MOINEAUX SANS NID N° 227
Malgré l’obscurité, Robert Montpellier avait tout de suite reconnu le soldat qui s’était approché de lui, en lui murmurant des paroles d’espoir. C’était Jean Marigny, l’ancien amant de Valérie.
— Tu viens de repaître de mon ...
Il s’interrompit brusquement, car il venait d’apercevoir Esposito, l’autre sentinelle.
— Veux-tu me pardonner, Montpellier ? Murmura Marigny d’une voix que l’émotion faisait trembler.
Robert était tellement stupéfait qu’il ne put prononcer un seul mot.
— Tu me refuses ton pardon ? Reprit Marigny, d’une voix angoissée.
Le jeune artiste sourit tristement et répondit :
— Personnellement, je n’ai rien à te pardonner, car tu ne m’as pas fait de mal.
— Pas à toi, bien sûr, mais j’en ai beaucoup fait à la femme que tu aimes et qui a toujours été digne de ton amour ! Murmura Marigny d’une voix altérée.
— Et toi, as-tu cessé de l’aimer ? Questionna Robert, après une imperceptible hésitation.
— J’ai été infâme envers elle ! Malgré toute une vie expiation, je serai toujours indigne de lever les yeux sur elle, ajouta-t-il sourdement.
— Tu te repens sincèrement ? Demanda encore Montpellier.
— Oui !
— Alors, je te pardonne pour Valérie, reprit robert avec douceur.
— Je te remercie du plus profond de mon cœur, s’écria Jean Marigny très ému.
— Maintenant, fit tristement Robert, il ne me reste pas longtemps à vivre, car l’aube va se lever.
— Tu te trompes, répliqua Marigny.
— Que puis-je espérer ? Reprit avec angoisse Montpellier.
Soudain, Exposito s’approcha de lui et coupa ses liens avec son couteau.
— Fuis ! Tu es libre ! Dit-il.
— Fuir ? Répéta Montpellier désorienté.
— Oui ! Cours à la recherche de celle que tu aimes. N’hésite pas, Montpellier, car le jour approche.
Robert leur adressa un signe de la main et s’enfonça dans la futaie où il ne tarda guère à disparaître.
Quelques heures plus tard, les premières lueurs de l’aube commencèrent à blanchir le ciel.
Robert erra dans le bois pendant plusieurs heures, ne rencontrant sur son chemin que quelques oiseaux nocturnes ou d’inoffensives petites bêtes qui fuyaient à son approche.
Soudain, il perçut un léger bruit et s’arrêta en tressaillant.
— C’est Vaillant, mon bon Vaillant ! S’exclama-t-il joyeusement en se baissant pour embrasser le brave chien qui se frottait affectueusement contre lui. Puis côte à côte, ils marchèrent silencieusement pendant près de deux heures ;
L’aube avait dissipé les dernières ombres de la nuit, lorsqu’il distingua un ruisselet serpentant à travers les arbres et les buissons de la forêt.
— Je le reconnais, dit-il, tout haut en regardant autour de lui plus attentivement. Ah ! S’exclama-t-il, voici la sortie du souterrain du château en ruines ... Exactement la cachette dont j’ai besoin.
Sans hésiter, il se glissa à l’intérieur de la grotte, faisant fuir une quantité de bêtes mystérieuses.
— Brr ! Frissonna-t-il, dégoûté, décidément ce n’est pas un coin bien agréable !
Il en ressortit vivement et retourna près du ruisseau. A cet instant, le soleil commença à s’infiltrer à travers les arbres de la futaie.
— dire que je devrais être mort à cette heure ! Murmura le jeune homme, en hochant tristement la tête.
Soudain Vaillant, dressant les oreilles, partit comme une flèche en direction du taillis qui longeait le ruisseau.
— Ici, Vaillant ! Cria Robert.
Mais la bête n’obéit pas et disparut à sa vue.
« Il va me faire découvrir ! » songea Robert avec inquiétude, tout en se rapprochant de l’entrée du souterrain.
Cinq minutes venaient à peine de s’écouler que la brave bête revînt, un lapin dans sa gueule.
— Diable ! S’écria Robert, en riant.
Il s’en empara, puis s’aidant de son couteau, il dépiauta le lapin.
« Pour aujourd’hui, le problème de la nourriture est résolu » Dit-il
gaiement, en glissant le petit animal dans sa sacoche ; Puis ? il regagna le taillis,, répugnant à entrer dans le souterrain, à moins de nécessité absolue.
Il ne pouvait s’empêcher de songer avec angoisse à son triste sort. Allait-on se mettre à sa recherche ? Le découvrir et le fusiller ? S’il en était ainsi, le même miracle ne se reproduirait pas ! Quelle terrible situation était la sienne !
Peut-être était-il préférable pour lui de se laisser capturer par les Allemands ! Non ! Décidément, cette perspective était impossible à envisager. Tout en réfléchissant sur son cas, Robert se sentait envahi par une immense fatigue et un sommeil irrésistible.
Il lui était impossible d’aller se mettre à l’abri dans le souterrain. Il chercha un coin où la futaie très épaisse, pût le cacher. Lorsqu’il l’eut découvert, il s’allongea sur un lit de branches hâtivement préparé et Vaillant se coucha à ses pieds.
Il ferma les yeux, brisé par la fatigue et ses récentes émotions. Il ne tarda pas à s’endormir profondément.
Lorsqu’il se réveilla le crépuscule de la nuit l’enveloppait.
« J’ai dû dormir près de dix heures, se dit-il et maintenant je meurs de faim ! »
Il sourit en songeant au lapin que Vaillant avait rapporté. Mais il ne pouvait le manger cru. Allumer du feu pour le faire rôtir, risquait de trahir sa présence.
Néanmoins, il s’y décida, car la faim le torturait. Il amassa des brindilles et des branches sèches qu’il alluma avec la flamme de son briquet. Il y posa le lapin qui fut cuit au bout d’une trentaine de minutes. Robert jeta la tête et les os à Vaillant et dévora le reste avec un grand appétit. Accompagné de son chien, il se désaltéra avec l’eau limpide du ruisselet.
« Que dois-je faire à présent ? Se dit-il, m’éloigner ? »
Après avoir longuement réfléchi, il estima qu’il était préférable de ne pas bouger. Il éteignit soigneusement le feu et regagna la futaie. Il s’assit et regarda la nuit tomber lentement sur la forêt.
L’image de Valérie s’offrit alors à son esprit. Comment la retrouver ? Cette pensée le désespérait. Très agité, il se leva brusquement et reprit sa marche aventureuse, toujours suivi de son chien. Robert avançait lentement, car l’ombre, augmentant sans cesse, l’empêchait de s’orienter.
Il atteignit ainsi l’orée du bois et découvrit une vaste plaine où il distingua des tranchées.
« Les Allemands ! » Dit-il en frissonnant.
Il demeura sur place, ne sachant quelle décision prendre. Sortir du bois ? Cela signifiait se jeter entre les mains de l’ennemi. Revenir sur ses pas ? C’était courir le risque de se faire capturer par les Français !
« Mon Dieu ! Songea-t-il, angoissé, comment me sortir d’une si terrible situation ? »
Soudain il vit un lieutenant allemand sortir d’une tranchée et s’avancer rapidement vers le fourré où il s e dissimulait. Robert, alors, s’enfonça plus profondément dans sa cachette.
« Suis-je découvert ? » Se demanda-t-il avec inquiétude.
L’officier s’arrêta à quelques pas de lui, indécis. Peut-être avait-il une mission à remplir ?
Robert ne tarda pas à comprendre qu’il attendait quelqu’un.
Longtemps, l’Allemand fit les cent pas, l’air très énervé.
Soudain son visage s’éclaira et il poussa un grand soupir de soulagement, tout en fixant le sentier d’où ne tarda pas à déboucher un homme dont l’attitude semblait équivoque.
Robert Montpellier faillit laisser échapper une exclamation de stupeur. Celui qui venait d’arriver était Georges Bertil, le responsable de tous les malheurs qui l’accablaient.
Le traître s’approcha de l’officier allemand avec lequel il échangea une solide poignée de main.
Poussé par une curiosité irrésistible et fort compréhensible, Robert s’avança vers eux avec précaution.
— Vous êtes très en retard aujourd’hui ? Fit observer l’Allemand à l’ami d’enfance de Valérie Labeille.
— J’ai failli de ne pas pouvoir venir, répliqua Georges Bertil.
— Vraiment ?
— Figurez-vous que je n’ai pu relever ces plans qu’hier soir, et pour m’éloigner de nos lignes, j’ai dû recourir à un stratagème qui heureusement à parfaitement réussi, poursuivit Bertil.
— J’en suis ravi, reprit l’Allemand.
— J’ai demandé le commandement de la patrouille envoyée à la recherche d’un homme qui condamné à être fusillé, s’est enfui dans le bois. C’est en me servant de ce prétexte que j’ai pu vous rejoindre.
L’Allemand le fixa, inquiet.
— Où avez-vous laissé vos hommes ?
— Pas très loin d’ici, répondit Bertil.
— Bien ! Trancha l’officier ennemi. Avez-vous le plan des fortifications ?
— Oui ! Répondit Georges Bertil en sortant de l’intérieur de sa tunique, une grande feuille pliée, qu’il lui tendit.
L’officier allemand la déplia et la regarda attentivement à la lueur de sa torche, après avoir pris soin de se dissimuler derrière un tronc d’arbre.
— Parfait ! S’exclama-t-il au bout de quelques secondes.
— J’ai mentionné toutes nos fortifications avec le plus de détails possibles, expliqua Georges Bertil.
— Je vois et je vous en félicite, ajouta l’Allemand. Puis il sortit de sa poche une grosse liasse de billets de banque qu’il remit au calomniateur de l’infortunée Valérie.
Il se passa alors une chose imprévisible !
Réalisant toute la gravité de l’odieuse trahison de Georges Bertil, Robert Montpellier bondit de sa cachette et se jeta sur le traie. Il lui décrocha un si violent coup de poing au menton, qu’il l’étendit à terre sans connaissance.
— Voilà pour toi, traître ! Hurla-t-il hoirs de lui.
L’Allemand tout d’abord surpris par la promptitude de cette attaque, voulut sortir son revolver de son étui, mais Robert ne lui en laissa pas le temps. Sautant sur lui, il lui planta son couteau en pleine poitrine ! L’homme tomba en poussant un gémissement sourd.
Robert, sans perdre de temps, se pencha sur lui, prit son arme ainsi que le plan que lui avait remis le traître, et revint vers le corps, toujours sans connaissance, de Georges Bertil qu’il chargea sur son dos. Péniblement il s’engagea sur le sentier par lequel il était arrivé.
Il avança péniblement, portant toujours le traître inanimé sur son dos. Soudain, il perçut un bruit de voix derrière lui.
Il se glissa dans un taillis et jeta le corps de Bertil sur l’herbe.
Il s’agissait de la patrouille que commandait Bertil. Elle était partie à sa recherche et transportait maintenant l’officier allemand que Robert Montpellier avait blessé quelques instants plus tôt.
Sans hésiter, Robert sortir du fourré et se présenta à la patrouille française.
— Halte-là ! Cria immédiatement un sous-officier, en le mettant en joue.
Robert ne bougea pas.
— Rends-toi ! Commanda le sergent.
— Je suis à votre disposition, sergent, répondit Montpellier. Je n’ai nullement l’intention de vous résister.
— Tu es bien le soldat qui devait être fusillé et qui s’est enfui ? Reprit le sous-officier, en le fixant avec attention.
— En effet, sergent.
— Ne bouge pas ! Car au moindre geste, tu seras abattu.
— Je viens de vous dire que je n’avais aucune envie de vous échapper, répondit très calmement le jeune homme. Ne me suis-je pas présenté à vous volontairement ?
— C’est Juste ! Reconnut l’autre, perplexe.
— Je vous prie de me conduire immédiatement devant le capitaine ajouta robert ; j’ai de très importes et graves communications à lui transmettre.
Le sergent é »fléchit un instant, puis fit un signe de tête affirmatif.
— D’accord ! Mais peux-tu me dire ...
— Il y a également un traître à transporter, coupa vivement Robert.
— Un traître ? Répéta l’homme, incrédule, et où est-il ?
— Là, dans le taillis, répondit robert en lui désignant l’endroit où il avait laissé le corps de Bertil.
Obéissant à un ordre du sergent, deux hommes se précipitèrent et quelques secondes après rapportèrent le lieutenant, inanimé.
— Mais ... mais ... c’est notre lieutenant, le lieutenant Bertil qui commandait la patrouille ! S’exclama le sergent, stupéfait.
— C’est juste, répondit froidement Montpellier. Il vous avait quittés pour rejoindre l’officier allemand que j’ai blessé.
— Comment ? S’écria le sous-officier, de plus en plus ahuri.
— Vous avez très bien compris, répliqua Robert, mais éloignons-nous vite, car je dois immédiatement remettre ce plan au capitaine.
Le sergent donna l’ordre à deux hommes de transporter l’allemand et à deux autres de se charger de Bertil qui commençait à donner signe de vie.
Quelques minutes plus tard, ils rejoignaient leur unité.
Robert fut immédiatement conduit auprès du capitaine, qui, reconnaissant le condamné à mort, ne put retenir un cri de stupeur.
— Toi ? S’exclama-t-il.
— Oui ! Mon capitaine, répondit tranquillement Robert, en se mettant au garde à vous.
— Tu as donc été repris ? Observa l’officier.
— Non ! Mon capitaine. Je me suis constitué prisonnier volontairement, répondit en souriant Montpellier.
— Mourir t’est donc indifférent ? S’écria le capitaine, étonné.
— Oui, mon capitaine.
— En ce cas, pourquoi t’es-tu enfui ? Reprit l’officier, de plus en plus stupéfait.
— Je vous prie de bien vouloir prendre connaissance de ce papier, mon capitaine. Je répondrai ensuite à toues les questions qu’il vous plaira de me poser, dit Robert, en lui remettant le plan qu’il avait pris au lieutenant allemand.
Dès que l’officier eut examiné ce document, il murmura en pâlissant.
— Le plan de nos fortifications ! S’il était tombé entre les mains des Allemands nous aurions eu à le déplorer très gravement !
— Il s’y trouvait, mon capitaine, s’écria Robert.
— Qu’est-ce que tu dis ?
— La vérité, mon capitaine.
— Qui a commis un acte si infâme ? S’écria l’officier, indigné.
— Un misérable qui a reçu pour sa trahison les cent mille francs que voilà, ajouta robert en déposant sur le bureau de son supérieur la liasse de billets remise par l’Allemand à Bertil.
— Quel est le nom de cet ignoble individu ? Demanda-t-il.
— Le Lieutenant Georges Bertil, mon capitaine, répondit le jeune homme en ne baissant pas une seule fois les paupières, et je puis vous affirmer qu’il est l’homme le plus abject que j’aie jamais rencontré.
— Oui ! Mon capitaine, répliqua froidement Montpellier. Je me suis enfui pour sauver ma vie et la Providence m’a permis de sauver celles de nombreux camarades, en découvrant la trahison de Georges Bertil.
L’officier baissa la tête et garda le silence, bouleversé par une telle révélation.
Robert, alors, lui fit le récit de ce qu’il avait vu et entendu, dissimulé dans un fourré, non loin des lignes allemandes ainsi que de son attaque foudroyante contre Bertil et l’officier allemand.
— Où sont ces deux hommes ? S’enquit le capitaine, lorsque le jeune artiste eut achevé de parler.
— A deux pas d’ici, mon capitaine, dans le hangar de la ferme voisine, répondit Robert.
Quelques secondes après, suivit de Montpellier, du sergent et de huit soldats, baïonnette au canon, le capitaine se dirigea vers la prison improvisée où avaient été enfermés les deux hommes gardés par trois sentinelles.
Bertil avait repris connaissance ainsi que l’Allemand auquel on avait donné les soins les plus urgents.
Le capitaine s’adressa en allemand à ce dernier.
— Où est le plan que vous a remis cet homme ? Lui demanda-t-il sèchement.
— Je l’ignore, répondit froidement l’Allemand.
— Et l’argent ?
— Je le lui ai remis dès qu’il m’a donné le plan, répondit le blessé, sans aucune hésitation.
Le capitaine ne posa pas d’autres questions. Ces deux réponses suffisaient largement à condamner le lieutenant Bertil.
Il se tourna alors vers le sergent et lui désigna Georges Bertil qui assit sur une chaise, n’osait lever les yeux. Puis, il ordonna durement :
— Mettez immédiatement cet homme aux arrêts et faites-le surveiller très étroitement.
Le sous-officier s’empressa d’obéir. Soutenu par deux hommes, Bertil fut contraint de se lever et de quitter le hangar. Quelques minutes plus tard, il était enfermé dans une modeste maison paysanne dont l’entrée et les fenêtres étaient gardées par des sentinelles.
Quant à l’officier allemand, considéré désormais comme prisonnier de guerre, il fut mis dans une ambulance et envoyé dans un hôpital militaire.
Robert était toujours en état d’arrestation. Il ne pouvait être libéré avant une décision du tribunal militaire qui ne tarda pas d’ailleurs à être constitué.
Lorsque le jeune artiste apprit que Marigny et Esposito avaient été arrêtés à la suite de son évasion, il sollicita, de nouveau, un entretien avec le capitaine.
Ce dernier le convoqua un quart d’heure plus tard.
— Que veux-tu encore, Montpellier ? Demanda-t-il, très énervé par les derniers événements.
— Je vous prie de m’excuser de vous déranger, mon capitaine, répondit robert Montpellier, mais ayant appris que les deux sentinelles qui me gardaient alors que j’allais être fusillé, avaient été arrêtées, je tiens à vous affirmer qu’elles sont complètement étrangères à ma fuite.
— Ah ! Murmura l’officier, en le dévisageant avec méfiance.
— Oui ! Mon capitaine, affirma énergiquement Montpellier. A force de tirer sur mes liens, j’étais parvenu à les détacher, et j’ai pu m’enfuir grâce à l’obscurité qui régnait dans le bois.
L’officier ne répondit pas tout de suite, fixant de plus en plus perplexe, le visage loyal et franc du jeune homme.
— Ne me racontes-tu pas une histoire, Montpellier afin de secourir tes camarades ? Reprit en souriant.
— Je vous jure, mon capitaine, que je viens de vous dire la stricte vérité, affirma, une fois de plus Robert.
— Bien ! Déclara le capitaine, après quelques secondes de réflexion. Je tiendrai compte de tes déclarations le moment venu !
Il fit signe aux soldats qui avaient conduit Robert dans son bureau de l’emmener.
Le jeune artiste se sentait envahi par une angoisse indescriptible qui allait augmentant avec l’approche de la nuit. Un soldat lui apprit un quart d’heure plus tard, que des officiers supérieurs venaient d’arriver pour former le Conseil de Guerre.
Quelques instants après, Robert Montpellier comparaissait devant le tribunal siégeant dans la grande salle de la mairie, réquisitionnée par l’Armée.
Georges Bertil pâle comme un mort, occupait le banc des accusés aux côtés de Jean Marigny et d’Esposito.
Interrogé sur les derniers événements, robert raconta en détail ce qui lui était arrivé, s’efforçant d’atténuer la responsabilité de Jean Marigny et d’Esposito, relative à son évasion.
Lorsqu’il eut achevé son récit, le lieutenant-colonel présidant le Conseil de Guerre lui demanda :
— Soldat Montpellier, pour quelle raison êtes-vous revenu vous constituer prisonnier, alors que vous veniez de vous évader ?
— Je n’en avais aucune, mon colonel, répondit vivement le jeune artiste, sinon celle de vous remettre ces plans et de vous prévenir que vous aviez un traître parmi vous !
Cette réponse était logique et constituait une accusation des plus accablante contre Bertil ... Robert Montpellier était uniquement revenu pour prouver sa loyauté et son dévouement envers son pays !
Après qu’il eut terminé, ce fut au tour de Georges Bertil d’être interrogé. Malgré ses tentatives désespérées, le misérable ne put nier sa faute ... Il fut contraint de reconnaître la totale vérité de l’accusation formulée contre lui par Robert Montpellier.
Jean Marigny et Esposito furent interrogés en dernier lieu. Ils confirmèrent entièrement la déposition faite par Robert.
Le Tribunal se retira pour délibérer.
Au bout d’une heure, il revint dans la salle. Robert Montpellier, eu égard à son attitude désintéressée et patriotique fut acquitté immédiatement, ainsi que ses deux camarades, Marigny et Esposito.
Il n’en fut pas de même pour Georges Bertil.
Le conseil de Guerre le condamna à être fusillé.
Plus pâle que la mort, le traître écouta le lieutenant-colonel lire la terrible sentence dans le silence le plus absolu. Baissant la tête et tremblant de tous ses membres, il semblait prêt à, défaillir.
Le Tribunal se retira lentement, tandis que le condamné était reconduit dans la pièce qui lui servait de prison. Robert Montpellier, Jean Marigny et Esposito rejoignirent leur régiment.
Le lendemain à l’aube, deux soldats, accompagnés par l’aumônier, vinrent chercher Georges Bertil.
Ils le conduisirent dans la cour d’une ferme située à l’extrémité du village. Là, il fut placé devant un mur près duquel attendait le peloton d’exécution, commandé par un adjudant.
La sentence du Conseil de Guerre fut aussitôt exécutée et une salve déchira l’air. Auparavant, il avait été l’objet de la dégradation militaire, peine infamante exécutée devant tous les hommes du régiment.
Le soleil haut dans le ciel, éclairait cette scène tragique.
Robert, Jean Marigny et Esposito n’échangèrent pas un seul mot de la journée, bouleversés par ces cruels événements.
Ainsi celui qui avait tant fait de mal, avait subi le juste châtiment de ses fautes, de ses lâchetés et de ses crimes !
La Providence était intervenue au bon moment.
Robert Montpellier, tout en se félicitant de la mort de cet être infâme, ne parvenait pas à chasser la profonde tristesse qui pesait sur son cœur.
( A SUIVRE LE 5 FEVRIER )