MOINEAUX SANS NID N° 80
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80 – ANNA SE PRÉSENTE
Lorsque la femme de chambre entra portant le plateau du petit déjeuner, Robert lui annonça :
— Hélène, je suis désolé de vous dire que je vais partir, quitter la France, et vendre très probablement cette maison.
— Comment, Monsieur ? S’écria-t-elle ahurie. Vous partez ?
— Oui, je ne peux plus continuer à vivre ici.
— Oh ! Comme je le regrette, j’étais tellement heureuse chez Monsieur !
— Mais vous pouvez très bien partir avec moi, Hélène. J’ai l’intention d’aller à Londres où je pense me fixer pour le moment.
— Certainement, Monsieur, vous pouvez compter sur moi. Je suis si bien au service de Monsieur.
— Moi aussi, je suis très satisfait de vous, Hélène, et je serai ravi de vous garder.
— Alors, c’est entièrement d’accord, Monsieur, répondit la jeune fille.
— Parfait, approuva-t-il. Pour le moment, vous resterez ici jusqu’à) ce que je vous télégraphie de venir me rejoindre. Mais, ajouta-t-il après un léger silence, n’étiez-vous pas fiancée avec un typographe ?
— Si Monsieur. Mais nous avons rompu, répkndit la soubrette en rougissant.
— Ah ! Puis-je vous demander pourquoi ?
— C’est que, Monsieur, expliqua-t-elle avec embarras, les hommes sont trop égoïstes, et puis, lorsqu’on s’habitue à être gentiment traitée, je veux dire à d’autres façons de vivre ...
— Toujours la même chose ! S’exclama le jeune peintre avec colère ; l’espoir de trouver mieux, de s’évader de son milieu. Vous pensez donc qu’un typographe est un homme négligeable ?
— Vous ignorez, Monsieur, à quel point mon fiancé était vulgaire et grossier ! Protesta-t-elle.
— Il avait pourtant l’air d’un garçon sympathique.
— A première vue, on croit les gens très bien, murmura Hélène.
— N’était-il ^pas un fort honnête garçon ? poursuivit Robert avec sévérité.
— Pour ça ? Oui Monsieur ? Il n’y avait rien à dire !
— Et un très bon ouvrier ?
— Certainement, Monsieur.
— Ne vous aimait-il pas ?
— Si, si, affirma Hélène, le visage en feu.
— Alors, que vouliez-vous de plus ? J’avais pensé vous offrir mes meubles pour vous installer ... Vous dire de choisir ceux qui pourraient le mieux vous convenir. Et, à la première proposition que je vous fais, vous voici prête à partir avec moi ! Personnellement vous m’en voyez ravi ; cependant, je ne puis vous approuver ... S’il ne s’agit pas de choses sérieuse, il est encore temps Hélène, de n’écouter que votre cœur.
La jeune fille rougit violemment et répondit en baissant la tête :
— C’est que, Monsieur ... Je ne l’aime pas, moi.
— Dans ce cas, je n’insisterai pas davantage, car rien n’est plus lait que de tromper autrui en lui témoignant une affection inexistante, répondit Robert tristement. Pourtant, vous auriez dû mieux réfléchir avant de vous fiancée à cet homme. Dieu sait combien il doit souffrir s’il vous aime ! Nul ne peut se douter du mal que l’on ressent lorsqu’on est forcé de mépriser la femme que l’on aime !
— Oh ! Monsieur, pourquoi parlez-vous ainsi ? S’exclama-t-elle, alarmée par l’amertume enfermée dans les paroles du jeune peintre. Qu’avez-vous donc ?
Son instinct féminin lui faisait deviner la profonde souffrance qu’endurait son maître. Robert essaya de se ressaisir et murmura en haussant les épaules :
— Rien, rien ... Il ne s’agit pas de moi pour le moment, mais de vous et de votre fiancé.
— Pourtant, insista la jeune fille, vous avez tellement changé depuis quelques temps, Monsieur ! Vous devez être très malheureux et ne le méritez pas ; vous êtes si bon !
Il lui adressa un triste sourire.
— Merci, Hélène, murmura-t-il, un peu plus calme, je vois que vous me portez un peu d’affection et j’en suis très touché. En effet, j’ai beaucoup de peine, de désillusions et d’ennuis, mais cela passera ... Tout passe ici bas. Maintenant, allez à vos occupations et réfléchissez à tout ce que je viens de vous dire. Si vous acceptez de me suivre, j’en serai très heureux, mais si vous décidez de rester, alors, choisissez ici ce qu’il vous plaira pour meubler votre future maison.
La petite femme de chambre n’hésita pas une seconde et s’empressa de répondre :
— Je préfère vous accompagner, Monsieur !
— Parfait alors, dit Robert ; et il la congédia d’un geste de la main.
Une fois seul, il s’exclama en soupirant :
— Décidément toutes les femmes se ressemblent et sont toutes aussi ingrates ! Cette fille doit avoir juré à son fiancé qu’elle l’aimait, ou elle le lui a fait croire et, pour avoir une vie plus facile, plus sûre, elle rompt avec lui et se moque éperdument du mal qu’elle peut causer !
M’artiste voyuait tout en noir et tout lui semblait désormais mesquin, méprisable ...
— Pourtant, la gentille Hélène avait raison de rompre avec son fiancé, car il était grossier, autoritaire, violent ; il l’aurait certainement rendue très malheureuse, elle qui était une très brave fille, gaie, douce et délicate.
Elle admirait beaucoup son maître et s’en occupait avec le plus grand soin. Bien qu’elle fut jolie fille, jamais l’aidée de le conquérir ne lui avait effleuré l’esprit. Elle le respectait et l’estimait avec une grande reconnaissance, car il la traitait toujours avec beaucoup de gentillesse.
Robert Montpellier commença à faire ses valises afin de quitter Paris. Il pensait voyager dans la belle voiture qu’il conduirait lui-même et demanderait ensuite à son chauffeur de le rejoindre, une fois installé.
Hélène rangeait dans une malle certains effets qu’il venait de lui désigner, comme n’éant pas de toute première nécessité lorsque la sonnerai de la porte d’entrée se fit entendre.
Quelques secondes plus tard, Alice pénétrait dans la chambre sans s’être fait annoncer, surprenant Robert en robe d’intérieur.
— Mais ... Que fais-tu donc Robert ? S’écria-t-elle, alarmée en voyant les valise qui encombraient la pièce.
— Tu le vois ; je prépare mes bagages.
— Et où as-tu l’intention d’aller, si ce n’est pas trop indiscret de te poser cette question ? Répliqua-t-elle en fronçant les sourcils.
— A Londres, tout d’abord. J’ai envie de quitter Paris pour très longtemps, sinon définitivement.
— As-tu donc oublié que tu dois voir Anna et que, ensuite nous devons aller ensemble retrouver son enfant ? Ajouta-t-elle d’une voix sourde, essayant de calmer la colère qui s’emparait d’elle.
— Je n’ai rien oublié, répondit-il sèchement. Occupe-toi de cette femme et de ce petit, puisque tu agis en souvenir de ton oncle. Je te délègue tous mes pouvoirs ...
La plus vive stupéfaction se refléta sur les traits de la jeune femme.
— Mais que se passe-t-il Robert ? S’exclama-t-elle effrayée. Tu parais tout changé. Tu n’es plus toi-même !
Le jeune homme eut un geste de lassitude et, levant sur Alice des yeux tristes et indifférents, il expliqua :
— Que veux-tu ? Les événements changent notre humeur et notre caractère. Et puis, pourquoi devrais-je consacrer toute ma vie à cet enfant ? Pourquoi me créer des obligations que je ne pourrais tenir ?
Elle lui adressa un regard plein de tendresse.
— Ainsi tu serais parti sans même me revoir, Robert ?
— Je t’aurais évité les tristes moments d’une séparation, s’excusa-t-il.
— Je te plains, murmura-t-elle. Oui, je te plains énormément, si tu dois avoir essayé une bien terrible désillusion pour agir ainsi !
— Peut-être ... bourgonna-t-il.
— Je le sais, déclara-t-elle avec le plus grand calme.
— Que sais-tu ? Questionna-t-il soudain inquiet, et craignant qu’elle ne fût au courant du ridicule auquel il s’était exposé.
— Je viens précisément de croiser Georges Bertil et il m’a appris ta visite à l’hôpital, expliqua la jeune fille d’un air indifférent.
Robert baissa la tête, rouge de honte.
— Tu as été très faible, poursuivit-elle avec un accent d’affectueux reproche. Tu ne m’as pas écoutée et tu paies à présent les conséquences de ... ton inconséquence !
— Tu as raison, reconnut-il amèrement ; j’ai été un véritable idiot, un imbécile.
— Et tu l’es toujours ! Ne m’en veuille pas de te le faire constater.
— Non ! S’écria-t-il avec force. Je te jure que, cette fois, c’est bien fini !
Un sourire ironique se dessina sur les belles lèvres de la visiteuse.
— Pourquoi alors cherches tu à t’enfuir ? Demanda-t-elle. Pourquoi prends-tu tellement au sérieux cette femme indigne ? Au point de quitter Paris, de briser ta carrière, de renoncer à ta peinture et à la célébrité que tu pourrais si facilement atteindre ? Ne comprends-tu pas tout le ridicule de la conduire, Robert ?
— De plus, tu manques à la promesse sacrée que tu as faite à ton ami mourant. Toi et moi, nous avons le devoir de protéger et de guider son fils, surtout à présent que nous avons la chance incroyable de l’avoir retrouvé.
— Mais que veux-tu donc que je fasse pour lui ? S’écria le jeune peintre, un peu ébranlé par cette apostrophe.
— Le voir, en premier lieu, répondit fermement Alice. Je l’ai déjà dit que je lui servirai de mère, puis tu dois, toi m’aider, me conseiller dans la voie que je peux m’imposer. Je ne sais pas administrer une fortune, ni éduquer un enfant et s’occuper de ses études.
Il la fixa, songeur, puis murmura :
— C’est juste. Tu as raison une fois de plus Alice. Je te verrai. Nous nous entendrons ensuite sur ce que nous déciderons pour lui et je m’en irai. Si quelque chose te tracassait plus tard, tu n’aurais qu’à me l’écrire.
— Puisque tu pars pour Londres, je t’y suivrai seule ou avec cet enfant, décida-t-elle avec assurance.
— Comme tu voudras. Après tout, tu es maîtresse de tes actes.
— Je prends cette décision, expliqua-t-elle tristement, parce que la vie auprès de mes frères me sera désormais impossible après ce qui vient de se passer. Et je suis, en effet, majeure et libre d’agir comme bon me semble.
Robert continuait à emplir ses valises.
— Il est si triste de vivre seule !... Evidemment, désormais j’aurai cet enfant et je ne suis pas auprès de toi ...
— De près ou de loin, Alice, tu pourras toujours compter sur mon affection, assura le jeune homme.
A ce moment, Hélène par discrétion essaya de s’en aller, mais Robert la retint.
— Où allez-vous, Hélène ?
— Je pensais ...
— Je vous prie de continuer à préparer les bagages avec moi, coupa-t-il.
Alice devina la pensée de Robert et pâlit de dépit ; il ne tenait pas à rester en tête-à-tête avec elle !
— Veux-tu que je t’aide également ? Offrit-elle.
— Merci beaucoup, Alice, répondit-il en souriant, tout en faisant un signe négatif de la main. Ce n’est pas nécessaire, comme tu peux le constater, et Hélène est parfaitement au courant de ce que je tiens à emporter ou pas.
— Tu es réellement impossible, aujourd’hui ! explosa-t-elle avec colère.
Le valet de chambre arriva à cet instant.
— Monsieur, annonça-t-il monsieur Michonneau demande si vous pouvez le recevoir, une dame l’accompagne. Il dit que vous lui avez donné rendes-vous.
— Je descends tout de suite.
— Ce sont eux ! s’exclama Alice.
— Peux-tu m’excuser un instant ? demanda Robert. Le temps de m’habiller.
Il disparut quelques minutes et revint vêtu d’un costume de flanelle grise.
— Eh bien ! dit-il à la jeune fille ; allons voir cette femme.
Un instant plus tard, ils pénétraient dans la bibliothèque où les attendaient le détective et Anna Carel. Michonneau fit les présentations.
— Madame Anna Carel, monsieur Robert Montpellier, mademoiselle Alice d’Evreux.
— Vous venez tout juste d’arriver en France, n’est-ce pas Madame ? S’enquit le jeune peintre.
— J’ai pensé bien faire en ne perdant pas une seconde pour venir vous voir avec Madame, intervint Michonneau.
— Vous avez eu une excellente idée et je vous en remercie répondit l’artiste. (Puis, se tournant vers Anna, il sourit en ajoutant) : Asseyez-vous, Madame, je vous en prie, et voyons à présent si vous êtes bien la personne que nous cherchons depuis si longtemps.
— Monsieur, dit Anna Carel en souriant à son tour fort aimablement, je suis bien cette personne, à en juger tout au moins par ce que m’ont confié ce Monsieur et son assistant.
Tous s’installèrent confortablement dans les grands fauteuils de cuir disposés autour du beau bureau Empire, et le jeune peintre examina la visiteuse avec le plus vif intérêt.
— Voulez-vous, Madame, avoir l’obligeance de me raconter tout ce qui vous concerne ? Demanda courtoisement Robert.
Très volontiers, Monsieur, répondit Anna vivement. Cependant, je voudrais auparavant apprendre par vous-même les raisons pour lesquelles je vous intéresse tellement, Monsieur Michonneau et son assistant sont plutôt restés dans le vague ...
— Votre désir est bien naturel, et voici ces raisons Madame : j’ai été chargé par mon ami Julien Delorme, quelques heures avant qu’il ne rendit le dernier soupir, de rechercher son fils, et d’être son tuteur au cas où je parviendrais à le découvrir.
L’inconnue parut hésiter tout d’abord, puis commença :
— Je dois avouer, Monsieur, que cette affaire est assez délicate pour moi. J’aime cet enfant comme s’il était le mien, et, d’ailleurs, il passe pour tel vis-à-vis de tous ceux qui nous connaissent. Pour l’élever je me suis imposée de très lourds sacrifices et jamais je ne pourrai renoncer à lui ... C'est-à-dire me séparer de ce petit pour le confier à des mains étrangères.
— Qu’entendez-vous par ces paroles, Madame ? Demanda Robert en fronçant les sourcils.
— Je désire prendre connaissance des papiers prouvant que monsieur Delorme vous a réellement chargé de cette mission.
Le jeune peintre ne put retenir un geste de contrariété.
— Je ne le possède pas, hélas ! Madame, déclara-t-il avec franchise. Le testament olographe de Julien Delorme a été volé ou à disparu, mais mademoiselle qui est la nièce et l’une des héritières de mon pauvre ami, est disposée à partager avec l’enfant la part qui lui revient. Quand à moi, j’ai l’intention de m’en occuper très sérieusement. Cette explication vous suffit-elle ?
Anna hésita imperceptiblement et répondit enfin :
— Oui, je pense que oui, Monsieur.
— Alors, expliquez-moi comment il se fait que ce petit garçon soit resté avec vous, reprit Robert Montpellier.
Cette fois, Anna Carel lui raconta d’une seule traite l’histoire que nous connaissons déjà. Mais au lieu de rapporter l’entretien que la véritable Anna avait eu avec Anselme d’Evreux, lorsqu’elle lui avait remis l’enfant et reçu de lui l’argent destiné à sa mère, elle broda :
— En apprenant que monsieur Delorme avait quitté la France, je ne sus à qui remettre le bébé et je décidai de le garder. Je l’écrivis à mon ami Flora, mais toutes mes lettres restèrent sans aucune réponse ... Puis le temps s’écoulé et, de plus en plus, je m’attachai à cet enfant. Je n’en avais pas et je vivais avec un mari odieux. Je me sentais si seule que je finis par adopter entièrement ce bébé et je ne pense pas que mon, propre fils eût été mieux élevé ...
— Vous serez très largement récompensée Madame, intervint Alice. Maintenant, il faut que vous nous disiez si vous acceptez de nous confier cet enfant.
— Pourquoi me séparerais-je de mon petit ? s’écria Anna alarmée. Si vous désirez tant faire quelque chose pour lui, n’ayez pas la cruauté de le séparer de celle qu’il a toujours cru sa mère.
— Excusez-nous, Madame, insista Alice, jouant parfaitement son rôle ; nous avons seulement l’intention de faire donner à mon petit cousin une éducation digne de lui.
— Je ne m’y oppose certes pas ; au contraire, affirma Anna Carel.
— Et vous avez bien raison, Madame, approuva Robert. Je ne vois d’ailleurs aucun inconvénient à ce que cet enfant vous crois sa mère aj lieu de Flora.
— Non, nous ne pouvons le tromper ainsi, objecta la jeune fille avec un air de reproche, car il pourrait nous le reprocher par la suite. Pour le moment, j’accepte avec le plus grand plaisir , de recevoir Madame chez moi toutes les fois qu’elle voudra voir le petit. Ainsi, il aura deux mères ; elle et moi, même si aucune de nous deux est la vraie. Etes-vous d’accord ?
— Je ne sais que vous dire ... Hésita la visiteuse ; pour consentir, il me faudrait avoir l’assurance que l’avenir de mon fils soit ... le plus brillant possible.
— Vous suffira-t-il que je vous signe un papier ou que je fasse une déclaration affirmant qu’il disposera de la moitié de ma part d’héritage, en qualité de fils de mon pauvre oncle ? Proposa Alice.
— Si la somme est importante ...
— Je dois toucher huit milliards, déclara tranquillement la jeune fille.
Malgré elle, Anna Carel sursauté, ouvrant des yeux démesurés et fixant son interlocutrice avec ahurissement. Finalement, elle bredouilla :
— Huit milliards ?
— Oui, affirma Alice, c’est à peu près la somme qui doit me revenir et suis tout à fait disposée à en verser la moitié à l’enfant.
— Dans ce cas, je suis tout à fait sûre que vous ferez son bonheur ! S’écria Anna. Auprès de moi, il souffrait de quelques privations, Le pire est que, en prenant de l’âge, il me sera bien difficile de continuer encore longtemps ma carrière artistique. Certes, je serais mauvaise mère en refusant ...
— Quand nous sera-t-il possible de voir l’enfant ? Intervint Robert qui avait suivi très attentivement cet entretien, sans arriver à se débarrasser de sa mauvaise humeur ni de son angoisse.
— Quand il vous plaira, Monsieur, répondit la chanteuse. Il ddoit d’ailleurs m’attendre avec impatience, car il sait que je rentre de tournée.
— Il est à Chartres, n’est-ce pas ?
— Oui, au collège.
— Nous pouvons y être dans trois heures, conclut Robert. Toi, Alice, tu te chargeras de lui, et moi je partirai pour Londres le plus tôt possible.
Quelques instants après, les trois personnages partaient dans deux voitures ; celle de Robert et celle d’Alice.
Le peintre était seul dans la sienne, et Alice voyageait en compagnie d’Anna Carel.
— Ainsi commença Anna, vous êtes la personne dont m’a tant parlé monsieur Macaire.
— Oui.
— Selon ce qu’il m’a confié, cette comédie ne pourra durel éternellement et je pourrai reprendre mon fils dès que ... vous serez la femme de monsieur Montpellier. Est-ce bien cela ?
— Exactement, répondit Alice très calmement. En échange vous recevrez une somme fort importante. Pour le moment, je vous félicite, car vous avez admirablement bien joué votre rôle.
— Que pensez-vous donc faire ? Questionna encore la chanteuse.
Alice esquissa un geste de la main, tenant le volant de l’autre mais avec maîtrise.
— Ce n’est pas très difficile à deviner, déclara-t-elle. Je tiens à ce que monsieur Montpellier s’attache à l’enfant. Ainsi, il deviendra une sorte de lien entre lui et moi.
— Je comprends, reprit Anna Carel. (Puis, après un très bref silence, elle reprit Alors, il ne vous aime pas ?
— Il s’est follement épris d’une autre, expliqua tristement Alice, une mauvaise femme, mais je veux le conquérir et y parviendrai, je vous l’affirme ! Aidez-moi de votre mieux et je vous jure que je saurai grandement vous récompenser. Pour commencer, il vous faudra renoncer totalement au théâtre.
— Cela ne me coûtera pas, Mademoiselle ! Vous ne pouvez savoir combien cette vie m’a été odieuse !
— Eh bien ! Vous pourrez ne plus jamais la revivre.
— Vous êtes pour moi une vraie providence !
— Tâchez alors, d’être également la mienne, car je ne puis vivre sans cet homme ; j’en suis folle ! Murmura Alice.
— Je suis certaine que vous l’avez bouleversé en affirmant votre intention de partager avec l’enfant votre part d’héritage.
— Que voulez-vous dire ? Demanda la jeune file, étonnée par la perspicacité de son interlocutrice.
— Oh ! Je n’ai pas besoin de longues explications pour comprendre, répondit Anna, et vous saurez très bien vous y prendre toute seule.
— Je commence à croire que Macaire a eu la langue trop longue vis à vis de vous, observa sèchement Alice.
— Il n’est pas en cause, assura Anna. Seulement, j’ai beaucoup voyagé et vécu ; aussi, je n’ai pas besoin de poser certaines questions pour deviner tout par moi-même. Vous obtiendrez ce que vous souhaitez, mais je vous préviens franchement que ça vous coûtera très cher.
— Qu’entendez-vous par là ? S’exclama Alice, visiblement frappée par ces paroles.
— Etant au courant de votre secret, il vous faudra payer grassement mon silence !
— Vous aurez la somme convenue, fit froidement al jeune fille.
L’autre haussa les épaules
— Je veux le double ! Répliqua-t-elle avec force.
— Ce sera tout, j’espère ?
— Peut-être ... Répondit Anna Carel en souriant.
< Ce peintre, pensait-elle, vaut bien deux ou rois millions et, comme elle s’en est toquée, elle me donnera tout ce que j’exigerai. >
De son côté Alice se disait :
< Quelle pauvre sotte ! Elle croit me tenir, alors qu’elle est à sa merci. Si ça me chante, un jour de la dénoncer pour avoir fourni de faux renseignements sur l’enfant, elle pourra >
Robert Montpellier seul dans sa voiture, ne pouvait s’empêcher de penser à Valérie. Le visage crispé de chagrin, il revivait la scène de se rencontre avec Bertil à son chevet.
— Je dois l’oublier ! S’écria-t-il avec rage, et ne plus jamais revoir cette fille indigne de mon amour !
( A SUIVRE LE 21 NOVEMBRE )