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MOINEAUX SANS NID N° 242

19 Mars 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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A l’heure où « l’Araigne » faisait ce beau rêve, se déroulait la tragique scène entre Marius et le Boiteux, dans une baraque abandonnée

Quelques instants plus tard, les deux amants, inquiets sur le sort de leur dangereux ennemi, quittaient ce coin de cauchemar, et disparaissaient dans l’ombre de la nuit.

Soutenu par Edwige, Marius avançait péniblement. La pauvre femme ne cessait de l’encourager. Elle lui murmurait les mots les plus tendres, pour l’exciter à marcher.

Finalement, ils atteignirent la rue où se trouvait la pension de madame Bonnet.

Hélas ! Un obstacle imprévu allait leur en interdire l’accès tant souhaité !

Edwige aperçut tout d’un coup, sortant de l’ombre épaisse des maisons, les silhouettes redoutées de deux agents de police, effectuant leur ronde dans le quartier.

— Qu’allons-nous faire ? Questionna Marius.

— S’ils te demande ce que tu as, il te faudra inventer une explication murmura Edwige, très effrayée.

Pendant ce temps, les deux agents se rapprochaient lentement du couple, qui hésitait toujours à avancer. Sans doute ne les avaient-ils pas encore vus. En tout cas, rien dans leur attitude ne le laissait supposer.

Cela donna une idée subite à Edwige, alors que Marius marmonnait des injures.

— Attends ! Lui murmura-t-elle, penche-toi sur moi, comme ça ils nous prendront pour deux amoureux. Je ...

Elle s’interrompit brusquement, car les agents n’étaient plus qu’à quelques pas d’eux.

Marius s’appuya contre Edwige.

Les agents braquèrent aussitôt la lueur de leurs torches sur le couple.

Tremblant de tous ses membres, Edwige serra Marius contre sa poitrine. Soudain ils entendirent rire. Les deux gardiens de la paix. Ils échangeaient probablement des réflexions amusantes concernant les amoureux qui, malgré la pluie, s’obstinaient à rester dans la rue, s’embrassant à perde haleine !

Edwige et son ami ne soufflaient mot, devinant que les deux hommes s’éloignaient, tout en continuant leurs plaisanteries.

Ce fut elle qui la première, poussa un soupir de soulagement et rassurée remercia mentalement le ciel.

— Partons, mon chéri, mon idée a réussi, murmura-t-elle tout bas. Ils nous ont réellement pris pour des amoureux.

Brusquement, il la repoussa et fit quelques pas devant elle, mais il trébucha tant il était épuisé et Edwige s’empressa d’accourir à son secours. Péniblement, ils reprirent la direction de la pension de madame Bonnet.

Ils y arrivèrent vingt minutes après. Alors commença un autre supplice pour Marius ; la montée de l’escalier. Son épaule le faisait horriblement souffrir.

Ils atteignirent finalement le premier étage.

— Couche-toi vite, mon chéri, dit Edwige à son amant, je vais aller chercher madame Bonnet. Elle m’aidera à te soigner.

Elle prit la clé dans la poche de sa veste, se glissa dans le couloir et se dirigea vers la porte de leur logeuse. Elle frappa doucement.

— Madame Bonnet ! Appela-t-elle.

La patronne de la pension se réveilla en sursaut, croyant que quelqu’un essayait de pénétrer dans sa chambre pour la cambrioler, mais elle entendit une voix de femme qui murmurait son nom.

Elle bondit hors de son lit, chassa ses pantoufles, revêtit sa robe de chambre et alla ouvrir.

— Que se passe-t-il ? Que voulez-vous ? S’exclama-t-elle alarmée en reconnaissant Edwige.

— Madame Bonnet, venez vite m’aider, supplia la visiteuse inattendue, mon Marius s’est blessé en tombant et je crains que ça ne soit sérieux !

— Monsieur Marius est blessé ? S’exclama « la Grosse » en sursautant. Mais comment est-ce arrivé et où est-il ?

— Je vous expliquerai cela plus tard. Venez tout de suite je vous en conjure ! reprit Edwige.

Madame Bonnet la suivit et bientôt les deux femmes rejoignirent Marius qui, à bout de souffle, était étendu par terre. « La Grosse » qui était très robuste, le saisit sous les aisselles, tandis qu’Edwige s’empêtrait de ses pieds. Elles le transportèrent ainsi jusque sur son lit.

— Il faut aller chercher un médecin ! Déclara la patronne de la maison.

Edwige refusa avec un embarras non dissimulé.

Comme « la Grosse » la dévisagea, très surprise, la maîtresse de Marius lui expliqua :

— J’’espère pouvoir le soigner toute seule. J’ai été aide infirmière dans un hôpital lorsque j’étais jeune fille. Faites bouillir un peu d’eau, s’il vous plait, je vais nettoyer ses légères blessures. Quant à son épaule, je vais la bander fortement.

Madame Bonnet, apitoyée, expliqua qu’elle n’avait pas de bandages, mais qu’elle allait déchirer un vieux drap.

— Ca sera parfait ! Affirma Edwige en s’approchant de Marius qui, les yeux fermés, s’était mis à gémir. Allez, madame Bonnet, et faites vite, je vous en prie.

Avec des précautions infinies, elle retira la veste de son amant.

La pauvre femme était si déprimée qu’elle fit un effort désespéré pour ne pas éclater en sanglots. Ensuite, elle remonta les couvertures pour éviter que son cher Marius ne prenne pas froid.

« Mon dieu ! Que fait donc « la Grosse » ? Se demanda-t-elle bientôt avec impatience. Elle en met du temps pour faire bouillir un peu d’eau ! »

Madame Bonnet ne tarda pas à apparaître, portant une bassine d’eau fumante qu’elle déposa sur une chaise, et deux serviettes de toilette. Des bandes faites avec un drap entouraient un de ses bras.

— Voilà ! Annonça-t—elle, je vais maintenant aller chercher ma boite à pharmacie.

Elle quitta la chambre et revint presque aussitôt.

— Je crois que vous avez maintenant tout ce dont vous pouvez avoir besoin dit-elle à Edwige, en lui souriant.

L’amie de Marius ne répondit pas et commença immédiatement à soigner Marius. Elle désinfecta ses plaies et banda son épaule.

Lorsqu’elle eut achevé, elle se laissa tomber sur une chaise fixant, effrayée, Marius qui se tordait de douleur.

— C’est sûrement sa fracture qui le fait souffrir ! Murmura « la Grosse » Mais que s’est-il donc passé ?

— Je vous l’ai déjà dit, soupira Edwige. C’est l’odieux « Boiteux » qui l’a frappé, alors que Marius était à terre.

Il a ait ça ? Répéta la mère Bonnet, incrédule. Cela me semble vraiment impossible ! Jamais je ne l’aurais cru capable d’agir de la sorte !

Edwige se leva et s’approcha de son amant qu’elle examina avec attention, puis posa sa main sur son front brûlant.

— Mon Dieu ! S’écria-t-elle, affolée. Il a une très forte fièvre !

— Ce n’est rien, ça passera, essaya de la rassurer la brave femme qui ne se rendait pas compte de la faiblesse du malade.

Edwige lui lança un regard indigné et répliqua, d’une voix pleine d’angoisse :

— C’est, hélas ! Beaucoup plus sérieux que je ne l’ai supposé, moi aussi !

Dans ce cas, conclut madame Bonnet, naïvement, en la fixant avec inquiétude, il faut le faire admettre dans un hôpital.

— Ne dites pas de telles sottises, madame Bonnet ! Protesta vivement Edwige. Vous savez bien que marins ne veut pas aller dans un hôpital. Il craint les enquêtes ! Non ! Il faut trouver un médecin et le faire venir le plus vite possible.

— Bien ! Répondit la logeuse. Ne vous tourmentez pas ! Je vais m’en occuper tout de suite et téléphoner à l’un d’eux.

Elle se dirigea vers la porte en achevant de prononcer ces paroles. Elle allait l’ouvrit, lorsque Edwige bondit sur elle et l’empêcha de quitter la pièce.

— Non ! Attendez un instant ! S’exclama-t-elle désorientée. Je dois réfléchir auparavant, car il nous faut agir avec beaucoup de prudence. Marius a besoin d’un médecin discret qui ne posera pas de questions et ne parlera à personne de son intervention.

— Mais alors, fit « la Grosse » vivement intriguée, je ne comprends plus du tout !

Edwige la fixa avec désespoir, puis baissa la tête et répondit d’une voix à pleine audible.

— Nous ne savons pas ce qu’est devenu « le Boiteux »

A cette réponse, madame Bonnet sursauta. Elle dévisagea l’amie de Marius, stupéfaite. Puis elle répondit en hochant tristement la tête :

— Je ... je vois à présent ... je comprends tout ... vous craignez que « le Boiteux » ne soit mort. Ils se sont battus !

— Marius a été forcé de se défendre, reconnut-elle amèrement et ...

Elle s’interrompit brusquement et les deux femmes levèrent les yeux sur le blessé qui recommençait à geindre et à s’agiter.

— vous ne connaîtriez pas un homme capable de soigner Marius et de ne pas trop parlez ? Supplia Edwige.

— Je suis justement en train d’y réfléchir.

— Je vous supplie de m’amener quelqu’un pouvant sauver mon pauvre chéri, madame Bonnet, sanglota Edwige, donc les nerfs mis à si dure épreuve depuis des heures, venaient brusquement de céder. Faites-le au nom du Ciel, et je vous promets que je saurais vous récompenser comme vous le méritez.

La femme sourit à cette perspective, mais malgré tous ses efforts, elle ne parvenait pas à trouver une personne qui répond au désir d’Edwige.

— Vous croyez, demanda-t-elle soudain que monsieur Marius pourrait attendre quelques heures ?

— Je n’en sais rien ! Se désola la pauvre femme avec anxiété. Son cœur pourrait se fatiguer et se serait alors très dangereux.

— C’est que demain à l’aube, c’est-à-dire dans quatre heures, je pourrai aller chez un ami, qui, pour quelques centaines de francs, nous procurera la personne dont nous avons besoin, déclara madame Bonnet.

— J’ai peur d’attendre jusque là reprit Edwige en pleurant de plus belle. Je trouve qu’il change à vue d’œil, le pauvre chéri !

A cet instant, madame Bonnet se tapa sur le front, se souvenant brusquement.

— Que je suis stupide ! Murmura-t-elle. J’avais totalement oublié !

Edwige la fixa avec un léger espoir.

— que voulez-vous dire, madame Bonnet ? S’enquit-elle anxieusement. Qu’avez-vous oublié ?

— Oui ! Reprit « la Grosse » en se dirigeant résolument vers la porte, et dire qu’il habite ici !

Avant de franchir le seul elle se tourna vers madame Ramier et conclut en lui adressant un sourire rassurant :

— Tranquillisez-vous, je reviens tout de suite avec un médecin.

Elle disparut, laissant Edwige à la fois stupéfait et réconfortée.

 

( A SUIVRE LE 22 MARS )

 

 

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