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MOINEAUX SANS NID N° 224

24 Janvier 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

A PARTIR DU LUNDI 28 JANVIER A 11 HEURES

DES PHOTOS DE SCULPTURES NEIGE ET GLACE

DU 28 JANVIER AU 1er FEVRIER

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE-224--.jpegL’infirmier, en effet, emmena Pierrot dans le bureau de l’interne de service qui lui adressa de vifs reproches.

— Tu sais, lui dit-il, qu’il est formellement interdit de se promener dans l’hôpital pendant la nuit ?

— Monsieur le docteur ... Murmura Pierrot, fort embarrassé.

— Eh bien ! Qu’y a-t-il ? Pourquoi n’achèves-tu pas ?

— J’ai appris que ma sœur se trouvait hospitalisée ici, et comme j’étais très inquiet, je ... je suis allé la voir. Mais si j’ai mal agi, Monsieur, vous pouvez me faire arrêter, acheva-t-il, en baissant la tête.

L’interne ne put s’empêcher de sourire à cette réponse.

— Non ! Nous n’en sommes pas arrivés jusque-là, protesta-t-il avec plus de douceur.

— Et comme je ne pouvais pas aller voir Mireille pendant le jour, continua à expliquer Pierrot, j’y suis allé la nuit.

— Ne recommence plus ! Reprit le médecin. Je te pardonne pour cette fois !

— Je vous promets de vous obéir, Monsieur, affirma Pierrot.

— Très bien ! Et si tu tiens parole, je te permettrai de revoir ta sœur, acheva l’interne, en souriant.

L’enfant très ému et très fatigué, ferma les yeux pour retenir ses larmes. Le médecin s’en aperçut et ajouta avec douceur :

— Maintenant, mon enfant, regagne vivement ton lit !

Accompagné par l’infirmier, Pierrot retourna dans la salle d’où il était sorti et se coucha immédiatement, mais il ne put trouver le sommeil.

Il pensa à Mireille et la perspective de son retour chez « l’Araigne » l’obséda.

« Non ! C’est une chose absolument impossible », songea Pierrot, désolé, ne cessant de ruminer toutes sortes de plans pour empêcher une pareille chose.

Finalement, il réussit à s’endormir.

Le matin suivant, le thermomètre révéla que sa fièvre avait remonté et le médecin au cours de sa visite quotidienne, ordonna, de nouveau, la diète la plus absolue.

— Il n’a pourtant rien mangé hier, docteur, objecta sœur Anne.

— Peu importe ! Vous agirez de même aujourd’hui, ma sœur, répondit le médecin.

— C’est entendu, docteur, soupira la brave religieuse.

Après qu’elle se fut assurée que Pierrot s’était assoupi, elle s’éloigna de son lit pour donner ses soins aux autres malades.

Pendant ce temps, Mireille, dans l’ignorance de ce qui était arrivé à son cher Pierrot, se désolait. Elle était si inquiète sur son sort qu’elle refusa toute nourriture.

L’après-midi à l’heure des visites, une élégante et jolie femme s’approcha de l’enfant.

— Bonjour ! Mignonne, dit-elle en se penchant sur Mireille qu’elle embrassa sur ses joues pâles.

— Bonjour ! Madame, répondit la petite fille, en levant sur la visiteuse ses merveilleux yeux couleur de violettes.

— Tu me reconnais, n’est-ce pas ? Reprit l’inconnue, en lui souriant avec gentillesse.

— Oui ! Madame, s’empressa de répondre Mireille, vous étiez dans la voiture qui m’a renversée. Mais cet accident n’est pas arrivé par votre faute !

— En effet ! Mon enfant, approuva la jeune femme.

— C’est très aimable à vous, Madame, d’être venue prendre si souvent de mes nouvelles, continua Mireille.

— C’est tellement naturel ! Expliqua la visiteuse.

Mireille brusquement éclata en sanglots. L’inconnue qui n’était autre qu’Anna Carrel, caressa tendrement les magnifiques cheveux de la petite fille et s’inclina vers elle pour essayer de la calmer.

— Ne pleure pas comme ça ! Mignonne, pria-t-elle d’une voix caressante.

Mireille essuya son visage ruisselant de larmes.

— Tu n’as pas de maman ? S’enquit Anna.

— Oh ! Si, Madame, protesta vivement Mireille et elle s’appelle Valérie Labeille ... Mais je ne sais pas où elle se trouve !

— Comment ? Tu ne sais pas où est ta mère ? S’écria Anna, stupéfaite et émue.

— Non ! Madame.

— Quelle mère dénaturée, mon Dieu ! S’exclama l’artiste avec indignation.

— Ne dites pas ça ! Protesta vivement l’enfant.

— Ah ! Fit Anna, en la fixant.

— Si vous connaissiez son histoire et la mienne, vous auriez pitié de nous, reprit la fillette.

— Ah ! Répéta Anna.

— Si vous le désirez, Madame, je vais vous les raconter ?

— Je t’en prie ! Fit la jeune femme.

Mireille lui narra alors tout ce qu’elle savait. Anna Carrel l’écouta sans l’interrompre. Mais lorsque la petite fille prononça le nom du marquis d’Evreux, elle ne put retenir un cri de stupéfaction.

— Qu’avez-vous, Madame ? Questionna Mireille, étonnée.

— Rien !... Rien !... Continue ma mignonne, car ton histoire m’intéresse beaucoup.

L’enfant reprit son récit jusqu’au moment de l’accident.

— Mon Dieu ! Murmura tout bas Anna, en levant ses yeux au ciel, je vois en tout cela Votre Divine intervention !

— Madame ! S’écria Mireille, déconcertée.

— Ne sois pas effrayée, mon enfant, répliqua tendrement la belle visiteuse, et dis-toi que tu as désormais en moi une seconde mère.

— Et Pierrot ? S’inquiéta la fillette, avec anxiété.

— Je vais aller le voir tout de suite et reviendrai te donner de ses nouvelles, répondit Anna.

— Bien vrai ? S’écria Mireille, en la fixant, incrédule.

— Rassure-toi, je ne suis pas madame Picquet, murmura Anna, en caressant tendrement les cheveux soyeux de l’enfant.

— Oh ! Je vous en supplie, ne me laissez pas entre les mains de cette méchante femme ! Supplia Mireille d’une voix implorante.

— Je m’y emploierai de toutes mes forces, je te l’affirme, ajouta Anna.

— Mon Dieu ! Soupira Mireille avec soulagement.

— Ne crains rien, reprit sa belle et bonne visiteuse, je mettrai tout en œuvre pour lutter contre cette horrible mégère.

— Faites très attention ! Madame, elle est très mauvaise et très rusée. Elle est aussi très riche, ajouta la fillette.

— Sois sans inquiétude, ma mignonne.

— Peut-être viendra-t-elle aujourd’hui à l’hôpital pour demander au médecin la permission de m’emmener avec elle, reprit Mireille, bouleversée à cette triste pensée.

— Alors, tu diras au médecin que tu ne te sens pas bien ! De mon côté, je tâcherai de me débrouiller de mon mieux, proposa Anna en caressant la main de la petite fille.

— Bien, Madame, répondit docilement Mireille.

— Maintenant, je vais prendre des nouvelles de Pierrot, décida Anna Carrel.

— Oui ! S’exclama Mireille, et revenez vite me dire comment vous l’aurez trouvé.

La jeune femme s’éloigna rapidement et pénétra, quelques secondes après, dans la salle où le garçon somnolait. Après s’être renseignée sur le numéro de son lit, elle s’approcha de Pierrot. Soeur Anne était assise à son chevet.

— Bonjour, ma sœur, murmura la visiteuse, de sa voix douce et harmonieuse, comment va ce petit garçon ?

— Pas très bien ! Madame, soupira tristement la religieuse.

— Son état ne s’est donc pas amélioré ?

— Il allait beaucoup mieux hier, madame, mais il a commis une grave imprudence la nuit dernière et sa température est remontée, expliqua la religieuse.

— Puis-je lui parler ? Demanda Anna Carrel, perplexe, en fixant le visage pâle de Pierrot.

— Non ! Madame, il vient de s’endormir et je préfère ne pas le réveiller.

En effet, Pierrot dormit profondément.

Anna Carrel ne sut pas dissimuler un geste de désappointement que remarqua la religieuse.

— Etes-vous une parente de cet enfant, Madame ? Reprit-elle en fixant, intriguée, l’élégante visiteuse.

— Non ! Ma sœur, mais sa mère et moi étions très liées, expliqua doucement la jeune femme.

— Dans ce cas, je vais le réveiller.

— Ca ne lui sera pas nuisible ? S’inquiéta Anna.

— Je ne le pense pas, répondit la religieuse.

Elle se pencha sur Pierrot, le secoua doucement, tout en murmurant son nom.

Pierrot ouvrit lentement les yeux, fixa très étonné, la belle inconnue, puis questionna :

— C’est vous qui venez de prononcer mon nom, ma sœur ?

— Oui, mon cher petit, répondit-elle, en souriant tendrement.

— Que désirez-vous, ma sœur ? Reprit Pierrot.

— Cette dame voudrait te parler !

L’enfant dévisagea Anna Carrel de ses grands yeux francs et limpides puis déclara :

— Je ne vous connais pas, Madame !

— Ca ne m’étonne pas, répondit l’actrice en lui souriant gentiment ; car lorsque je t’ai tenu dans mes bras, tu avais à peine quelques mois.

— Qui êtes-vous ? S’enquit Pierrot, en tressaillant.

— J’étais la meilleure amie de ta mère, expliqua la nouvelle venue.

— De ma mère ? S’écria Pierrot, avec une expression de tendresse infinie et d’immense stupeur.

— Oui, mon petit ! Affirma Anna Carrel en souriant. Nous en reparlerons plus tard, car je ne veux pas te fatiguer davantage.

— S’il s’agit de ma mère, insista avec force Pierrot, ça ne peut pas me fatiguer, Madame.

— Non ! Refusa Anna, je reviendrai demain, je te le promets. A présent tu dois te reposer.

Pierrot referma les yeux. Il était trop abattu par la fièvre pour protester davantage.

— Je m’en vais, ma sœur, dit Anna, mais je reviendrai demain, car j’entends m’occuper de cet enfant, qui est digne du plus grand intérêt.

Après avoir salué la religieuse, Anna quitta la salle.

— Au revoir, Madame, lança Théodore, l’infirmier qui la guettait depuis quelques minutes, installé sur le seuil de la porte. Le petit Pierrot va bien. Soyez rassurée !

— Ah ! Fit Anna en le fixant, étonnée.

— Je suis infirmier et m’occupe tout particulièrement de lui, expliqua Théodore.

— Je vois ! Murmura Anna.

— Vous vous rendez certainement compte de la part de responsabilité qui m’incombe ? Insista Théodore.

— Certainement ! Convint Anna, essayant de couper court à ce curieux entretien.

— Ici, tous ont besoin de moi, et je ne cesse de m’occuper de tous les malades !

— Je comprends !

— Il y en a qui sont reconnaissants, et ça fait toujours plaisir ! Insista l’infirmier, mais il y en a d’autres, qui sont d’une avarice sordide.

— Je ne pense pas que Pierrot fasse partie de cette dernière catégorie ? Fit Anna Carrel, en fronçant légèrement les sourcils.

— Je n’ai pas voulu parler de ce garçon, Madame.

— Je l’espère. En tout cas, il n’est pas seul. Je m’occupe de lui, déclara-t-elle en ouvrant son sac.

Elle en tira deux billets de cent francs qu’elle lui remit.

— Prenez ! Dit-elle, et buvez-les à ma santé et à celle de Pierrot !

Théodore fit vivement disparaître les deux billets dans le fond de sa poche et se confondit en remerciements. Anna lui tourna le dos et s’empressa de rejoindre Mireille.

— J’ai vu Pierrot, annonça-t-elle, en souriant.

— Est-ce qu’il va mieux ? S’enquit la fillette, les yeux brillants.

— Oui ! Mon enfant.

— Que vous a-t-il dit ? Reprit Mireille anxieuse.

— Je n’ai pu lui parler longuement. Je reviendrai demain et m’occuperai de vous deux, promit-elle.

— Vous m’emmènerez ? Demanda l’enfant, d’une voix suppliante.

— Je te le promets dès que tu seras guérie, répondit Anna, en l’embrassant tendrement.

La jeune femme quitta la salle et quelques minutes plus tard, elle sortit de l’hôpital et remonta dans sa voiture.

Pierrot passa une nuit très agitée, mais le matin suivant, sa fièvre avait de nouveau baissé. Aussi, le médecin permit-il à la religieuse de l’alimenter légèrement.

Elle servit au jeune malade un blanc de poulet, précédé d’un bol de bouillon de légumes.

— J’ai encore très faim ! S’exclama Pierrot, après avoir avalé sa dernière bouchée.

— Je ne puis te donner autre chose, mon petit, fit en souriant la brave femme, mais si la fièvre ne remonte pas, tu en auras autant ce soir !

— J’ai bien envie de quelque chose !

— C’est-à-dire ?

— J’aimerais une salade de tomates, soupira Pierrot.

— C’est impossible, objecta la religieuse.

— Ma sœur, est-ce que demain, je pourrais avoir une assiette de ragoût ?

La religieuse sourit, l’appétit de l’enfant était de bon augure !

Le temps s’écoula et l’heure des visites ne tarda pas à arriver.

« L’amie de maman va certainement revenir », songea Pierrot.

En effet, Anna Carrel était parmi les tous premiers visiteurs. Elle portait un volumineux paquet.

— Comment vas-tu mon cher enfant ? Demanda-t-elle à Pierrot en l’embrassant tendrement sur ses joues encore pâles.

— Bonjour ! Madame, je me sens beaucoup mieux aujourd’hui, je vous remercie, répondit-il en souriant.

— C’est aussi mon impression, fit Anna en le regardant ravie.

— Oui ! Je vais mieux, et j’ai très faim, ajouta Pierrot.

— Demain, je te porterai de quoi manger. Aujourd’hui, je t’ai acheté un costume que tu mettras en sortant de l’hôpital, annonça-t-elle, en posant sur le lit un joli complet de flanelle grise.

— Oh ! Merci beaucoup, Madame ! S’écria le jeune garçon, en rougissant de plaisir.

— Ne me remercie pas, mon cher petit, c’est tellement naturel !

— Oh ! Madame, si vous vouliez me faire un immense plaisir ...

— De quoi s’agit-il ? Demanda Anna, comme il s’interrompait. Parle sans hésiter, et si c’est possible, je tâcherai de te contenter du mieux que je pourrai, ajouta-t-elle, en lui souriant pour l’encourager.

Pierrot fixa Anna Carrel d’un air suppliant.

— Je voudrais que vous me parliez de ma mère que j’ai toujours aimée, bien qu’elle m’ait abandonné dans la rue, murmura Pierrot.

— C’est faux, mon petit, lui reprocha doucement la jeune femme, ta mère ne t’a jamais abandonné.

Le visage de Pierrot exprima alors une immense joie.

— Non ? S’exclama-t-il, alors qui m’a jeté parmi tous ces loqueteux ?

— Le marquis d’Evreux, répondit Anna.

— Le misérable ! Rugit Pierrot, les yeux remplis de haine. Cependant quelqu’un a bien dû me remettre à ce bandit ?

— C’est exact, murmura l’actrice en baissant les yeux, car involontairement, l’enfant venait de mettre le doigt sur la plaie. Mais, reprit-elle en relevant la tête, raconte-moi ton histoire veux-tu, Pierrot ?

— Certainement, Madame, répondit-il, et aussitôt il commença son triste récit en tous points semblable à celui de Mireille. Quand il narra les péripéties de l’incendie, Anna Carrel le serra tendrement contre elle et l’embrassa.

— Tu es un petit héros ! S’exclama-t-elle très émue.

— Mais non, répondit modestement l’enfant.

— Ne le nie pas, car tu as couru un très grand danger en sauvant cet enfant que tu ne connaissais pas ! Protesta la jeune femme.

— Pauvre petit ! Il sanglotait à fendre l’âme, en appelant sa maman, alors que moi, je n’ai jamais connu la mienne, expliqua le jeune garçon. Ca me faisait mal de l’entendre crier de la sorte.

— Tu es un amour, Pierrot ! S’exclama Anna.

— Un jeune homme avait tenté de le sauver, mais sa mère l’en a empêché. Moi, je n’avais personne pour me retenir.

Une émotion intense bouleversa la jeune femme.

— Cher petit ! Fit-elle en lui saisissant une main qu’elle étreignit tendrement entre les siennes.

— Ce qui me désole, c’est qu’au cours de cet incendie, j’ai perdu une chose à laquelle je tenais presque autant qu’à la vie, ajouta Pierrot.

— Quoi donc ? Interrogea l’actrice, intriguée.

— Le testament de mon père, expliqua Pierrot.

— Il a été brûlé ? S’écria Anna, avec inquiétude.

— Oui ! Madame, soupira l’enfant. Désormais le marquis d’Evreux peut dormir sur ses deux oreilles.

— La canaille ! Murmura sourdement Anna Carrel.

— Mais j’ai une idée, reprit Pierrot, après un bref silence.

— Laquelle, mon enfant ? S’enquit Anna en le dévisageant, étonnée.

— Je vous la confierai plus tard.

L’infirmier Théodore s’approcha du lit de Pierrot, un paquet à la main.

— Tiens ! On vient de me remettre cela pour toi, dit-il.

— Que m’apportez-vous ? Questionna Pierrot.

— Je n’en sais rien ! On m’a dit que c’était de la part de monsieur l’abbé Louis.

Pierrot le fixa et ajouta :

— Qui vous l’a remis ?

— Allons ! Prends donc ce paquet et ne pose pas tant de questions, répondit Théodore en riant.

La religieuse arriva à son tour près du lit de Pierrot. Elle s’adressa avec un ton sévère à l’infirmier.

— Vous allez me dire tout de suite qui vous a remis ce paquet, Théodore ?

Ce dernier eut un haussement d’épaules et bredouilla des paroles incompréhensibles.

— Répondez ! Ordonna la religieuse.

— J’ai déjà dit qu’il avait été envoyé par l’abbé Louis, ma sœur, répliqua-t-il d’une voix mal assurée.

— Vous mentez !

— Mais ... ma sœur ! Essaya de protester Théodore.

— Ma sœur intervint Anna Carrel, voulez-vous me permettre d’interroger cet homme ?

Et s’éloignant du lit, elle s’approcha de l’infirmier.

— Ce paquet vous a été remis par une très jolie femme, n’est-ce pas ?

— Non ! Répondit-il, il m’a été remis par un jeune garçon, de la part de l’abbé Louis, mais ...

— Mais quoi ? Insista Anna, en le dévisageant attentivement.

Elle ouvrit son sac et en sortit quelques billets de banque. Les yeux de Théodore brillèrent de cupidité.

— Eh bien ? Reprit Anna en le fixant avec impatience.

— Je sais qui est cette femme, reconnut Théodore. Elle se nomme Alice d’Evreux.

— Bien ! Murmura Anna, tandis qu’un éclair de triomphe passait dans ses yeux.

— Oui, Madame, et elle est venue ici trois fois. Elle aussi s’intéresse à cet enfant.

— Parfait ! Déclara Anna. Puis, se tournant vers Pierrot, elle ajouta : — Donne-moi ce paquet, mon petit.

L’enfant, qui l’avait laissé intact, le remit sans hésiter à Anna qui elle aussi, n’y toucha pas.

— Ecoutez-moi bien, reprit la jeune femme en s’adressant à Théodore, chaque fois que l’on enverra un paquet à Pierrot vous me le remettrez.

— Oui, Madame, répondit docilement l’infirmier.

— Et si cette jolie visiteuse vous donne un pourboire, je le doublerai, ajouta Anna.

— Bien, Madame, répondit avec empressement l’infirmier.

— C’est tout pour aujourd’hui, dit Anna, en lui remettant deux billets de cent francs que Théodore empocha prestement. Il remercia la jeune femme et s’éloigna rapidement.

— Quel monde, Seigneur ! Murmura la religieuse, attristée.

Anna Carrel semblait très nerveuse.

— Je ferai l’impossible, s’exclama-t-elle, soudain, pour faire arrêter cet infâme marquis d’Evreux !

Puis, se tournant vers Pierrot qui ne s’était pas départi de son calme, elle lui dit :

— Au revoir, mon cher enfant, je reviendrai demain, ainsi que les autres jours.

Elle caressa sa joue en lui adressant un dernier sourire, salua la religieuse d’un gracieux signe de tête et quitta rapidement l’hôpital. Elle monta dans sa voiture, et vingt minutes plus tard, elle s’arrêta devant un immeuble des Champs-Elysées. Là, elle grimpa au premier étage et sonna à la porte de l’étude de Maître François Jouvet.

Une charmante jeune fille lui ouvrit.

— Mademoiselle Carrel ! S’exclama-t-elle, en reconnaissant la visiteuse. Entrez ! Comment allez-vous ?

— Très bien, je vous remercie, Juliette. Puis-je voir tout de suite Maître Jouvet ?

Elle introduisit Anna dans un ravissant salon directoire du style le plus pur, puis la quitta, pour revenir quelques secondes après.

— Maître Jouvet vous attend, Mademoiselle, lui annonça-t-elle et elle l’accompagna jusqu’au bureau du grand avocat, un très vieil ami d’Anna.

— Bonjour, ma petite Anna ! S’exclama-t-il joyeusement, en apercevant la jeune femme. Je ne m’attendais pas à une agréable visite ! Ca me distrait après une journée bien désagréable. Mais, avant toute chose, comment vas-tu ?

— Très bien, François, répondit-elle, en lui souriant affectueusement. Je ne te pose pas la même question, car tu as une mine resplendissante.

— Quel événement me vaut la joie de ta visite ? Demanda Maître Jouvet en lui indiquant le grand fauteuil de cuir placé devant sa table de travail empire.

Anna s’installa, le fixa avec des yeux anxieux, et répondit :

— Je viens te voir, mon cher ami, pour une affaire très sérieuse. Comme il ne m’est pas possible de la résoudre seule, je sollicite ton aide.

Mais certainement, ma petite Anna, parle, je suis tout oreilles, reprit l’avocat, en souriant.

— Tu vois cette boite, François, commença la jeune femme, en lui présentant le paquet que Pierrot avait reçu au début de l’après-midi, elle est remplie de fondants de chez Boissier.

Maître Jouvet leva sur la visiteuse un regard stupéfait :

— J’avoue ne pas comprendre, ma petite Anna !

— Ah ?

— Et non ! Affirma-t-il en souriant. Explique-toi plus clairement, je t’en prie.

Alors Anna lui confia ses soupçons et prononça le nom du marquis d’Evreux. Maître Jouvet l’écouta très attentivement. Au fur et à mesure que la jeune femme parlait, son front se creusait de rides légères et ses yeux exprimaient une violente colère.

— Ainsi, d’après toi, ces fondants seraient empoisonnés ? Questionna-t-il dès qu’Anna eut terminé son récit.

— Oui ! Affirma la jeune femme, énergiquement.

Maître François Jouvet réfléchit, se mordilla les lèvres, puis ajouta :

— Comme nous n’en sommes pas certains, nous allons les faire analyser par un spécialiste.

— Bravo ! S’exclama Anna Carrel très satisfaite. Lorsque nous aurons les résultas de l’analyse — résultats certainement concluants — nous introduirons une procédure contre le marquis d’Evreux.

— Ne va pas si vite, Anna ! Fit l’avocat en hochant la tête.

— J’ai des témoins, François ! Répliqua-t-elle.

— Ca ne servirait pas à grand’chose.

— Comment ? Protesta-t-elle, très déçue.

— Ecoute-moi, ma petite Anna, reprit-il doucement. Tu as ouvert cette boite devant témoins, n’est-ce pas ?

— Oui ! Répondit-elle déconcertée, et l’infirmier de l’hôpital nous a dit qu’elle lui avait été remise de la part de l’abbé Louis qui aime beaucoup Pierrot. Par la suite, il a reconnu qu’elle avait été apportée par une très jolie femme, Alice d’Evreux.

— Bien !

— Je pense qu’un bon détective, reprit Anna, saura débrouiller ce mystère.

— Je ne le nie pas, mais même si cette boite a été envoyée par le marquis, ça ne prouve rien, ajouta l’avocat.

— Comment ? S’exclama Anna ahurie.

Maître François Jouvet reprit en soupirant :

— Cet individu pourrait t’accuser à son tour.

La plus grande stupéfaction apparut sur le beau visage de la jeune femme. Tout d’abord, elle fut incapable de répondre, puis elle protesta énergiquement :

— Lui, m’accuser, moi ? Mais, voyons, François, c’est impossible !

— Détrompe-toi, affirma-t-il. Cette boite est restée entre tes mains pendant un certain temps, et il pourrait prétendre que tu as toi-même empoisonné ces fondants pour l’accuser.

— C’est ignoble ! S’écria-t-elle, rouge d’indignation.

— Calme-toi. Je veux simplement te mettre en garde, car tu as des adversaires rusés et dangereux, Anna.

— Mais ... j’ai des témoins et ...

— Ils ne pourront pas nier que Pierrot t’a remis cette boite, insista Maître Jouvet, et même si un détective prouvait que c’est le marquis d’Evreux qui l’a envoyée, un avocat habile affirmerait que ce n’est pas son client qui a empoisonné les fondants !

— Si bien que ... Murmura-t-elle déçue.

— Si un autre paquet est adressé à cet enfant, il ne faut surtout pas y toucher et le remettre immédiatement à la police ... Voilà le conseil que je puis te donner pour l’instant, ma petite Anna.

Alors, le visage de la jeune femme s’éclaira.

— Très bien, Dit-elle, en poussant un grand soupir.

— Et ce conseil t’est donné plus encore par l’ami que par l’homme de loi, ajouta affectueusement François Jouvet.

— Merci, François ? S’exclama Anna, en lui tendant la main.

Quelques minutes plus tard, la jeune femme quittait l’étude, déçue d’être dans l’impossibilité de porter plainte contre le marquis d’Evreux qu’elle haïssait.

( A SUIVRE LE 27 JANVIER )

 

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