre, ton effort, demeuré vivant, produira ses fruits pour l'humanité.
SI VOUS VOULEZ UNE SÉNÉGALAISE IL FAUT
Y METTRE DE 300 A 1 000 FRANCS
On a beaucoup parlé ces derniers temps des tirailleurs sénégalais qui font à côté de nos soldats, la campagne marocaine. Mais savez-vous que leurs femmes les ont accompagnées et qu'elles partagent avec eux la vie aventureuse des camps ? Le mariage de ces soldats sénégalais est d'ailleurs une bien curieuse institution.
L'homme qui se marie achète sa femme moyennant une dot assez élevée, rarement inférieure à 300 francs qui peut atteindre plus de 1 000 francs ans certains cas. Si la femme est libre et seule, la dote est payée à elle-même ; si elle est dans sa famille elle est payée à son père ; si elle est captive elle est payée à son maître.
Une femme ne peut être mariée contre son gré. Une fois le mariage consommé, le mari est le maître dans la communauté ; il doit subvenir aux besoins de sa femme et assurer sa subsistance.
Vous voyez qu'au Sénégal les maris doivent payer pour prendre femme. Beaucoup de jeunes Française privées de dot, envieront les jeunes sénégalaises.
REVUE NOS LOISIRS DU 5 AVRIL 1908