MOINEAUX SANS NID N° 96
96 – AMOUR PASSIONNE
La tragédie atteignait son point culminant chez les d’Evreux ...
Très peu de temps après le départ de Valérie, Jacques, ouvrant les yeux, la chercha du regard.
Fort impressionnés, Alice et Anselme assistaient à la lente agonie de leur plus jeune frère, avec le pressentiment encore assez vague que quelque chose de terrible approchait et qu’ils attendaient, retenant presque leur respiration.
— Emilie ! Appela le mourant d’une voix à peine audible.
— Elle n’est plus ici. Que veux-tu, Jacques ? Lui demanda Alice en se penchant sur lui.
Les lèvres du malheureux s’agitèrent, puis il parvint à articuler avec effort, tandis qu’une sueur glacée baignait son front livide
— La voir !
— Je ne te quitterai plus jamais désormais, Jacques, reprit Alice avec douceur.
L’infortuné remua négativement la tête, de droite à gauche.
— Pourquoi tiens-tu à voir cette intrigante ? Dit la jeune fille rageusement en se penchant de nouveau sur le mourant.
— Je me meurs !... Je la veux … haleta-t-il.
— Mais non, tu ne mourras pas, intervint Anselme, très effrayé.
Jacques le fixa comme s’il ne le reconnaissait pasq tout d’abord, puis il murmura d’une voix sourde et caverneuse :
— Caïn !
Le marquis frissonna, blêmit, et s’approcha du lit de son frère.
— Pardonne-moi, Jacques ! Supplia-t-il. Tu ne sais pas tout ce que ...
— Dieu te punira ! Interrompit le moribond, retrouvant soudain la force de s’exprimer plus clairement. Je ne te pardonnes pas !... Dieu vous punira tous les deux ... et moi ... le premier, je ...
Sa phrase s’acheva dans un terrible râle ...
Les deux autres le fixaient, terrifiées, livides. Les dernières paroles de leur frère mourant les épouvantaient, et, malgré son énergie et sa dureté d’âme, Alice fut forcée de s’appuyer au dossier d’une chaise : ses jambes tremblaient si fort qu’elles n’avaient plus la force de la soutenir.
Le frère et la sœur avaient l’impression que la lame glacée d’un poignard pénétrait dans leurs cœurs ; ils osaient à peine respirer.
Alice croyait presque revivre cette effroyable nuit où si froidement et sans aucune pitié, elle avait versé le poison dans le verre de son oncle, Julien Delorme.
Quel châtiment leur serait réservé par le Juge Suprême ?
Après quelques minutes interminables d’un silence terrible, Anselme s’écroula en sanglotant au pied du lit de Jacques en murmurant :
— Pardon !... Pardon, mon frère ! J’ai agi dans un moment de rage,, de colère, tu le sais bien !... Je ne voulais pas. Je te supplie de me pardonner !
— Non ! Put articuler avec force le mourant.
Puis il recommença à râler ...
De temps à autre, une parole incompréhensible lui échappait et, tout de suite cette respiration haletante qui précède la mort reprenait, ce râle que l’on ne peut plus jamais oublier lorsqu’on l’a entendu ...
Brusquement, son corps se souleva, puis retomba, rigide ; Jacques venait d’exhaler son dernier soupir ...
Alice et son frère le fixaient, les yeux démesurément ouverts. Les pupilles sans vie du cadavre semblaient les accuser ... Quelque chose d’indéfinissable que les sens humains ne peuvent percevoir, flottait dans cette pièce tragique ... C’était comme si une voix mystérieuse pénétrait dans l’âme sans toucher l’ouïe, un peu de ce froid de la mort que, seule, elle peut sentir ...
Alice se pressa contre son frère aîné en murmurant :
— J’ai peur, Anselme !
Le marquis d’Evreux baissa la tête, comme pétrifié par le remords.
Bientôt les domestiques accoururent et Grégoire, le valet de chambre, se chargea de toutes les démarches ; il commença par téléphoner au médecin qui arriva presque aussitôt.
— Et maintenant qu’allons-nous faire ? demanda-t-il durement au marquis
— Ce qu’il te plaira, répliqua Anselme sourdement, car je suis irrémédiablement perdu, je le sais !
— Tu l’as bien voulu, soupira le médecin.
— Il nous faut à tout prix cacher la vérité, intervint Alice, Anselme ne doit pas être accusé !
— Il m’est impossible d’agir comme vous me le demandez, répliqua le praticien. Je suis forcé de faire mon rapport et de donner les raisons de la mort de Jacques. Je peux, moi aussi, être accusé de ne pas avoir tout de suite prévenu la justice, et je crains même que ma carrière soit fortement compromise d’avoir tant attendu !
— Le médecin avait raison !...
Lorsque le médecin légiste eut examiné le cadavre, il décida de prévenir la justice ; son rapport attribuait le décès à un coup violent porté à la tête par un objet métallique.
La blessure en elle-même n’était pas mortelle si les complications survenus par l’affaiblissement du malade et le coup de froid qu’il avait pris n’avaient aggravé son état jusqu’à amener la mort.
Un inspecteur ne tarda pas à arriver. Il recueillit le témoignage des domestiques ; cependant, aucun d’eux ne put lui dire avec précision comment les choses c’étaient déroulées ; toutefois, il furent unanimes à accuser la gouvernante d’avoir dressé les deux frères l’un contre l’autre.
— Comment se nomme cette femme, et quelle est son adresse ? Demanda le policier.
Alice s’empressa de le renseigner :
— Dans cette maison, monsieur l’inspecteur, elle se faisait appeler Emilie Peyret, mais, en ré »alité, il s’agit de Valérie Labeille. Tout est arrivé par sa faute, car mes frères s’aimaient beaucoup, et c’est uniquement dans un moment d’égarement qu’Anselme a pu agir comme il l’a fait.
Le policier enveloppa Alice d’un regard sévère.
— Les juges apprécieront plus tard, dit-il. Maintenant, j’ai besoin de parler à cette femme, puisqu’elle est le seul témoin de ce drame.
— Tout est arrivé à cause d’elle ! Insista Alice.
— L’enquête l’établira.
Le juge d’instruction a qui l’inspecteur fit son rapport ordonna de rechercher Valérie Labeille et de la convoquer.
Le magistrat était très perplexe en ce qui concernait le marquis ; il aurait pu le faire arrêter, mais sa responsabilité était trop vague. Il ne possédait pas la certitude d’un crime, car nul n’avait assisté à la dispute. Il décida donc de le laisser en liberté provisoire, à condition qu’il ne quitta pas sa demeure.
— Vous ne devez sortir sous aucun prétexte ; autrement, vous nous mettriez dans l’obligation de sévir, fait-il dire à anselme.
Alice se sentait profondément humiliée ; la mort de Jacques l’affectait moins que le coup porté au prestige de son nom.
Un peu plus tard, elle rejoignit son frère aîné , réfugié dans la bibliothèque, où, assis dans un fauteuil, il fixait le vide devant lui, le corps secoué de temps à autre d’un tremblement qu’il ne parvenait pas à réprimer.
— Qu’allons-nous faire à présent ? Lui demanda-t-elle durement en se plantant devant lui. Tu nous as déshonorés et la dignité de notre nom est à jamais souillée !
— Je te supplie de ne pas me tourmenter, Alice, répondit le marquis d’une voix sans timbre. Aie un peu pitié de moi.
— Tu ne le mérites pas ! Voilà où nous en sommes après toutes nos manœuvres pour obtenir cet héritage ! Il n’est pas permis d’être aussi imprudent, vraiment !
Anselme passa avec égarement une main sur son front et murmura tout bas :
— Je suis un fratricide ! Et c’est cela qui est pire que tout !
— Comment oserai-je jamais me présenter quelque part ayant un frère en prison ? reprit-elle, implacable. Jamais non plus, un honnête homme ne voulu m’épouser ! Tu aurais mieux fait de me tuer à la place de Jacques !
— Peut-être les choses s’arrangeront-elles, Alice, reprit le marquis après un moment de silence. Ne te désespère pas ainsi, Emilie déposera en ma faveur, j’en sui sûr ; tout, désormais ne dépend plus que d’elle !
— Emilie ! Hurla Alice avec rage. Cette femme s’appelle Valérie Labeille. Elle est la complice de Jean Marigny, l’assassin. C’est une dévergondée et une criminelle !
Le marquis soupira, puis suggéra :
— Peut-être qu’en la payant grassement elle consentirait à m’aider. Tu pourrais essayer de ...
— Moi ? interrompit Alice, et comment, je te prie ?
— Va la voir. Offre-lui une très grosse somme.
— Tu voudrais que j’aille chez cette femme ? Moi ?
— Pourquoi pas ? Poursuivit le marquis qui commençait à reprendre un peu d’assurance. Et tu devrais le faire avant sa déposition. Demande-lui de déclarer que Jacques s’est blessé lui-même en tombant ... que, dans sa chute, il a heurté le chandelier.
— Nul ne croira cela, Anselme, répliqua-t-elle en secouant négativement la tête.
— Si. C’est une explication fort plausible, affirma le marquis.
— En tout cas, jamais je ne demanderai rien à cette femme ! Déclara Alice d’une voix tremblante de colère.
Anselme la dévisagea, stupéfait puis demanda :
— Mais qu’as-tu donc contre elle ?
— Cela me regarde, répliqua-t-elle sèchement, et même s’il n’y avait rien, jamais je ne m’abaisserai à supplier qui que se soit !
— N’oublie pas qu’il y va de notre honneur, comme tu l’as dit il y a un instant, fait-il observer.
Sa perfide sœur se mordit les lèvres et reprit, évitant son regard !
— Où penses-tu que je pourrais la voir ?
— Je n’en sais rien, répondit le marquis. Fouille la ville, adresse-toi à la police ...
— Non, ce n’est pas une solution, objecta la jeune fille. Il faut trouver autre chose.
— Quoi, alors ?
— Contredire sa déposition, par exemple, car aucun juge m’accordera beaucoup de poids à ce que lui révèlera une jolie femme après ce qu’elle a fait avec Marigny.
Alice se tut, cherchant la meilleure façon de nuire à sa rivale, puis, allumant une cigarette, elle s’étendit sur le divan, envoyant de longues bouffées de fumée vers le plafond.
De son côté, le marquis était retombé dans une sorte de prostration lorsque, brusquement,, sa sœur l’interpella :
— Pourquoi ne l’accuserions-nous pas d’avoir dérobé quelque chose ici ?
Anselme tressaillit, leva vivement la tête et répondit énergiquement.
— Jamais je ne consentirai à une vilenie pareille !
— Et pourquoi ce scrupule, alors qu’il s’agit de te sauver ? insista-t-elle.
— Je ne veux pas accabler cette femme, ni la calomnier aussi lâchement.
Elle se leva d’un bond, s’approcha de son frère, et lui plantant son regard dans les yeux, elle s’écria :
— Tu l’aimes ? Tu t’es donc épris de cette vipère ?
— Je n’en sais rien, Alice, bredouilla le marquis ; je reconnais que je ne puis chasser son image de mon esprit et ...
— Imbécile ! Coupa-t-elle méprisante. Mais qu’à donc cette maudite femme pour affoler tous les hommes qu’elle approche ? Comment, toi, si hautain, ni distant, si froid, comment as-tu pu t’en toquer comme un collégien ?
— Je te jure qu’elle a eu une conduite exemplaire chez nous ! S’écria Anselme, décida à défendre celle qu’il aimait.
— C’est une immonde hypocrite, une perfide ! Cria Alice pleine de rage. Elle est venue dans cette maison dans un but que nous ignorons encore, mais, elle nous l’a déclaré elle-même avant de s’en aller, elle y cherchait quelque chose !... Et tu l’aimes ! Ne comprends-tu pas que ta passion pour elle t’accuse ? Que tu dois l’oublier complètement !
— Je le sais, reconnut-il en soupirant, et je ne puis m’empêcher de l’aimer, même au pris de ma perte, car je ...
— Tais-toi ! Tais-toi ! Interrompit-elle avec violence. Cette passion ridicule me met hors de moi !
Et elle se mit à arpenter la pièce, tremblante de colère, le visage empourpré.
— Maudite créature ! Rugit-elle. Je la trouverai donc sans cesse en travers de ma route !
Elle s’arrêté subitement, les traits crispes par la haine au point de se rendre méconnaissable.
— Je sais, s’écria-t-elle tout à coup, pourquoi cette ignoble fille s’est introduite chez nous !
— Ah ! Et pourquoi ? Questionna son frère, fort intrigué.
— Pour se venger de moi ! Fait-elle d’une voix stridente. Parce que je lui ai enlevé l’homme qu’elle pensait prendre dans ses filets ! Parce que Robert, lui aussi, l’aime ! C’est inadmissible, je le sais, mais s’est ainsi et c’est moi qui suis arrivée à l’éloigner d’elle. Elle a dû l’apprendre, et elle s’est introduite chez nous pour en tirer vengeance.
— Tais-toi ! Murmura sourdement le marquis. Tes paroles me font trop mal !
— C’est pourtant la vérité, affirma la jeune fille sans aucune pitié ... Et toi, tu t’es épris de ma propre rivale, de celle qui n’a pris l’amour du seul homme que je puisse jamais aimer !... Eh bien ! Puisque tu refuses de dire qu’elle nous a volée, je dirai moi, que j’ai constaté après son départ la disparition d’un de mes bijoux ...
— Tu n’en as pas le droit ! Répliqua Anselme, pâle de colère, et ... prends garde ! Je déclarerai que tu mens si tu fais une chose pareille !
Alice le fixa, interdite.
— Quoi ? Tu oserais ?... S’écria-t-elle, ne pouvant en croire ses
oreilles.
— J’oserai n’importe quoi ! Affirma le marquis d’Evreux avec passion. Je t’ai déjà dit que j’aime cette femme, quoi qu’elle ait pu faire où qui qu’elle soit.
— Tu te dresserais contre ta propre sœur pour la défendre ? cria alice de plus en plus haineuse.
— Oui, car je me peux supporter une fausse accusation contre elle ;
— N’oublie pas, mon cher, que ceci te coûterait très cher . Souviens-tu que tu as volé le testament de notre oncle ...
— Et toi, tu l’as tué !
— Tais-toi, imbécile !
— Je possède la preuve de ce que j’avance, poursuivit froidement le marquis.
— La preuve ?
— Oui, je dis bien la preuve ; quelqu’un a pénétré dans la chambre de notre oncle, la nuit même où il est mort ...Il a pris la flocon resté sur la table de chevet et a fait analyser ce qui restait de liquide : du poison !
Les yeux d’Alice lançaient de véritables éclairs.
— C’est toi, qu’est-ce pas ?
— Non.
— Qui, alors ?
— Jacques !
— Ainsi, tous deux vous conspiriez contre moi ?
— Tu admettras quand même qu’il est impossible de te croire loyale envers nous, répliqua ironiquement anselme. Par tes prévenances et tes flatteries, tu as su obtenir de notre oncle qu’il t’avantageât dans cet héritage !
— Tu n’as rien à me reprocher, car, sans moi nous aurions tout perdu, souligna-t-elle et lorsque l’oncle Julien est mort ...
— Par ta faute, j’en ai la preuve coupa le marquis de plus en plus moqueur.
— Tu serais donc capable d’en faire état ! Lui reprocha la jeune femme.
— Oui, si tu t’es pas plus raisonnable. C’est à moi de commander ici, et tu dois m’obéir, entendes-tu ?
Alice blêmit, folle de rage.
— Cette preuve, je n’airai pas la remettre au juge d’instruction, mais au blanc-bec dont tu t’es toquée !
— Je ... je ...
— Tu défends ton amour, moi, le mien !
— Tu ne peux pourtant pas établir de comparaison !
— Tous les amours se ressemblent.
— Tu n’as donc pas assez des ennuis que t’a déjà attirée ta passion pour cette femme ? A cause d’elle, tu as tué ton frère, et, sans doute, tu aimerais à présent me faire subir le même sort.
— Je veux surtout que tu ne te places pas en travers de ma route, répondit durement Anselme. Tu peux te livrer à toutes tes sottises qu’il te plaira, mais laisse-moi aussi faire les miennes ! Et maintenant dis-moi un peu qui est ce petit crétin que tu essayes de faire passer pour le fils de notre oncle ?
Cette question tout a fait inattendue, décontenança la jeune fille.
— Tu ne me réponds pas ? Quelles sont donc tes intentions ? Pourquoi lui as-tu cédé la moitié de ta part d’héritage ? Continua-t-il en la fixant avec la plus grande attention. Parle ! Je tiens à ce que tu ne me caches plus rien. Si c’est par remords que tu as agi de la sorte, pourquoi alors, n’as-tu pas allé chercher le véritable petit cousin ?
— Il s’agit simplement d’un subterfuge pour me faire aimer de Robert Montpellier, se décida à expliquer Alice.
— Je ne comprends pas ! S’exclama son frère, stupéfait.
— J’ai cherché à lui démontrer, en faisant cela, que je suis désintéressée, pleine de bonté, et que je n’ai aucune responsabilité dans le vol du testament. D’autre part, si je n’ai pas choisi le véritable fils de notre oncle, c’est pour en lui cédant ma part, ne pas risquer de le perdre pour toujours.
— Comment cela ?
— Non, je ne la perdrai pas, car, lorsque je serai la femme de Robert, j’agirai de telle sorte que l’on découvrira que cet enfant n’est pas celui de notre oncle, et ma donation n’aura alors aucune valeur. Comprends-tu à présent ?
— Tu es réellement inouïe ! Reconnut Anselme, ne pouvant s’empêcher d’admirer jusqu’où pouvait aller la perfidie de sa sœur. Oui, tu est vraiment maligne !
— Alors, tu croyais que j’allais renoncer aussi stupidement à mon bien, uniquement par grandeur d’âme ? Demanda Alice en éclatant d’un rire moqueur.
— Je ne pensais rien de très précis, avoua le marquis mais je ne te croyais pas aussi rouée. Tu es donc tout à fait décidée à épouser Robert Montpellier ?
— Oui, parce que je l’aime et n’aimerai jamais que lui.
— Ne viens-tu pas de me confier qu’il en aime une autre ? Poursuivit le marquis d’une voix que la jalousie faisait frémir.
— En effet, reconnut Alice, bien malgré elle.
— Et ... et elle ? Murmura Anselme.
— Elle, c’est une misérable, une dévergondée qui, se sachant aimée, ne cherche qu’à le duper. Ah ! Si tu étais capable de la détourner de lui ?
— Voilà que tu veux bien que je l’aime à présent ! s’exclama-t-il. Ca te parait donc moins monstrueux tout d’un coup ?
— C’est que ... j’ai réfléchi.
— Es-tu franche ?
— Je pense que cela vaut mieux, entre nous et ...
— Je te jure, interrompit le marquis avec force, que cette femme m’appartiendra coûte que coûte ! Je ferai n’importe quoi pour y arriver. Je l’enlèverai s’il le faut, même au péril de ma vie !
— Mais que possède donc cette femme pour inspirer de telles passions ! S’écria Alice, stupéfaite.
Leur entretien fut interrompu par l’arrivée des domestiques.
— Qu’est-ce que cela signifie ? Questionna Anselme, furieux d’être dérangé, et étonné de les voir arriver ainsi en groupe.
— Nous venons vous informer, Monsieur le marquis que nous quittons tous votre service, annonça Grégoire.
— Mais pourquoi ? Demanda Alice, très étonnée.
— Mademoiselle ne le devine pas ? Répondit l’interpellé en la fixant curieusement.
— Pas du tout ! Répliqua la jeune fille, furieuse. Expliquez-vous plus clairement.
— Eh bien ! Mademoiselle, poursuivit le valet de chambre avec assurance, nous ne tenons pas à rester dans une maison surveillée par la police.
— Cela n’a rien qui puisse vous inquiéter, intervint Anselme.
— Monsieur le marquis, se défendit Grégoire, nous ne voulons subir aucun autre interrogatoire, ni supporter des ennuis du même genre.
— Très bien, répliqua Anselme agacé. Vous pouvez partir tout de suite.
— Nous attendrons cependant d’être remplacés, car ...
— Je vous en dispense, coupa son maître avec colère. Faites vos paquets immédiatement et revenez ici chercher votre argent.
— Non, Monsieur le marquis, refusa le valet de chambre, nous ne pouvons rester sans place. Nous tenons à faire nos huit jours.
— Comme vous voudrez ! Maintenant, laissez-nous tranquilles, ordonna sèchement Anselme.
Une fois qu’ils furent sortis de la bibliothèque, Alice s’écria :
— Tu vois !... Et cet incident n’est que le faible reflet de l’opinion publique. Que Dieu nous protège ! Que vas-tu devenir, mon pauvre Anselme.
— Oui, qu’allons-nous devenir tous deux ? corrigea le marquis.
( A SUIVRE LE 8 JANVIER )
