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MOINEAUX SANS NID N° 244

25 Février 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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La pénible impression causée par cet homme étrange fut vite oubliée par Edwige qui reporta toute son attention sur Marius.

Elle soupira de soulagement en remarquant qu’il dormait toujours d’un sommeil calme et tranquille.

La pauvre femme se sentit brusquement rompue de fatigue, mais avant de s’accorder un peu de repos, elle remit de l’ordre dans la chambre.

Ensuite, elle avança le fauteuil tout près du lit et fixa le visage pâle de son amant, tout en se replongeant dans ses réflexions.

Les événements de cette pénible nuit l’avaient fortement secoués, et elle réalisait en tremblant qu’ils aient échoué dans leur entreprise. « Le Boiteux » leur avait échappé ! Par contre, elle se réjouissait à la pensée que dans quelques semaines, Marius serait complètement rétabli. Sa solide constitution aurait vite le dessus sur sa faiblesse et son abattement !

Avant son départ, l’étrange médecin avait ordonné un médicament au cas où la fièvre remonterait ... La feuille était toujours sur la table de chevet.

Le jour s’était levé, mais il était encore trop tôt pour se rendre dans une pharmacie.

Edwige pensa qu’elle demanderait à la complaisante madame Bonnet d’acheter le médicament en allant faire ses courses.

Le temps passait, et peu à peu, Edwige se sentit plus calme. Elle remercia profondément la Providence d’avoir protégé son cher Marius.

Elle se dit également, qu’elle devait être reconnaissante envers le docteur Mollet, car sans son intervention, Marius serait en piteux état.

« Quel homme bizarre tout de même que ce médecin » murmura-t-elle, tout bas.

Elle ne pouvait s’empêcher d’éloigner sa pensée de cet homme troublant et elle frissonnait à l’évocation de ses yeux cruels.

Instinctivement, elle devinait qu’il était très dangereux et ne ressentait aucune sympathie à son égard, malgré la reconnaissance qu’elle lui devait pour avoir tiré Marius d’un si mauvais pas. Mais le seul souvenir de son visage, l’inquiétait et l’agitait.

« Je suis idiote, se dit-elle, tout à coup, et je ne sais ce qui me prend de toujours penser à cet homme, puisqu’il m’effraye et me répugne. Je ne le reverrai certainement jamais, car, sûrement, madame Bonnet ne me refusera pas le service de lui régler ce que je lui dois ... Et si je le rencontre, je ferai semblant de ne pas le reconnaître ! »

Après avoir pris cette décision, elle se sentit un peu plus tranquille et se pencha de nouveau sur son Marius. Il dormait toujours, mais Edwige remarqua avec inquiétude que sa respiration était plus saccadée et que son visage avait brusquement rougi.

— Mon Dieu ! S’exclama-t-elle, effrayée. Je suis sûre que sa fièvre est remontée.

Elle posa très délicatement sa main sur le front de son ami et frémit en constatant qu’il était brûlant.

— Je ne me suis pas trompée, murmura-t-elle bouleversée.

Elle regarda autour d’elle, ne sachant pas très bien ce qu’elle cherchait.

— Il me faut un thermomètre s’écria-t-elle. Je vais aller en demander un à madame Bonnet. Elle hésita, n’osant déranger de nouveau la brave femme, lorsque, soudain, on frappa à la porte.

— Entrez ! dit-elle en sursautant, brusquement effrayée.

Elle soupira de soulagement en reconnaissant la lourde silhouette de sa logeuse.

— Comment va-t-il ? S’enquit à voix basse « la Gosse » en fixant Marius toujours immobile dans son lit.

— Je crois qu’il a une forte fièvre, répondit Edwige d’une voix angoissée. Je me préparais précisément, à aller vous demandez si vous aviez un thermomètre et si vous vouliez me rendre l’immense service de passer à la pharmacie, tout en faisant votre marché pour m’acheter le médicament prescrit par le docteur Mollet ... Il parlât qu’il est très efficace pour faire tomber la fièvre.

La propriétaire de la pension fit un signe de tête affirmatif et prit l’ordonnance.

— Ne vous tourmentez pas ! Murmura-t-elle à Edwige. Il est naturel que sa fièvre soit remontée après l’intervention qu’il vient de subir. Vous verrez que, ce soir, il ira beaucoup mieux.

— Que le Ciel vous entende ! Soupira la maîtresse de marius. Mais pressez-vous, je vous en supplie, car il vaut mieux ne pas trop tarder ... j’ai si peur !

— Bien ! Promit madame Bonnet.

Elle allait quitter la pièce, lorsque Edwige la rejoignit.

— Je vous prie aussi de m’acheter un journal ! Murmura-t-elle.

— D’accord, ajouta « la Grosse »

Elle partit, étonnée de cette dernière commission, car elle ne lui avait jamais vu lire un journal mais elle songea qu’elle devait s’ennuyer et qu’un peu de lecture lui changerait les idées à cette pauvre femme !

Après le départ de la propriétaire de la pension, Edwige revint s’asseoir au chevet de marius. Elle remarqua avec effroi que son état avait encore empiré et que son visage, cramoisi de fièvre, était également trempé de sueur.

Une véritable panique s’empara de la malheureuse femme et, elle tomba à genoux près du lit, saisit la main du malade, qu’elle couvrit de baisers et de larmes, en s’écriant :

— Mon amour, ouvre les yeux, je t’en supplie ! Parle-moi ! Dis-moi que tu m’entends !

Une plainte s’échappa des lèvres du malade qui bougea légèrement et continua à gémir.

Edwige se releva, se reprochant sa faiblesse ; ce n’était certes pas en se désespérant qu’elle pourrait le secourir.

Elle se domina, et alla tremper le coin d’une serviette de toilette dans de l’eau bien froide, qu’elle appliqua sur les tempes de Marius qui parut un peu soulagé. Mais ce bien-être ne fut que de très courte durée, car malgré le renouvellement des compresses, Marius recommença à geindre.

Il s’agitait de plus en plus dans son lit, repoussant ses couvertures. Soudain, il porta ses deux mains à la tête, en demandant à boire.

Edwige s’empressa d’aller lui chercher un verre d’eau qu’elle approcha de ses lèvres. Marius le vida avec avidité, et quelques minutes après lui en réclama un second.

Edwige le lui donna aussi, mais comme il en désirait un troisième, elle craignit que cela ne finisse par lui faire du mal. Elle essaya de le calmer, le suppliant d’être plus raisonnable et de ne pas tant s’agiter.

Marius semblait ne pas la reconnaître et énervé par sa fièvre qui ne cessait de monter, il regardait autour de lui, les yeux hagards en proie au délire, murmurant des mots sans suite, appelant « le Boiteux »

Désespérée par l’état inquiétant de son cher malade, Edwige se demandait, furieuse et impatiente pourquoi madame Bonnet tardait tant à rentrer. Elle ne réalisait pas, à cause de sa frayeur qu’il n’y avait que fort peu de temps que « la Grosse » était sortie. Elle dévisageait avec angoisse, Marius de plus en plus agiter.

Elle se disait qu’elle devait absolument faire quelque chose mais ne savait pas quoi.

Brusquement, une idée lui traversa l’esprit, et elle se demanda avec frayeur, si le docteur Mollet était réellement un médecin ! elle rit aussitôt d’avoir eu une pareille pensée. Comment douter que malgré son air bizarre et son originalité cet homme ne fut pas docteur en médecine ? N’avait-il pas réduit avec rapidité et précision la fracture de Marius ?

Elle passa la main sur son front, en murmurant :

— je dois, à tout prix, dominer mes nerfs. Si Marius a de la fièvre, ça ne signifie pas du tout qu’il soit en danger ! Et puis madame Bonnet ne peut tarder à rentrer !

Ses pensées prirent alors un cours complètement différent ; elle se souvint tout à coup « du Boiteux » et des coups répétés que lui avait assénés Marius. Ce dernier l’avait vu tomber sans connaissance, le corps raide.

« Il est peut-être mort, se dit-elle. Mais comment n’ai-je pas réussi à retrouver son corps ! Il est vrai que la nuit était tellement noire ! »

L’arrivée de madame Bonnet l’arracha à ses terribles réflexions.

A son sourire, elle devina qu’elle apportait le médicament, et elle se leva, en poussant un grand soupir de soulagement.

Elle saisit vivement le flacon que lui remit « la Grosse » et d’une main tremblante, versa une cuillerée de la potion dans le verre posé sur la table de chevet, y ajouta un peu d’eau, puis l’approcha des lèvres du malade qu’elle aida à boire.

Ensuite et après avoir remis le verre vide sur le meuble, elle se tourna vers madame Bonnet.

— On dirait que sa fièvre a augmenté depuis tout à l’heure, remarqua cette dernière en ouvrant son sac d’où elle sortit un petit paquet. Tenez, ajouta-t-elle, voici le thermomètre. Prenez sa température !

Sans dire un mot, Edwige s’empressa de suivre son conseil.

— Je t’en supplie, ne t’énerve pas comme ça, chéri, murmura-t-elle à Marius, mais elle soupira tristement en devinant qu’il ne comprenait pas ce qu’elle lui disait, hébété par la fièvre.

— Il faut attendre quelques minutes avant que cette potion lui fasse de l’effet, remarqua-t-elle, en s’adressant à madame Bonnet.

— Ca ne tardera pas, vous verrez ! fit la brave femme. Le docteur Mollet s’y connaît !

Edwige la regarda avec une méfiance qu’elle ne s’expliquait pas mais ne dit rien. Elle aperçut les journaux que la propriétaire de la pension avait déposés sur la chaise, près de la fenêtre et un éclair passé dans ses yeux, tandis que le souvenir du « Boiteux » revenait à sa mémoire.

— Avez-vous encore besoin de moi ? Reprit la patronne de la pension. Il faut à présent, que j’aille m’occupée du repas de mes clients.

Comme Edwige ne répondait pas, perdue dans ses réflexions, elle haussa les épaules et quitta rapidement la pièce, refermant doucement la porte.

La maîtresse de Marius, les sourcils froncés, fixait le battant, se demandant avec terreur si elle n’avait pas été très imprudente en confiant à madame Bonnet ce qui s’était passé, la nuit précédente entre Marius et « le Boiteux ».

Puis, les haussa les épaules et soupira. Comment aurait-elle pu agir autrement ? Sans le secours de la logeuse, jamais elle n’aurait pu découvrir un médecin aussi discret que le docteur Mollet et bénéficier d’une intervention si rapide.

Tout autre que lui, à sa place, auraient posé des tas de questions extrêmement embarrassantes.

Elle frissonna et jeta un coup d’œil à son amoureux. Un léger sourire erra sur ses lèvres, elle s’aperçut qu’il était plus calme et que son visage était moins coloré. Sûrement la potion du docteur Mollet avait commencé à produire son effet !

Un peu rassurée, elle prit les journaux et vint de nouveau s’installer au chevet de son cher malade. Elle les parcourut rapidement, s’attardant surtout à la lecture des faits divers.

« On ne l’a pas découvert, se dit-elle, en fixant rêveusement les lattes du parquet. Pour plus de sécurité, j’achèterai les journaux du soir »

Elle cessa de penser au « Boiteux » et consulta l’heure. Elle donna une seconde cuillerée de potion à Marius, certaine, à présent de l’amélioration qui suivrait ; Elle s’installa ensuite dans un fauteuil et ferma les yeux ne tardant pas à s’assoupir.

 

( A SUIVRE LE 28 MARS )

 

 

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