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MOINEAUX SANS NID N° 203

22 Novembre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-203--.jpegDurant tout le temps que Robert avait vécu avec Pierrot, Alice d’Evreux n’avait cessé de le chercher afin de lui manifester son amour.

La jeune femme pour arriver à le découvrir n’avait pas hésité à se rendre dans les quartiers populaires et même malfamés, sans songer un seul instant que le jeune homme ait pu aller vivre avec Pierrot.

Un mois tout entier se passa sans apporter le moindre résultat à ses recherches.

— Peut-être a-t-il quitté Paris ? Dit Anselme un soir.

— Non, affirma-t-elle, je suis certaine que Robert est toujours ici.

— Pour ma part je suis persuadé du contraire, déclara le marquis.

— Qu’est-ce qui te le fait supposer ? Questionna sa sœur.

— Parce que toutes mes recherches pour découvrir ton cher Robert ont été vaines, expliqua Anselme en allumant une cigarette et se laissant tomber dans un fauteuil.

— Je suis curieuse de savoir où tu es allé enquêter ? Sans doute dans les quartiers et les endroits élégants ou en vogue, n’est-ce pas ?

— Alors, tu peux continuer ainsi jusqu’à la fin de tes jours, sans obtenir le moindre indice ! Répliqua la jeune femme, avec ironie.

— Je ne vois pas ...

— Tu ne peux le découvrir qu’en banlieue ou dans un quartier populaire, interrompit Alice avec agacement.

— Que vas-tu chercher là ? S’exclama Anselme en riant.

— Parfaitement ! Insista la jeune femme avec énergie.

Son frère la fixa attentivement, puis se pencha sur elle et murmura :

— Tu es toujours d’accord avec moi, n’est-ce pas Alice, pour que nous nous aidions mutuellement ; moi, à retrouver ton Robert et toi de ton côté, à essayer d’obtenir un renseignement me permettant d’avoir des nouvelles de Valérie Labeille ?... Nous ...

— Je peux très bien me passer de toi, l’interrompit-elle durement en le foudroyant du regard.

— Cependant, nous ...

— J’ai l’habitude de me débrouiller seule et j’y arrive admirablement !

— Pourquoi te fâches-tu ainsi Alice ? Tu prends brusquement le mors aux dents, et ...

— Laisse-moi en paix !

— Pourtant il n’y a pas encore bien longtemps que pour te plaire j’ai failli commette un meurtre ! Lui fit-il remarquer avec amertume.

— Et qui a raté ! Répliqua ironiquement la méchante et cruelle femme.

— Ce n’est tout de même pas de ma faute si ce gamin est le diable en personne ! Répliqua le marquis, qui commençait lui aussi à s’énerver.

— Et ce diable te fait une peur terrible ! Insinua-t-elle en ricanant.

— Tu te trompes ! Répondit-il avec un rire tout aussi sarcastique.

— Je ne te crois pas, répliqua sa sœur avec assurance. Ne m’en veux pas si je te dis que tu es un faible, mon cher frère !

— Moi, un faible ? Répéta-t-il très vexé.

— Mais oui, Anselme, tu ne possèdes pas la moindre énergie, assura-t-elle en haussant les épaules.

— C’est faux ! Hurla le marquis avec rage.

Et il sortit de la pièce en claquant la porte avec violence. Une fois seule, Alice éclata de rire ...

Une dizaine de jours après cet orageux entretien, Anselme, un matin, vint frapper de très bonne heure à la chambre de sa sœur.

Encore couchée, Alice lui cria d’entrer. Le marquis s’approcha du lit. Le plateau du petit déjeuner posé— sur le lit, la jolie fille trempait des tartines de pain beurré dans une tasse de café au lait. Anselme croqua, un toast, puis souriant d’un air suffisant, annonça à la jeune femme :

— Je suis porteur d’une nouvelle, qui, je crois, te fera beaucoup de plaisir ma chère soeurette !

— Dis vite ! S’écria Alice en reposant sur le plateau la tasse qu’elle portait à ses lèvres. De quoi s’agit-il, Anselme ?

— Attends donc un peu voyons, fit le marquis en sortant son étui à cigarette.

Il l’ouvrit, le tendit à sa sœur, puis se servit, et après avoir allumé les deux cigarettes, il fixa Alice en souriant, tant en gardant cependant le silence.

— Je ne m’énerve pas, répondit en riant la jeune femme, puisque tu assures que la nouvelle est bonne ... Si elle ne l’est qu’en ce qui te concerne, alors, elle ne peut guère me toucher ! Déclara-t-elle avec une méchante ironie.

— Je pense que tu changeras tout à fait d’avis et de ton dans un instant, ricana à son tour le marquis.

— Cesse donc, Anselme, et dis-moi finalement de quoi il est question ! S’écria Alice qui commençait à perdre patience.

Du calme, du calme, ma petite sœur ! Conseilla alors Anselme, que la colère d’Alice amusait beaucoup.

— Je crois que tu es capable de faire perdre patience même à un saint ! Répliqua-t-elle avec agacement.

— Ne crie pas comme ça et laisse-moi le temps de t’expliquer !

— Parleras-tu, à la fin ? Explosa mademoiselle d’Evreux.

— J’y arrive, répondit-il en allumant une seconde cigarette à la première qu’il écrasa dans le cendrier posé sur le plateau du petit déjeuner. Eh bien ! Ma chère, j’ai fini par dénicher le domicile actuel de ton Prince Charmant ! Annonça-t-il avec un accent de triomphe dans la voix.

— C’est sans doute à ton, cercle que tu l’as appris ? Insinua-t-elle méfiante.

— Pas du tout ! Répliqua-t-il irrité.

— Qui te l’a donc dit ? Questionna-t-elle de nouveau en le fixant attentivement.

— Une femme ! Répondit-il en envoyant une grosse bouffée de fumée au plafond.

— C’est sans doute pendant un grand dîner qu’elle t’a fait cette confidence ? S’informa la jeune femme avec méfiance.

— Non, car, précisément, cette brave personne vend des salades et des oranges dans la rue, expliqua le marquis d’une voix doucereuse.

— Qu’est-ce que tu racontes à présent ? S’écria Alice, stupéfaite.

— La simple vérité, ma toute belle, assura avec ironie le marquis.

— C’est-à-dire ?... Questionna-t-elle de plus en plus intriguée.

— C’est-à-dire, ma petite Alice, que ton bel artiste a demandé aide et protection à Pierrot ! Acheva Anselme, en éclatant d’un rire bruyant et plein de mépris.

La jeune femme ne répondit pas et baissa tristement la tête.

— C’est terrible ! Reprit-elle après quelques instants. Et c’est la misère qui l’a poussé à une telle solution.

— Pourtant, tu n’as cessé de m’affirmer que c’était un homme fier et orgueilleux, insinua à son tour le marquis, ironiquement et méchamment.

— Robert me l’a, en effet, prouvé à plusieurs reprises, le défendit énergiquement Alice.

— Il a bien changé, alors, constata Anselme avec dédain, car à présent, il tend presque la main !

— Je le sortirai de là ! S’exclama la jeune femme avec force.

— C’est cela ! Tu vas le prendre sous ta protection, ce cher poussin ! Ironisa de nouveau son frère.

— C’est pour moi que je le fais ! Répondit-elle furieuse.

— A ton aise, et bonne chance ma toute belle ! Cria Anselme en quittant la chambre, non sans lui avoir jeté un dernier regard plein de mépris et de dédain.

Alice, qui doutait toujours de tout et de tous, voulut s’assurer personnellement de ce que venait de lui dire son frère. Elle bondit hors du lit, courut à sa salle de bain et, après avoir rapidement procédé à sa toilette, s’habilla en grande hâte et, une demi-heure plus tard, elle quittait la maison.

Elle se précipita à la plus proche station de taxis et donna au chauffeur l’adresse de Pierrot.

Une fois arrivée, Alice entra résolument dans l’immeuble et frappa sans hésiter à la porte de la loge, avant de l’ouvrir.

— Pardon, Madame, dit-elle très aimablement en pénétrant chez la concierge, puis-je savoir si monsieur Robert Montpellier habite ici ?

— En effet, Mademoiselle, répondit la femme en fixant avec admiration l’élégante visiteuse, ce Monsieur se trouvait encore ici il y a trois jours à peine.

— Comment ? Il n’y est plus ? S’exclama Alice fort désappointée.

— Il est parti, Mademoiselle, je viens de vous le dire.

— Oh ! S’écria Alice d’Evreux, désolée. (Puis elle ajouta, une lueur d’espoir dans les yeux) : Vous devez sûrement connaître sa nouvelle adresse, Madame ?

La concierge secoua négativement la tête.

— Non, Mademoiselle, mais le petit garçon chez qui vivait monsieur Montpellier m’a confié tout dernièrement que ce gentil Monsieur était parti pour le front.

Cette réponse inattendue fit sursauter la jeune femme.

— Il est parti pour le front ? Répéta-t-elle, ahurie et incrédule.

— Oui, Mademoiselle. Si j’ai bien compris, il s’est rendu là-bas pour essayer de retrouver une très jolie et charmante dame qui s’appelle Valérie Labeille ; par un hasard incroyable cette personne se trouve sur le front !

Alice était absolument interdite. Pourtant, il ne pouvait y avoir aucun doute possible ; Robert était parti de paris pour essayer de rejoindre cette maudite femme !

Elle n’avait plus rien à faire ici. Elle ouvrait la porte de la loge pour s’en aller, lorsque la concierge, qui était très bavarde, s’empressa d’ajouter :

— Je pense que si vous désirez obtenir de plus amples renseignements, Pierrot pourrait vous les fournir, Mademoiselle !

— Ah ! Il est chez lui ? S’informa la sœur du marquis avec intérêt.

— Oh ! Non ! Le pauvre ! Il n’y est presque jamais ! Pensez donc ; le matin il vend ses légumes et ses fruits, et le soir, c’est le tour des journaux ! Expliqua la femme avec emphase.

— Il travaille tant que ça ? Dit Alice, étonnée.

— C’est une vraie fourmi ! C’est un enfant qui possède une énergie et un courage incroyable, affirma avec chaleur la brave femme.

— Ah !

— Mais oui, Mademoiselle. Le matin, ce petit quitte la maison à cinq heures, n’y rentre que vers trois heures l’après-midi et il repart à cinq heures pour ne rentrer que peu de temps avant minuit !

— Vraiment ? Il travaille tant ?

— Je vous l’affirme. En plus, il prend soin de son petit logement où il n’y a pas un seul grain de poussière ! Continua la concierge en souriant.

Alice sourit à son tour et murmura :

— J’aimerais beaucoup voir la demeure de cet enfant ?

— C’est très facile, Mademoiselle, car Pierrot me confie toujours la clé, expliqua la sotte.

— Dans ce cas, je n’hésite plus ! S’écria la jeune femme, très satisfaite.

Flattée d’avoir suscité l’intérêt d’une personne aussi distinguée, la concierge grimpa l’escalier, suivie de la belle visiteuse, et la fit ensuite pénétrer dans le logement du sympathique Pierrot. Et ainsi, Alice d’Evreux put visiter tranquillement l’endroit où vivait celui qui, à deux reprises, avait failli être la victime de ses criminelles machinations.

— Il est incroyable ! S’exclama-t-elle avec une admiration parfaitement jouée, qu’un gamin de douze ans sache aussi bien tirer partie de son logement !

— N’est-ce pas ? Renchérit la concierge, c’est très gentil ici et pas cher du tout ! Pensez que ça ne coûte que sept cent francs par trimestre !

— C’est évidemment, très bon marché ! Reconnut mademoiselle d’Evreux.

— Figurez-vous que sur le même palier, juste en face, j’ai à peu près le même logement à louer et au même prix ! Annonça la concierge.

— ah ! Dit Alice d’un air indifférent ... Tandis qu’une idée aussi soudaine qu’infernale, venait de se glisser dans sa diabolique cervelle.

Elle pensa tout à coup que Pierrot devait sûrement détenir le testament de Julien Delorme.

« Oui, c’est certainement lui qui l’a en sa possession. Il faut à tout prix qu’il disparaisse et que je profite de la chance qui m’est offerte en ce moment ... Le logement voisin me sera d’une très grande utilité … »

— Alors, Mademoiselle, vous trouvez que j’avais raison de faire l’éloge de cet enfant ? Reprit la concierge en fixant Alice.

— Absolument ! Affirma la sœur du marquis, et je partage complètement votre avis ; cet enfant est digne d’intérêt ! Acheva-t-elle en ouvrant son beau sac de crocodile noir dont elle sortit un billet tout neuf de cent francs qu’elle tendit à la concierge. Malgré ses faibles protestations, cette dernière le fit aussitôt disparaître dans la poche de son tablier.

— Merci, beaucoup, Mademoiselle, dit-elle et si je puis vous être utile en quoi que ce soit ...

Alice sourit et répondit :

— Justement, je voudrais vous demander de ne pas parler de ma visite à cet enfant.

La concierge la fixa étonnée.

— Je voudrais lui faire une petite et agréable surprise, expliqua la jeune femme, mais il me faut le temps de la préparer.

— Je comprends ! S’exclama l’autre, vous pouvez compter sur moi, Mademoiselle, je serai muette comme une carpe !

Alice d’Evreux quitta la demeure de Pierrot, se promettant bien d’être le mauvais ange du malheureux enfant.

 

( A SUIVRE LE 25 NOVEMBRE )

 

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