MOINEAUX SANS NID N° 230
Trois jours après l’exécution du traître Georges Bertil dans le petit village situé à l’orée du bois où se trouvait le régiment de robert Montpellier, de nombreux renforts commencèrent à arriver.
Cela laissait supposer que le Haut Commandement avait décidé d’attaquer les lignes allemandes. Personne ne pensait que cette bataille pouvait être décisive, car il était, à présent, très clair que la guerre se prolongerait. Mais nul ne doutait que de sérieux engagements auraient lieu dans le secteur.
Les importants renforts qui venaient d’arriver étaient constitués par deux batteries d’artillerie lourde, deux sections de canons anti-aériens, une compagnie de mitrailleurs et deux d’infanterie.
— Je suis ravi de penser que, bientôt, nous allons nous battre, confia Jean Marigny à Robert Montpellier, qui venait d’être promu sergent pour sa belle conduite.
Le jeune artiste le fixa, étonné.
— Tu es ravi ? Ré »péta-t-il et pour quelle raison ?
Marigny haussa les épaules et soupira :
— Parce que je suis un raté et que je désire ardemment mourir ! Avoua-t-il tristement.
L’étonnent de Montpellier augmenta. Il observa silencieusement quelques secondes Marigny, puis reprit incrédule :
— Tu désires mourir ?
— Oui, Montpellier, répondit Marigny, le visage sombre, car je suis réellement las de vivre.
Robert hocha la tête.
— Si tu me permets de te donner mon avis, je trouve que tu as tort de parler ainsi. Même si tu as mené une vie répréhensible et équivoque, des heures meilleures t’attendent certainement.
Un sourire sceptique étira les lèvres de Jean Marigny.
— Je ne le crois pas, murmura-t-il, et je ferai l’impossible pour éviter de trop prolonger mon tourment.
— tu n’as pas le droit de parler ainsi ! S’écria Robert Montpellier avec un accent de reproche. Tu es encore jeune et tu ne peux savoir ce que l’avenir te réserve.
— Je ne le sais que trop bien, hélas ! Soupira l’autre, amèrement, car tout espoir m’a abandonné depuis très longtemps.
— En tout cas, aucun de nous n’à le droit de supprimer la vie que Dieu nous a donnés, trancha Montpellier avec sévérité.
— Mais puisque, à mes yeux, cette vie est un insupportable martyre ! Insista Marigny.
— Tu as un devoir à accomplir !
— Lequel ? S’enquit Jean Marigny, avec étonnement.
— Je pense, en ce moment, à un être à qui tu as fait beaucoup de mal ! Murmura Robert, hésitant.
— Tu veux parler de Valérie, n’est-ce pas ? Reprit Jean Marigny.
— Oui, de cette infortunée que tu as déshonorée !
Marigny pâlit et baissa la tête.
— Si, réellement tu regrettes le mal que tu as fait, poursuivis Robert, tu ne dois pas t’exposer au danger, avant d’avoir secouru cette pauvre femme.
— tu as raison ! Reconnut Jean Marigny, d’une voix vibrante, et je t’approuve entièrement.
— Après la guerre, continua Montpellier, lorsque tu auras été démobilisé, tu te présenteras aux autorités et tu leur feras ta déclaration.
Marigny garda le silence.
— tu iras trouver le juge, poursuivit robert, et tu lui avoueras que tu avais hypnotisé Valérie pour qu’elle t’appartienne. Tu ajouteras que son attitude fut totalement indépendante de sa volonté ;
Marigny répondit par un signe de tête affirmatif.
— De cette façon, tu réhabiliteras une femme, dont l’âme est restée aussi pure que celle d’un ange.
— Je le ferai, je te le jure ! Affirma Marigny, avec force.
— Tu diras à Valérie que sa fille est vivante et que tu l’as remise à cette maudite sorcière, qui l’a toujours, hélas, entre ses griffes.
— Oui ! Promit Jean Marigny, cependant ...
— Quoi donc ? Fit Montpellier étonné de son hésitation.
— C’est que je dois toujours de l’argent à cette mégère, déclara Marigny, en soupirant.
— Que ce détail ne t’arrête surtout ! S’exclama Robert, le père de Valérie est très riche et n’hésitera certainement pas à indemniser cette femme.
— Non ! Ce n’est pas possible, murmura tristement Jean Marigny.
— Pourquoi ? S’étonna Robert.
— Parce que Michel Labeille a, de nouveau, été ruiné par la guerre, expliqua Marigny.
— Même dans un tel cas, cette fillette ne pourra rester entre les griffes de la mégère, puisqu’elle aura retrouvé sa véritable mère, lui fit observer Robert.
— Elle l’a, d’ailleurs déjà tenue dans ses bras, murmura Jean Marigny.
— C’est vrai, mais elle ignorait alors qu’il s’agissait de sa fille, spécifia Montpellier.
— C’est exact, admit son interlocuteur.
— Tu me promets, n’est-ce pas, Marigny, de ne pas chercher à t’exposer ? Demanda Robert.
— Je te le promets, affirma Marigny.
— Bien. Cessons à présent de parler de tout cela, conclut le jeune artiste.
Ils échangèrent encore quelques mots, puis se mêlèrent à un groupe d’hommes qui se trouvait un peu plus loin.
Esposito à son tour, ne tarda pas à les rejoindre.
— Je viens d’apprendre, leur annonça-t-il que notre compagnie à été choisie pour attaquer les positions ennemies.
Montpellier et Marigny haussèrent les épaules, avec indifférence.
— J’ai su, également, poursuivit Esposito que les Allemands de leur côté, se préparent à nous attaquer.
— Comme ça, répliqua Robert en riant, ils nous épargneront la moitié du chemin.
— Il est également question de déclencher l’attaque à l’aube, demain matin. Nos chefs espèrent bénéficier d’un effet de surprise.
— Parfait ! S’écria Robert, nous sommes justement ici pour ça.
— Oui ! Reconnut Esposito, et j’ai l’impression que ce sera une véritable bataille, et non une escarmouche comme celles auxquelles nous avons participé jusqu’ici.
— Ca signifie que nous aurons de sérieuses chances d’y laisser nos vies, remarqua avec le plus calme, le jeune artiste. Je vous préviens, que si je meurs, vous hériterez de tout ce que j’ai sur moi.
— Et de mon côté, il en sera de même, plaisanta Esposito.
— Ne vous illusionnez pas trop, ajouta en riant Robert, car je n’ai que cent francs pour toute fortune !
Les trois camarades continuèrent à plaisanter ainsi, tandis que les premières ombres du crépuscule commençaient à envahir la terre.
Cette nuit-là, presque personne ne dormit. Le bois était transformé en une véritable fourmilière humaine.
Un peu avant l’aube, les batteries ouvrirent le feu, remplissant l’air de bruits assourdissants et ininterrompus.
L’artillerie ennemie ne tarda pas à répondre et une véritable pluie de feu tomba sur les positions françaises avec une précision impressionnante.
Ensuite, le premier régiment d’infanterie commença à avancer avec d’infinies précautions en direction des lignes adverses.
Montpellier, Marigny et Esposito étaient ensemble. Ils marchaient lentement, se jetant souvent à terre, lorsqu’ils entendaient arriver les obus.
La bataille menaçait d’être terrible et très meurtrière, surtout à cause du nombre d’hommes et des moyens mis en action.
Tandis que le grondement du canon et les premières rafales de mitrailleuses s’intensifiaient, la pensée de Robert se tourna vers Valérie comme pour un adieu.
Les progrès bien que très lents, se poursuivaient. Les Français occupaient presque entièrement le bois, en face des lignes ennemis, d’où partait un feu d’enfer.
Les arbres de la forêt brûlaient un peu partout et une fumée âcre épaisse et irrespirable remplissait l’air, tandis que les hommes, ainsi isolés, continuaient à avancer avec précaution.
Très vite, la compagnie de robert Montpellier se trouva sous le feu accéléré des mitrailleuses ... et les officiers, alors donnèrent l’ordre d’attaquer.
Ce fut indescriptible !
Impossible de pouvoir relater fidèlement le détail des terribles événements qui se déroulèrent, lorsque cette vague humaine se jeta sur la tranchée ennemie.
Robert Montpellier échappa à la mort par miracle, car l’attaque avait justement été donnée par sa compagnie.
Le feu était intense et il y eut de nombreuses victimes ... Soudain, une explosion terrifiante éclata en plein centre de la compagnie dont faisait partie Montpellier.
Ce dernier se trouva projeté dans un trou à deux mètres de l’endroit où il était, et y demeura étourdi, à moitié recouvert de mottes de terre.
Il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre conscience. Il y réussit, finalement en frissonnant.
La bataille se poursuivait, et au-dessus de la tête du jeune artiste, passaient des centaines de projectiles, sifflant lugubrement.
Robert, alors se blottit le plus profondément possible dans ce refuge providentiel. Il réalisait que, sortir de là, serait une véritable folie. Aussi, resta-t-il immobile jusqu’à la fin du combat, qui ne cessa qu’avec le retour de la nuit. Finalement, le pauvre garçon se décida à quitter la cavité dans laquelle il se terrait. Il y avait perdu son fusil et ses vêtements étaient en lambeaux. En outre, le bruit assourdissant du canon l’avait complètement hébété.
« Je dois absolument partir d’ici » se dit-il.
Il se mit à marcher sans but précis. Il poursuivit son effort plusieurs heures.
Il lui arrivait de revenir sur ses pas, et de s’arrêter, restant complètement immobile pendant de longues minutes.
Maintenant, sous la pâle clarté d’une lune, sortaient de gros nuages noirs qui encombraient le ciel.
Robert sentait ses jambes plier sous lui.
« Mon Dieu ! Soupira-t-il, je n’en peux plus ! »
Il se laissa tomber sur un tronc d’arbres, et prit sa tête entre ses mains.
Tout près de lui, il discerna brusquement trois corps d’hommes, étendus sur le sol. L’un d’eux parut donner des signes de vie, juste au moment où la lune l’éclaira faiblement.
Robert se précipita vers le blessé.
— Montpellier ! Appela une voix qu’il reconnut instantanément.
— C’est toi, mon pauvre Marigny ? S’exclama robert, très ému.
— Oui ! Mon vieux, répondit faiblement le malheureux.
Robert se pencha sur lui et s’aperçut qu’il avait une jambe brisée par un éclat d’obus.
— Tu souffres beaucoup ?
— Oui ! Montpellier, mais ce n’est pas pour moi que je t’ai appelé, c’est pour Esposito, qui a reçu une balle en pleine poitrine, répondit Jean Marigny.
Robert jeta un regard autour de lui.
— Où est-il ? S’enquit-il très ému.
— Là ! Près du chêne, répondit le blessé en lui désignant le corps d’un soldat, gisant sur le sol à quelques mètres de lui.
Montpellier s’élança et s’agenouilla, près du malheureux. Comme il ne bougeait pas, Robert, très inquiet, se pencha et appuya son oreille avec précaution sur la poitrine d’Esposito. Son cœur battait toujours, bien que faiblement.
— Il vit, Dieu merci ! S’écria Montpellier, soulagé.
— Je le sais, répliqua Marigny, il m’a parlé, il y a à peine un quart d’heure.
« Que faire ? » Songea Robert.
Pas un seul instant, il n’eut l’intention de les abandonner. Mais il comprenait qu’il ne pouvait les charger tous les deux sur son dos, d’autant plus qu’il se sentait assez affaibli.
— Ecoute ! Marigny, murmura-t-il comme s’il se parlait à lui-même, je viens d’être moi aussi, à moitié enseveli et je suis encore sous l’effet d’un choc.
— Ah ! Si je pouvais disparaître ! S’écria Marigny.
— Cesse de dire des sottises, trancha Robert, sèchement.
— Laisse-moi ici, ne e soucie pas de moi !
— Jamais de la vie ! Je voudrais vous transporter tous les deux en même temps, reprit le jeune artiste, mais je me rends compte que cela est impossible, tant que je n’aurai pas repris de nouvelles forces.
— Occupe-toi uniquement du pauvre Esposito qui est plus gravement blessé que moi, insista Marigny.
—Ta blessure aussi est sérieuse, et ... et je ne suis pas certain de pouvoir revenir dans ce coin. Je ne voudrais pas que tu puisses croire que j’agis ainsi, poussé par un sentiment de vengeance et de rancune.
— Jamais je ne penserai cela de toi, protesta violemment Jean Marigny.
— On ne sait jamais ! Les circonstances pourraient te faire changer d’avis, poursuivit Montpellier.
— Non ! Je te connais bien maintenant, répliqua avec conviction, le blessé.
Robert se tut. Il se dirigea ensuite vers une sacoche qui se trouvait à quelques pas d’eux, et qui avait sans doute été projetée là par quelque explosion. Il l’ouvrit et eut la chance d’y découvrir un petit flacon de rhum, du pain et un gros morceau de fromage qu’il dévora avec avidité.
Tout de suite après, il se sentit un tout autre homme.
« Mes forces reviennent » se dit-il.
Très satisfait, il revint auprès d’Esposito, il déchira un pan de sa chemise et alla le tremper dans le ruisseau voisin. Ensuite, il mouilla le visage du malheureux ainsi que celui de Jean Marigny.
— Ne t’occupe pas de moi ! Murmura ce dernier d’une voix faible.
— Tais-toi ! Répliqua Robert, je me sens suffisamment fort, à présent, pour vous transporter tous les deux.
En effet, peu après, il chargea les deux blessés sur ses épaules.
Esposito poussa un gémissement.
Robert avança, trébuchant sous le poids des deux blessés. Il marcha longtemps, s’arrêtant de temps en temps pour reprendre un peu de souffle serrant les dents dans un effort de volonté inimaginable, afin de sauver ses camarades.
Esposito avait, de nouveau perdu connaissance, tandis que Marigny poussait, par moments, des cris de douleur.
— Du courage, murmura Robert, essayant de le réconforter.
— Laisse-moi, je t’en supplie, pria Marigny, je n’en peux plus !
— Jamais de la vie ! Répliqua fermement Robert.
— Je souffre trop, Montpellier, laisse-moi !
— Et moi, je te dis que je ne veux pas t’abandonner !
— Tu n’en peux plus, Robert, protesta Marigny.
En effet, le brave garçon était couvert de sueur. Il s’arrêta, à bout de forces.
Soudain, une exclamation de joie lui échappa.
— Un cheval ! Cria-t-il, n’en croyant pas ses yeux.
Il ne rêvait pas, c’était bien un cheval qu’il voyait !... Un cheval qui avait dû s’échapper d’une ferme incendiée par les récents combats, et qui, à présent, broutant paisiblement l’herbe tendre du sous-bois.
Montpellier déposa doucement à terre les deux blessés et s’approcha de l’animal qu’il saisit par son licou.
La bête n’opposa aucune résistance et parut même très satisfaite de la présence d’un homme, après les combats à travers lesquels elle était miraculeusement passée !
— Marigny ? S’enquit robert, crois-tu pouvoir tenir en équilibre sur la croupe de ce cheval ?
— Je n’en sais rien, répondit le pauvre garçon, le visage crispé par la souffrance.
— Il le faut à tout prix ! S’écria Montpellier.
— Essayons ! Répondit le blessé, en soupirant.
Robert le prit dans ses bras et l’installa sur la croupe de l’animal.
— Ca va ? Demanda-t-il avec sollicitude.
— Oui ! Mais j’éprouve une violente nausée, répondit Marigny, tout en s’efforçant de dominer sa douleur.
— Ne bouge pas ! S’écria Robert.
Ce dernier s’occupa ensuite d’Esposito. Il le souleva doucement et le plaça en travers de la brave bête.
— Retiens-le un instant, afin que je puisse monter à mon tour, dit-il à Marigny qui obéit aussitôt.
Montpellier sauta lestement sur la croupe du cheval. Jean Marigny se trouvait derrière. Tenant fortement contre lui le corps d’Esposito, toujours évanoui, Robert ordonna au cheval d’avancer.
Bientôt, ils quittèrent le bois et s’engagèrent dans un étroit sentier, bordé de hautes haies.
Le jour s’était levé depuis un moment quand ils atteignirent une route départementale, très abîmée par les récents combats.
Robert guida le cheval avec de grandes précautions, l’excitant chaque fois qu’il manifestait de la fatigue ou de la crainte.
Ils marchèrent ainsi durant trois interminables heures. Enfin, ils arrivèrent en vue d’un village. Une immense crois rouge flottait sur le toit de la mairie. Robert dirigea son cheval vers ce refuge providentiel.
Cinq minutes plus tard, les infirmiers entouraient ce curieux équipage. A l’aide de brancards, ils eurent vite fait de transporter les deux blessés. A l’intérieur de la mairie, transformée en hôpital militaire.
Robert, aussitôt, alla se présenter au médecin-major, qui l’accueillit en fronçant les sourcils avec agacement.
— Que désirez-vous, sergent ? S’enquit-il, je suis très occupé en ce moment.
— J’apporte deux hommes assez sérieusement blessés. Ils ont un besoin urgent de soins, expliqua respectueusement Robert.
— Comment se fait-il que ce ne soit pas une ambulance qui amène ces deux blessés ? Questionna l’officier surpris.
— Mon capitaine, nous nous sommes durement battus cette nuit et j’ai, par miracle, trouvé un cheval sur lequel j’ai transporté le plus rapidement possible mes camarades, reprit le jeune artiste.
— Bien ! fit le médecin-major, après avoir réfléchi quelques secondes. Je vais m’occuper d’eux tout de suite ...
— Je vous en supplie, mon commandant, faites l’impossible pour les sauver !
L’officier appela un infirmier.
— Tâchez lui dit-il, d’ajouter deux lits dans la salle numéro quatre
— Entendu, monsieur le major, mais il ne me reste qu’un seul lit ! Pour le second blessé, je mettrai un matelas par terre.
Robert Montpellier et l’infirmier regagnèrent le vestibule, où se trouvaient les deux blessés. Esposito était toujours sans connaissance. Robert voulut le prendre dans ses bras. L’infirmier ne s’y opposa pas et précéda le jeune artiste qui le suivit en portant son précieux fardeau. Après avoir parcouru un long couloir, ils pénétrèrent dans une salle spacieuse, mais bondée de blessés.
Robert déposa, avec d’infinies précautions, Esposito sur un lit.
L’infirmier hocha la tête.
— Il me paraît gravement touché !
— Oui, il a reçu une balle en pleine poitrine, répondit Montpellier en repartant rapidement pour aller chercher Jean Marigny.
Lorsqu’il le rejoignit le pauvre garçon s’accrocha à son bras en gémissant, livide :
— Je n’en peux plus, Robert, je souffre beaucoup !
Montpellier le souleva avec douceur et sollicitude et le porta lui aussi, dans la salle où de nombreux blessés étaient entassés. L’infirmier s’avança pour l’aider. Un jeune officier de santé lui barra le passage.
— Où allez-vous avec ce blessé ? S’écria-t-il, furieux.
— Mon lieutenant, je le transporte là où on m’a ordonné de le faire, répondit Robert, étonné.
— Impossible, cette salle est déjà trop pleine, répliqua sèchement le jeune officier.
— C’est Monsieur le major qui ...
— Je m’en moque ! Hurla l’autre, rouge de colère. Je vous dis, moi que ce n’est pas possible !
— Je vous en supplie, mon lieutenant, il est très sérieusement blessé et n’a, encore, reçu aucun soin.
— Impossible ! Vous dis-je.
— Je vous en conjure, mon lieutenant ?
— Non !
— Vous n’avez pas de cœur ! Hurla Robert, hors de lui.
Furieux, le médecin lui saisit le bras. Une infirmière accourut, attirée par les voix qui montaient ...
Robert leva les yeux sur la jeune femme et poussa un cri :
— Valérie !
( A SUIVRE LE 14 FEVRIER )
