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MOINEAUX SANS NID N° 3

1 Avril 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

3 - HEORIQUE RESOLUTION

 

Emue jusqu’au fond de l’âme par l’immense bonté de ces enfants qui se faisaient ses protecteurs. Valérie avait oublié un instant le terrible drame de sa vie ; mais, la première impression passée, tous ses problèmes se présentèrent de nouveau à son esprit tourmenté et de nouveau, le désespoir s’empara d’elle.

Non ! Elle n’aurait jamais eu le courage d’affronter son père ! Comment aurait-elle pu justifier sa faute ? Comment expliquer sa conduite et échapper au déshonneur ? Sur ce point, son père était intransigeant, inexorable. Toute sa vie, il avait eu le culte de l’honneur. Un autre aurait pu justifier la faillite qui l’avait ruiné et sauver le capital ; au contraire, il avait préféré sacrifier tout, et payer intégralement ses créanciers.

Caractère de fer, il ne pouvait s’adapter à la pauvreté et, décidé à refaire sa fortune, en peu d’années, il avait émigré au Canada pour se livrer au commerce des fourrures. Il était resté près de dix ans sur cette terre désolée, travaillant sans repos, exposant sa vie… Et maintenant qu’il revenait, anxieux de revoir sa fille qui représentait tout pour lui. Il allait découvrir que cette dernière était une femme indigne qui avait non seulement manqué à ses devoirs d’honnêteté, mais qui avait également dilapidé une grande partie de ce qu’il avait gagné au prix d’énormes sacrifices et d’un dur labeur… Et de plus, elle se trouvait impliquée dans une affaire louche associée à un criminel !

L’unique solution était la mort ; oui ! elle devait en finir une bonne fois. Absorbée dans ces sombres pensées, elle demeurait taciturne, les yeux fixés au sol. Les deux enfants la regardaient sans rien dire, respectant sa douleur, devinant qu’une désolante tragédie déchirait son cœur.

— Mourir ! Il ne me reste rien d’autre que la mort, murmura enfin la malheureuse.

Mais elle sentit les bras de la petite fille qui entouraient son cou tandis que Pierrot reprochait :

— Quoi ? Vous parlez encore de mourir ?

— Je souffre tant, mon garçon !

— Tout à l’heure, vous avez parlé de péché mortel. Le suicide n’en est-il pas un ? Ici-bas, vous êtes malheureuse, je le sais… Mais songez aux souffrances qui vous attendent en enfer, où vous irez certainement si vous mettez fin à vos jours.

A ces mots, Valérie frissonna ; elle était croyante. Non ! Elle ne voulait pas mériter la damnation éternelle. D’autre part, cet enfant lui avait fait penser à l’homme qu’elle avait aimé. S’il lui avait menti, en disant que sa fille était morte ? Il fallait donc retrouver cette enfant… et cette pensée la liait de nouveau à la terre, à la vie.

Qui lui garantissait que, en ce moment même, sa fille n’était pas soumise aux mêmes tortures quez ces deux petits abandonnés ? Non maintenant elle ne pouvait plus disposer de sa vie ; elle se devait de découvrir la vérité. C’est ainsi que les deux « moineaux » évitèrent que la malheureuse ne mit fin à ses jours.

— Vous m’avez sauvée, mes enfants ! Vous avez raison ; je n’ai pas le droit de terminer une vie de douleur par un péché. Je vivrai, je supporterai le châtiment que je mérite… Mais ne me croyez pas méchante… Je ne le suis pas, même si j’ai péché.

— Non, non ! Vous êtes bonne, très bonne, et moi je vous aime ! déclara Mireille.

— Qu’en sais-tu, mon ange ? Il y a encore bien des choses que tu ne peux pas comprendre !

— Qu’importe ! Je sais que vous êtes bonne et malheureuse comme moi… Je sens que vos malheurs ne sont pas sans remède. Je n’en pourrais pas dire autant des miens ; je ne connaîtrai jamais ma mère, je serai toujours une gamine de la rue, car j’y suis née, j’y ai grandi et j’y mourrai, bien sûr !

— Il est terrible d’entendre de telles paroles dans la bouche d’un être si jeune ! Moi, je paie une faute que j’ai commise, que j’aurais pu éviter. Mais toi, petite Mireille, quel mal as-tu fait dans ta vie ? Ah ! Mes enfants, vous m’avez donné une grande leçon ! A partir d’aujourd’hui, je serai pour vous comme une mère ; personne ne pourra nous séparer.

— C’est vrai, Madame ? Bien vrai ? demanda Mireille, rayonnante de bonheur.

— Oui, je vous le promets, je vous le jure ! J’ai perdu une fille, mais le Seigneur m’a donné deux enfants… Viens Pierrot, viens toi aussi dans mes bras ; vous êtes tous deux mon réconfort… J’irai me jeter aux pieds de mon père. Je lui confesserai toute ma faute…

— Voulez-vous que j’aille voir ce qui se passe là-bas ? proposa tout à coup Pierrot.

— Par une nuit pareille ?

— Bah ! C’est tout près. De plus, je m’envelopperai le corps de journaux ça tient chaud vous savez ? Et je mettrai mon blouson. Pendant ce temps, vous resterez ici avec Mireille, bien couché&es toutes les deux, avec de bonnes couvertures que j’ai prises chez la mère Picquet.

— Prends-en une pour t’abriter du froid, dit Valérie en montrant les couvertures pliées au pied du lit.

— C’est inutile, mon blouson me suffira.

— Alors, va ! Et que Dieu te protège, mon petit ! J’attends ton retour avec angoisse.

Ayant mis son blouson et son béret, Pierrot sortit en courant, tandis que la jeune femme et la fillette s’allongeaient sur le lit, en pleurant et en s’embrassant.

— Comme il est bon, Pierrot ! murmura Mireille. N’est-ce pas, Madame ?

— Bon comme toi, mon ange !

— Moi, je l’aime beaucoup…

— Tu es un trésor !

— Si madame Picquet venait me prendre, vous ne la laisseriez pas m’emmener, n’est-ce pas ?

— Qui est madame Picquet ?

— Celle qui m’a recueillie après ma naissance.

— Et tu ne l’aime pas ?

— Oh ! Non, Madame… Et elle me le rend bien ! Elle est très méchante. Si vous saviez !... Elle m’envoyait mendier. Plus il faisait froid , plus je devais rester longtemps dehors. Elle disait qu’une fillette qui grelotte inspire plus de compassion et, par conséquent, rapporte plus d’argent.

— Quelle cruauté ! Mais… cette femme a-t-elle des droits sur toi ?

— D’après elle oui… Elle dit qu’elle m’a adoptée pour que personne ne puisse me séparer d’elle…

— Pauvre petite ! Ne crains rien ma chérie, je suis là pour te défendre contre cette sorcière !

— C’est qu’elle est très méchante, vous savez !

— Cela ne fait rien, je saurai te défendre.

Cependant, la fillette finit par s’endormir, tandis que, en attendant le retour de Pierrot, Valérie se mettait à réfléchir. Le vent soufflait de plus en plus fort, faisant gémir toute la maison. Par les fenêtres aux vitres brisées, il s’engouffrait en hurlant dans les immenses locaux qui, autrefois, servaient de laboratoires. Mais la petite pièce était bien abritée et les rafales de vent n’arrivaient pas jusque-là. Derrière les vitres d’une fenêtre, en voyait la neige tomber.

                                                                                    (A SUIVRE)

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