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MOINEAUX SANS NID N° 292

16 Août 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-292--.jpegEn entendant prononcer son nom derrière la porte de sa cellule où, courageusement, il attendait d’être fusillé, Robert Montpellier ne put retenir un léger tressaillement.

Et cela surtout parce qu’il lui avait semblé reconnaître une voix très chère.

Il s’approcha de la porte contre laquelle il colla l’oreille, le cœur battant à coups précipités, pensant avoir été l’objet d’une illusion.

Il s’agissait bien de la fille de Michel Labeille qui, ayant précédé de quelques pas l’officier allemand qui l’escortait, tandis que la sentinelle s’était écartée, murmurant le nom de l’homme qu’elle aimait.

La porte s’ouvrit et la jeune femme pénétra dans la cellule, tandis que Robert, pétrifié de stupeur, était incapable de prononcer une parole.

— Va ... Valérie ! Bredouilla-t-il finalement.

La jeune femme se jeta à son cou et, durant quelques secondes ils s’étreignirent, anéantis par l’intensité de leur émoi.

— Valérie ! Répéta Montpellier.

— Robert ! Murmura-t-elle d’une voix brisée de sanglots.

Tendrement, il prit dans ses mains le beau visage de la jeune femme, la forçant à le regarder.

— Ma chérie ! dit-il, il me semble rêver !

— Pourquoi ? Pourquoi m’as-tu sauvée, Robert ? Pourquoi ? Sanglota-t-elle en attachant sur lui ses immenses yeux clairs noyés de larmes.

Il couvrit son visage et ses cheveux de baisers passionnés.

— Jamais, mon amour, je n’aurais permis qu’une femme innocente mourût à ma place, et toi surtout ! Mais dis-moi : on t’a donc informée de mon désir de te voir ?

— Oui, mon chéri.

— Je ne pouvais me résigner à disparaître sans avoir eu la joie ineffable de revoir tes traits adorés, d’entendre une fois encore ta voix chérie, expliqua douloureusement Robert.

— Je t’aime ! Je t’aime, Robert ! Souffla-t-elle tout bas en se pressant contre lui.

— Et moi, mon cher amour, je t’aime au-delà de ma vie et de ma mort si prochaine !

Valérie essaya de parler, mais sa douleur l’étouffait et elle éclata de nouveau, en déchirants sanglots, tandis qu’il la contemplait bouleversé.

Il essaya de la consoler et caressa amoureusement ses belles boucles soyeuses.

— Ne pleure pas ainsi, mon trésor, cela me fait trop mal !

— Pardonne-moi, Robert, mais je ne puis admettre que tu vas mourir ! S’écria-t-elle. Penser que tout est arrivé par ma faute !

— Non ! C’est faux ! Protesta-t-il énergiquement.

— C’est pourtant la vérité, reprit-elle en hochant la tête. Que vais-je devenir sans toi ? La vie est désormais finie pour moi aussi ...

— Tu as ton père, Valérie ! Dit-il avec un accent de reproche ... et une petite fille !

Elle poussa un long et déchirant soupir.

— C’est vrai, reconnut-elle. Mais toi, Robert, tu es celui que j’aime d’amour ! tu ne m’as fait que du bien et moi, au contraire, je ne t’ai attiré que des souffrances pour, finalement, te conduire à ta perte !

— Valérie ! S’exclama-t-il, désolé du profond désespoir de la jeune femme.

— Hélas ! Tu ne peux le nier ! Reprit-elle en se serrant contre lui. Oui, par ma faute tu as été jeté en prison, accusé de vol et tu as ensuite perdu ta fortune. Pour moi, toujours pour moi ! Tu es arrivé ici ... pour mourir demain !

Un doux et triste sourire éclaira le mâle visage de Robert Montpellier. De nouveau, il caressa amoureusement les magnifiques cheveux de Valérie et ajouta d’une voix chaude :

— Ma chérie ! Pour toi, je crois que je serais capable de vendre mon âme au diable !

— Oh ! Robert ! Balbutia-t-elle en tressaillant, ne prononce pas de telles paroles !

Ils s’étreignirent en silence, les yeux remplis de larmes, puis Robert murmura doucement :

— Je suis heureux de t’avoir revue, mon cher amour, et je te remercie de toute mon âme de l’immense réconfort que m’a donné ta présence. Mais à présent, il faut t’en aller !

— Comment ? Balbutia-t-elle en pâlissant d’angoisse. C’est toi qui me demandes de partir, Robert ?

— Oui, répondit-il sourdement, à quoi bon souffrir davantage ?

— Et tu souffres atrocement ! Gémit-elle désespérée.

— La mort ne me fait pas peur, ma chérie, répondit-il avec douceur. Et puis à quoi bon se désoler puisque tel est mon destin !

— Robert ? Répéta-t-elle en tremblant de tout son corps.

Elle leva la tête et lui offrit ses lèvres.

Des coups violents frappés à la porte les séparèrent brusquement.

— On t’appelle, murmura-t-il tristement. Va, ma chérie !

Elle l’enveloppa d’un regard passionné et lui tendit la main. Il la serra avec force entre les siennes dans une étreinte plus passionnée qu’un baiser.

— Adieu, Valérie ! Bredouilla-t-il d’une voix qui s’étranglait, bien qu’il s’efforçât de l’affermir.

— Adieu, Robert, répondit-elle sur le point de défaillir.

Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre et échangèrent un baiser d’une ardeur désespérée, plein d’un amour intense.

Ils desserrèrent leur étreinte et se contemplèrent longuement. — Adieu ! Murmura-t-elle entre ses larmes.

— Adieu, répéta-t-il.

Robert regarda le battant se refermer sur celle qu’il adorait et demeura cloué sur place.

Un amer sourire se dessina sur ses lèvres exsangues.

— Je n’en ai pas pour longtemps ! Soupira-t-il.

Il s’assit sur l’unique chaise de sa cellule et s’enfonça dans de lugubres pensées.

Quelques sinistres heures s’écoulèrent, puis la porte s’ouvrit pour laisser passer un prêtre qui s’approcha lentement de Robert ; c’était l’aumônier de l’hôpital militaire qui venait lui apporter les Saints Sacrements.

Le malheureux reçut l’Extrême Onction avec la plus profonde ferveur.

Le religieux lui apprit qu’il resterait près de lui pour l’assister jusqu’au dernier moment.

— Ne vous désespérez pas, mon cher fils, murmura-t-il d’une voix empreinte de bonté, car vous quitterez ce bas monde pour aller vers Celui qui ne déçoit jamais !

Montpellier ne répondit pas. Une immense douleur se lisait dans ses yeux. En cet instant, il revivait, comme dans un songe, toute son existence et surtout les heures, trop courtes et merveilleuses, passées avec Valérie !

Soudain, il s’aperçut qu’une faible clarté entrait par la fenêtre ... L’aube déjà !

Robert frissonna. Un froid mortel l’envahit. Malgré tous ses efforts, il craignait de céder au désespoir.

— Courage, mon fils ! Souffla l’aumônier en remarquant le bouleversement du malheureux. Ne pensez qu’à Dieu et éloignez de votre esprit les misères de ce monde !

Robert s’agenouilla devant le prêtre qui récita la prière des agonisants pour cette âme qui s’apprêtait à quitter la terre.

Soudain, ils entendirent un bruit de pas et de voix.

— Courage, mon cher fils ! dit d’une voix haute et ferme le religieux.

Robert se releva livide, mais calme.

— Les voilà ! Murmura-t-il.

— Oui, mon fils ! Soupira l’aumônier.

La porte tourna sur ses gonds et un lieutenant accompagné de huit hommes apparut sur le seuil de la cellule.

— C’est l’heure, annonça-t-il en fixant l’infortuné prisonnier.

Sans prononcer un mot, le regard assuré, le visage fermé, Robert Montpellier quitta sa prison, encadré par des soldats.

— En avant ! Ordonna l’officier avec indifférence.

Le prêtre soupira tristement se plaça à côté du condamné.

Le petit groupe franchit le couloir et bientôt se trouva dans la rue.

 

{ A SUIVRE LE 19 AOUT }

 

 

JEAN PAUL

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