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MOINEAUX SANS NID N° 198

7 Novembre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-198--.jpegIl faut nous en aller, dit doucement Pierrot en se penchant vers son grand ami.

— Que dis-tu ? Murmura Robert, comme s’il se réveillait brusquement d’un songe.

— Je dis que le spectacle est fini et qu’il faut sortir, expliqua l’enfant en souriant.

Ah !... Oui, oui ...

Robert suivit son jeune compagnon ne parvenant pas encore à revenir à la réalité présente.

Ils quittèrent la salle de cinéma et avancèrent lentement sans plus échanger un seul mot. Le jeune homme continuait à suivre le cours de ses sombres pensées et pierrot, de temps à autre, lui lançait un coup d’œil inquiet, mais n’osait lui adresser la parole.

Quelques instants plus tard, ils regagnaient leur logis.

— Mon petit Pierrot, dit soudain le peintre en poussant un profond soupir. Je vais être forcé de te quitter de nouveau d’ici quelques jours ...

— Que dites-vous, monsieur Robert ? Questionna-t-il d’une voix mal assurée.

Un triste sourire erra sur les lèvres pâles du peintre. Il posa affectueusement sa main sur l’épaule de son jeune ami et reprit en baissant la tête :

— Oui, mon garçon, je vais partir à la recherche de mademoiselle Valérie.

— Comment ? S’écria l’enfant, stupéfait. Et où pensez-vous la trouver ?

— Je n’en sais absolument rien. Les photos que nous venons de voir prouvent qu’elle se trouve dans la zone des armées, du côté Lorraine Alsace. Je vais donc tâcher de m’en rapprocher le plus possible, répondit Montpellier, et peut-être sur place, arriver ai-je à obtenir certaines indications.

— Mais c’est dangereux d’aller par là-bas ! Remarqua Pierrot inquiet.

— Nul ne peut éviter son destin, mon cher enfant, murmura Robert en haussant les épaules ; cependant, j’ai la conviction que dieu nous protégera tous !

Pierrot réfléchit quelques instants, puis reprit en souriant :

— Si vous pouvez retrouver mademoiselle Valérie, n’oubliez surtout pas de lui apprendre que Mireille est sa fille, la petite fille qu’elle croyait morte ! Vous imaginez la joie que vous lui donnerez ?

— tu peux compter sur moi ! Affirma Robert en lui caressant la joue.

— Et après, vous vous marierez avec elle, acheva Pierrot, triomphalement.

— Je ne le pense pas, protesta tristement Robert, car Valérie ne m’aime pas.

— Elle ne vous aime pas ? S’exclama Pierrot indigné.

Il s’apprêtait à gronder son grand ami pour son manque de confiance, mais ce dernier ne lui en laissa pas le temps, car il révéla douloureusement :

— De plus à présent, Valérie est riche et moi pauvre !

— Je ne crois pas que ceci compte beaucoup pour mademoiselle Valérie, déclara Pierrot avec conviction.

— Comment ? S’écria Robert.

— Je vais vous l’expliquer, moi, si vous ne comprenez pas ! Reprit l’enfant avec chaleur.

— Je t’écoute, répondit le jeune homme, amusé par l’assurance de son jeune ami.

— Pour moi, continua Pierrot avec élan, je suis certain que mademoiselle Valérie vous aime plus que tout au monde !

Une lueur d’espérance s’alluma soudain dans les prunelles claires du jeune homme.

— Elle te l’a dit ? S’enquit-il vivement.

— Non, répondit Pierrot en riant, mais je l’ai deviné depuis très longtemps et je suis sûr que vous êtes fais l’un pour l’autre.

Robert ne put s’empêcher de sourire à cette réflexion.

— Je pense, alors, que tu comprends très bien les raisons pour lesquelles je pars et que tu ne m’en voudras pas trop de te quitter, ajouta-t-il.

L’enfant baissa la tête, évitant le regard de Montpellier.

— Je te confie mes affaires, si toutefois cela ne te dérange pas trop de les garder, poursuivit Robert.

— J’en aurai soin plus encore que si elles m’appartenaient, affirma Pierrot avec élan.

— Je n’en doute pas et je te remercie infiniment, mon garçon, murmura Robert très ému. Surtout, fais très attention au testament de ton père, car ce papier possède une énorme valeur.

— Nulle part il ne peut être mieux caché qu’à l’endroit que vous savez, répondit Pierrot en souriant d’un air entendu.

— C’est vrai, mais ne dis à personne qu’il est en ta possession, recommanda Montpellier.

— Soyez complètement rassuré là-dessus !

— Je sais combien tu es raisonnable et courageux, moins cher enfant ! Conclut-il.

Le jeune garçon luttait de toutes ses forces contre la violente émotion qui le gagnait.

— Continue à être franc et honnête, dit encore Robert, essayant lui aussi, de dominer son trouble, et si parfois quelque chose t’ennuyait tu peux aller demander l’avis de l’abbé Louis qui toujours s’est beaucoup intéressé à toi.

— Je le sais, reconnut Pierrot avec élan et moi aussi j’aime beaucoup Monsieur le curé.

— Tu fais bien, car cet homme est un véritable saint, renchérit Montpellier.

— Il est également tellement calé ! Il m’a enseigné déjà des tas de choses et fait faire de très grands progrès, expliqua Pierrot. Il m’a aussi dévoilé ce qui existe de plus beau sur terre ...

— Ah ! Et quoi donc ?

— Il m’a enseigné la bonté, dit le gentil enfant avec gravité.

Robert sourit.

— Mais tu n’as jamais été méchant, mon petit, observa-t-il affectueusement.

— Oui, mais avant je n’avais aucun mérite, répondit humblement Pierrot, et je le serai moins encore désormais, parce que je sais à présent que tous les hommes sont frères.

— C’est juste.

— Monsieur l’abbé m’a même dit qu’un saint affirmait que les loups aussi sont nos frères !

— Il voulait parler de saint François-d’Assise, le plus saint de tous les saints.

Les deux grands amis continuèrent à s’entretenir encore quelque instants, puis finirent par aller se coucher.

Vaillant, le fidèle chien de Pierrot, s’allongea au pied du lit de Robert auquel il témoignait une immense sympathie.

Deux jours plus tard, après avoir achevé de régler différentes affaires, Robert Montpellier portant une légère valise et accompagné de Pierrot et de Vaillant, se rendit à la gare de l’Est et y prit un billet pour Thionville, après avoir présenté au guichet le sauf-conduit qu’il avait pu obtenir.

— Ne nous oubliez pas, Mireille et moi ! Lui recommanda Pierrot une fois qu’ils furent passés sur le quai de départ.

— Comment peux-tu penser une chose pareille ? Reprocha son grand ami.

— Et si vous découvrez mademoiselle Valérie, poursuivit le jeune garçon, dites-lui que sa fille est toujours chez « l’Araigne » et y est très malheureuse. Qu’elle revienne vite la chercher !

— Je te le promets, Pierrot, n’en doute pas, affirma le peintre.

— Vous lui direz ensuite ...

Mais l’enfant s’interrompit en rougissant très fort.

— Que voulais-tu dire, Pierrot ? Questionna robert intrigué.

— Rien !... Rien !

— Pourquoi cette réticence, mon petit ? Insista Robert.

— Eh bien ! Vous lui direz reprit avec hésitation le brave garçon, qu’il faut qu’elle s’occupe au plus tôt de Mireille puisqu’elle est si riche à présent, acheva-t-il aussi rouge qu’une tomate.

Robert tressaillit ... Bien qu’aimant Valérie de tout son être, il reconnaissait combien la réflexion de Pierrot était juste ; Mireille était presque une enfant abandonnée, et si la jeune femme ignorait encore le lien qui l’attachait à la fillette, Robert savait comble, jusqu’ici elle lui avait témoigné de tendresse ; aussi, son silence actuel vis-à-vis de Mireille s’expliquait difficilement ...

Il songeait à cela en fixant Pierrot, tandis qu’autour d’eux se pressaient de nombreux voyageurs, militaires pour la plupart qui regagnaient certainement leurs régiments.

— Je ne veux pas dire qu’à présent Mireille soit maltraitée par la mère Picquet, reprit pierrot, cherchant certainement à atténuer la sècheresse de sa dernière réflexion concernant Valérie, mais vous ne pouvez savoir combien je souffre de la savoir à la merci de cette odieuse mégère !

— Surtout évite de rencontrer la mère Picquet ! Recommanda Montpellier.

— Je ne la rechercherai sûrement pas tant qu’elle ne fera pas de mal à Mireille, autrement ... acheva-t-il d’une voix lourde de menace.

— Je ne pense pas que cela puisse être encore possible, observa Robert. Maintenant je dois te dire adieu, mon garçon, murmura-t-il en le fixant affectueusement.

L’enfant se jeta dans ses bras et tous deux s’étreignirent bouleversés. Lorsqu’ils desserrèrent cette étreinte, ils avaient les yeux humides de larmes.

Robert se rapprocha de son wagon.

— Au revoir, monsieur Robert ! Bredouilla Pierrot, et que Dieu vous protège !

— Que dieu te protége aussi, mon cher petit ! Répondit Montpellier en grimpant sur la première marche de la voiture. Surtout, tiens-toi sur tes gardes et méfie-toi des cadeaux que tu peux de nouveau recevoir !

— Soyez tranquille ! Répliqua Pierrot en s’efforçant de sourire à son grand ami, alors qu’il retenait une violente envie de pleurer ; je serai très prudent.

— Tu embrasseras Mireille pour moi et tu lui diras que je suis parti à la recherche de sa mère, ajouta Montpellier.

A cet instant, les sifflements stridents de la locomotive résonnèrent dans la gare. Robert se faufila dans le couloir jusqu’à son compartiment et se pencha à la fenêtre devant laquelle Pierrot était déjà accouru.

— Monsieur Robert ! Monsieur Robert ! Criait-il.

— Qu’y a-t-il, mon garçon ? S’enquit le jeune homme.

— Vous avez oublié ceci ! Lui dit Pierrot en se haussant sur la pointe des pieds pour lui tendre un carton qu’il venait d’acheter.

Montpellier sourit, ému, et prit le paquet qui contenait du jambon, du fromage, des œufs durs, du pain et quelques fruits. Il serra ensuite le bout des doigts de son jeune ami et répéta d’une voix tremblante :

— Au revoir, monsieur Robert ! Répondit l’enfant, incapable de retenir davantage les grosses larmes qui, maintenant, roulaient sur ses joues.

Le train commença à s’ébranler lentement, puis acquit de la vitesse et s’éloigna vers l’extrémité du quai pour bientôt disparaître complètement ans la fumée de la nuit ...

Pierrot, cloué sur place, ne parvenait pas à quitter l’endroit où il avait longtemps agité la main. Il finit pas se secouer, essuya son visage ruisselant de larmes, se dirigea vers la sortie et gagna la rue ...

Il reprit lentement la direction de sa maison, suivi de Vaillant qui lui non plus, ne semblait pas bien gai. Pierrot redoutait à présent de se retrouver enfermé entre les murs de son petit logement et son cœur se serra en y pénétrant.

Il referma la porte et regarda autour de lui, l’air désolé. Il se laissa ensuite tomber avec lassitude sur le bord de son lit.

— Me voici de nouveau seul ! Murmura-t-il à haute voix, puis il éclata en sanglots.

Le gentil enfant s’était très vite habitué à l’affectueuse présence du jeune peintre et sa solitude était à présent bien plus cruelle.

Soudain il sentit une caresse humide sur une main, il leva les yeux et aperçut son bon chien qui le fixait en remuant lentement la queue.

— Mon pauvre vieux ! S’écria-t-il en caressant la grosse tête touffue de Vaillant, je t’avais complètement oublié !

Cette nuit-là, Pierrot dormit d’un sommeil agité et quand il se réveilla le lendemain, son visage était encore humide de larmes ...

 

( A SUIVRE LE 10 NOVEMBRE )

 

 

A PARTIR DU 7 A 11 HEURS UNE PARTITION DE MUSIQUE

 

Je vous mets sur ce blog une partition de musique. Si cela vous intéresse veuillez me le faire savoir sur le blog. J'en mettrais cinq partitions au début. Sans réponse de votre part j'arrêtai. D'avance merci de vos réponses.

 

 

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