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MOINEAUX SANS NID N° 90

18 Décembre 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

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90 VALERIE A L'OEUVRE

Valérie ne quitta plus un instant le chevet de Jacques, décidée à tout prix à s’emparer du testament. Elle accomplissait un immense effort en demeurant chez ces odieux personnages et en continuant à jouer une triste comédie, mais il le fallait pour démasquer ces canailles.

En raison de ses soins et de ses attentions, Jacques était tout à fait persuadé qu’elle le préférait à son frère, tandis que le marquis tournait dans la maison, tel un fauve en cage, ne parvenant jamais à s’entretenir avec la dame de ses pensées. Naturellement, Valérie l’évitait et Anselme n’osait pénétrer dans la chambre de son frère.

— Je ne sais comment vous remercier de vos soins, Emilie, dit Jacques à la jeune femme qui lui apportait une tasse de bouillon.

— Je ne fais que strictement mon devoir, Monsieur, et c’est pour cette seule raison que je ne suis pas encore partie d’ici.

— Comment ?

— Après ce qui s’est passé, il m’est difficile d’agir autrement.

— Je vous demande, au nom du Ciel, de ne pas me quitter, Emilie !

— Cessez de vous tourmenter et ne songez pour l’instant, qu’à vous rétablir.

— Vous savez que je vous aile, Emilie.

— Pour que je consente à vous écouter, il me faut auparavcant éclaircir certaines choses.

— Tout ce que vous voudrez ! Affirma-t-il avec transport. Parlez, je tâcherai de vous satisfaire.

— Sachez que je suis très exigeante sur la moralité des êtres que j’aime, fit Valérie sévèrement.

— Et ma conduite ne vous satisfait pas ? Questionna-t-il inquiet.

— Vous avez prononcé certaines paroles ... accusant votre frère au cours de cette lamentable scène. Les auriez-vous oublier ?

— Heu !...

— Vous avez parlé d’infamie, d’un vol, de je ne sais quoi concernant un enfant  ...

— Vous savez, j’étais tellement en colère !

— Justement, c’est dans de tel moment que la vérité nous échappe, continua-t-elle froidement, et vous avez aussi parlé d’un testament.

— Est-ce possible ! S’exclama-t-il, simulant la stupéfaction.

— Oui, et c’est d’ailleurs pour vous empêcher de continuer que votre frère vous a frappé. Aussi, je tiens à savoir avant d’accorder ma main à l’un ou l’autre, de quoi vous êtes coupables.

— Il existe des secrets de famille impossible à révéler, déclara Jacques après un bref silence.

— Alors, il m’est impossible de faire partie de votre famille, car jamais je n’épouserai un homme ayant un secret pour moi.

— Si je vous le confiais, peut-être me mépriseriez-vous ?

— C’est au contraire, en continuant à vous taire que je vous mépriserai, car, voyez-vous, je suis presque décidée à accepter l’amour que vous me témoignez. Et il ne doit y avoir aucun secret entre deux fiancés.

— C’est que ... Ce secret ne m’appartient pas à moi seul.

— Alors, n’en parlons plus. Je resterai toutefois ici jusqu’à votre complète guérison. Ensuite, je quitterai cette maison et jamais plus vous n’entendrez parler de moi.

— Non, non ... pas ça, Emilie ! Supplia-t-il.

— Pourtant, comment agir autrement ?

Jacques se taisait, luttant désespérément contre lui-même ne pouvant se résoudre à révéler le vol de l’héritage, pas plus qu’à perdre la femme qu’il aimait passionnément.

Valérie se leva. C’était assez pour le moment ; elle se disait que, de lui-même, Jacques arriverait à lui confier ce secret.

Un instant plus tard elle sortait, partant à la recherche des deux enfants. Elle les trouva à l’entrée du métro de la Porte de Pantin, vendant journaux et billets de loterie, comme à l’accoutumée.

Dès qu’ils l’aperçurent, ils se précipitèrent joyeusement vers elle. Après les avoir tendrement embrassés, elle les emmena dans un café voisin afin de parler tranquillement avec eux.

— Qu’êtes-vous devenus tous ces jours-ci, mes chéris ? s’enquit-elle affectueusement.

— Nous avons beaucoup travaillé. Et vous ? Répondit Pierrot.

— Je crois bien avoir obtenu un résultat important pour toi, mon chéri, dit-elle en souriant, et tu peux conserver tous tes espoirs ; Julien Delorme était vraiment ton père, et l’enfant que tu as vu chez Robert Montpellier, un imposteur.

— Mon Dieu ! S’exclama Pierrot les yeux brillant de bonheur. Alors, je peux toujours aimer ce monsieur dont j’ai suivi le corbillard ! Acheva-t-il très ému.

Mireille pleurait, bouleversée par la joie de son petit compagnon.

— Pourquoi pleures-tu, petite chérie ? Demanda Valérie.

— Je suis si heureuse ! Mais je pleure aussi d’envie répondit innocemment l’enfant. Pierrot a retrouvé son papa, mais moi je ne saurai sans doute jamais qui sont mes parents !

— Ne te chagrine pas ainsi, Mireille, intervint Pierrot. Si j’avais vu te faire tant de peine, je me serai tu. Mais je suis certain que, bientôt, nous découvrirons ta maman. Tiens, mets ta main sur mon cœur et vois comme il bat ; ça signifie que mon pressentiment est juste !

Valérie contempla les deux enfants avec une douceur encore jamais ressentie. L’infortuné les avait réunis, et leur tendresse réciproque les protégeait contre les méchants et les duretés de la vie ...

( A SUIVRE LE 21 DECEMBRE )

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