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MOINEAUX SANS NID N° 191

17 Octobre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-191--.jpegL’après-midi qui suivit le jour où Alice était allée voir Robert Montpellier, Pierrot en regagnant son pigeonnier afin de manger un morceau et de se reposer quelques instants, avant d’aller vendre ses journaux, entendit frapper à sa porte.

Il s’empressa d’aller ouvrir et ne put retenir une exclamation joyeuse en reconnaissant le visiteur inattendu.

— Vous, Monsieur Robert ! Murmura-t-il ravi.

— Mon cher Pierrot ! S’écria le jeune artiste en se penchant pour embrasser le petit garçon.

— Entrez vite, et asseyez-vous ! Pria Pierrot.

Robert Montpellier obéit et fixa l’enfant avec la plus vive attention.

— Tu as beaucoup grandi, Pierrot !

— Oui, répliqua l’enfant, très heureux de cette observation, me voilà bientôt un homme !

Robert se mit à rire, amusé.

— Tu travailles toujours beaucoup ? S’enquit-il.

— Oh ! Oui, monsieur Robert !

— Tu continues à vendre des journaux ?

— Oui, mais en plus, le matin je vais aux Halles et je vends ensuite dans une petite voiture des fruits et des primeurs. Je suis très satisfait de mes affaires !

Montpellier posa affectueusement une main sur l’épaule du petit garçon.

— Je te fais tous mes compliments, Pierrot ! Tu es très courageux ! S’exclama-t-il avec admiration.

— Ce que je suis heureux de vous revoir, monsieur Robert ! Reprit Pierrot. Et mademoiselle Valérie, est-elle rentrée en France ?

— Je ne le pense pas, répondit Robert.

— Figurez-vous qu’il y a quelques jours, j’ai reçu cette lettre d’elle, annonça Pierrot en lui remettant la feuille qu’il croyait envoyée par Valérie.

Robert s’en saisit, lut les quelques lignes qui y étaient tracées, puis murmura en fronçant les sourcils, l’air perplexe.

— Je ne comprends pas ...

— Qu’est-ce que vous ne comprenez pas, monsieur Robert ? S’étonna l’enfant. Pourtant, c’est très simple.

— Evidemment, répondit Robert en souriant. Toutefois, il y a dans cette lettre une chose qui ne me semble pas du tout naturelle, et je vais te l’expliquer.

— Je vous écoute, monsieur Robert.

— Je suis stupéfait que Valérie ait songé à t’envoyer une bouteille de Bourgogne ! Un vin doux d’Espagne aurait été beaucoup plus indiqué pour un enfant ...

— Hélas ! Elle aurait bien mieux fait de ne rien m’envoyer du tout ce jour-là ! S’écria Pierrot désolé ... Dire qu’il y avait des tas de bonnes choses et ... 

— Et elle te recommandait de boire ce vin dans sa lettre ... interrompit Robert, songeur.

— Oui, mais comme je ne suis ni un goinfre ni un ivrogne, je n’ai pas voulu entamer cette caissette avant Mireille, d’autant plus que c’était sa maman qui m’envoyait le colis ...

Montpellier sursauta sur sa chaise en entendant ces dernières paroles.

— Que veux-tu dire, Pierrot ? S’exclama-t-il stupéfait, Mireille serait la fille de mademoiselle Valérie ?

— Oui, monsieur Robert. Je le sais de source certaine, et Mireille l’a appris de son côté, par les hommes qui l’ont séquestrée.

— Comment ? Mireille connaît les noms de ses ravisseurs ? Reprit

Robert, de plus en plus intéresser.

— Certainement, affirma le gamin, mais ils lui ont fait jurer sur la tête de sa mère de ne pas les dénoncer car eux seuls, paraît-il, connaissaient son adresse.

— Et pendant ce temps, moi, je restais enfermé en prison sans que personne ne se souciât de prouver mon innocence ! S’écria le peintre avec un accent d’amer reproche dans la voix.

Monsieur Robert, je ne pouvais rien dire, dit alors Pierrot, et je vais vous en expliquer la raison ; comme je suis un gamin des rues, on ne m’aurait pas plus cru que lorsqu’il s’est agi du testament laissé par mon père.

— C’est juste, et ce n’est pas à toi à qui j’en fais le reproche, mon garçon !

— Il ne faut pas, non plus, en vouloir à Mireille, car elle a déclaré au juge que vous ne faisiez pas partie de ses ravisseurs, poursuivit le jeune garçon.

— Ah ! Elle a vraiment dit cela ?

— Oui, monsieur Robert, mais comme la mère Picquet a prétendu le contraire, c’est elle que l’on a cru !

— Pourtant si Mireille avait dit le nom de ses ravisseurs, on aurait cherché à savoir où ils se trouvaient cette fameuse nuit, répliqua Montpellier.

— Cela n’aurait rien donné, affirma Pierrot. Un soir, pendant que Mireille étaie encore séquestrée, j’ai surpris la conversation de ces deux hommes, et je suis allé prévenir la police, mais ils n’ont pas été arrêtés, car on ne m’a pas cru !

— Tu as sans doute raison, murmura le jeune artiste, stupéfait de ces révélations.

— Et puis, poursuivit Pierrot, ils ont promis à Mireille que, si elle se taisait, ils iraient chercher sa mère, mais que, si elle les dénonçait, ils me tueraient !

— Les misérables ! S’écria Montpellier.

— Oh ! Pour ce que je compte, moi ! Mais il s’agissait surtout pour Mireille de retrouver sa maman, vous comprenez, monsieur Robert ? Ca doit être tellement merveilleux d’en avoir une ! Moi, je n’ai jamais connu la mienne !

Très ému, Robert Montpellier caressa la joue veloutée de Pierrot.

— Oui, je n’ai jamais connu ma mère, répéta le petit garçon, mais je sais combien ça doit être doux d’avoir une maman ! Il y a quelques jours, lorsqu’on m’a volé le colis envoyé par mademoiselle Valérie, je me suis battu avec un copain qui prétendait que ma mère devait être une mauvaise femme !

— Tu as raison, Pierrot, murmura le jeune artiste, les yeux brillants d’émotion. Une mère, c’est ce qu’il y a de plus beau au monde et l’amour d’une maman est le plus grand trésor qui existe sur terre !

— Ce doit être vrai, car, lorsque ce petit imbécile m’a sorti que ma mère devait être méchante, j’ai ressenti comme un coup de couteau dans la poitrine, déclara Pierrot avec conviction.

— J’aime t’entendre parler ainsi, Pierrot, dit Robert en lui donnant une tape amicale sur l’épaule.

— Je dois vous dire que ... Tiens, je crois que l’on vient de frapper à la porte.

Il courut ouvrir et son visage s’illumina de plaisir en reconnaissant la haute et mince silhouette de l’abbé Louis.

— Dieu soit loué ! S’écria le prêtre en apercevant Robert Montpellier. Vous voilà enfin libre ! Je suis heureux de vous rencontrer ici.

L’artiste, s’était vivement levé et serrait affectueusement la main que lui tendait le prêtre.

— Maintenant, nous pouvons nous asseoir tous les trois ! S’exclama Pierrot ravi.

Ils venaient tout juste de s’installer que, de nouveau, on frappait à la porte.

— Mais on se croirait dans un ministère chez toi ! Remarqua Robert en riant.

Pierrot s’empressa d’ouvrir : c’était un jeune commissionnaire porteur d’un paquet et d’une lettre.

— Quoi ? Encore un colis ? S’étonna Pierrot.

— On me l’a remis il y a, à peine une demi-heure, expliqua le nouveau venu.

— Qui vous l’a remis ? Demanda Pierrot en le fixant attentivement.

— Je n’en sais rien, fit l’autre en haussant les épaules.

— Oh ! Comment pouvez-vous prétendre que vous n’en savez rien ? S’indigna le petit garçon.

— C’est mon patron qui m’a remis le paquet et la lettre, expliqua tranquillement l’autre.

— Ah ! Bon ! Merci ... dit Pierrot en lui remettant un petit pourboire.

Après le départ du commissionnaire, Pierrot revint vers ses amis, son paquet et sa lettre entre les mains.

— Je pense que c’est encore un colis de mademoiselle Valérie, dit-il.

— Tu permets, Pierrot ? Demanda l’ecclésiastique.

— Mais certainement, Monsieur le curé, répondit Pierrot en lui tendant la lettre et posant ensuite le paquet sur la table.

L’abbé Louis ouvrit l’enveloppe et lut ces lignes à voix haute :

 

Cher Pierrot,

J’espère que toi et Mireille vous portez bien. Je t’envoi des chocolats et je pense vous rejoindre dans quelques jours. Baisers

 

Valérie Labeille.

 

— Quel bonheur ! S’exclama joyeusement l’enfant tandis que les deux hommes échangeaient un regard étonné.

— J’ai l’impression que ceci cache quelque chose de fort bizarre, murmura le prêtre.

— C’est également mon avis, Monsieur le curé, déclara Robert.

— Je suis même persuadé, poursuivit le prêtre que l’auteur de cette lettre est un misérable.

— Pourquoi cette pensée ? Demanda l’artiste en le fixant avec inquiétude.

— Oui, reprit le brave homme, cette lettre ressemble beaucoup à la première missive reçue par Pierrot, et elle me semble cacher un piège que l’on essaye de tendre à ce pauvre enfant !

— Mon Dieu ! S’exclama Montpellier en levant sur lui un regard effrayé. Et dans quel but ?

— Je voudrais me tromper, mais je ne le pense pas, murmura l’abbé Louis, l’air très sombre.

— Que voulez-vous dire, Monsieur le curé ? Insista robert, de plus en plus stupéfait.

— J’ai la conviction absolue que l’on cherche à faire du mal à cet enfant, beaucoup de mal même, affirma l’abbé, et nous devons le défendre.

— Bien sûr, approuva Robert avec chaleur.

— Comme prêtre, il m’est difficile d’enquêter, mais vous qui aimez aussi Pierrot, vous pouvez vous en charger !

— Vous pouvez compter sur moi, Monsieur le curé, car, en plus de la réelle sympathie que m’inspire cet enfant, son père, avant de mourir, m’avait chargé de veiller sur lui.

Pierrot qui n’avait pas prêté attention à l’entretien des deux hommes, s’écria en s’approchant de la table :

— Je n’ai pas encore regardé ce qu’il y a dans cette boite !

— La lettre qui t’a été adressée dit que ce sont des chocolats, lui fit remarquer Robert.

Très impatient, l’enfant défaisait les ficelles et ouvrait la boite où étaient rangés en files serrées des chocolats joliment entourés de papier doré.

— Vous allez étrenner la boite avec moi ! S’exclama Pierrot en sortant un chocolat.

— Remets immédiatement ce bonbon en place ! Cria l’abbé Louis en lui saisissant le bras.

— Mais ...! Fit l’enfant interloqué.

— Non, Pierrot, tu ne dois pas toucher à ces chocolats ! Assura le prêtre en lui enlevant vivement la boite des mains.

— Mais pourquoi, Monsieur le curé ? Questionna Pierrot vivement déçu.

— Ne pose pas de questions, mon petit. Je vais emporter cette boite. Tu me le permets, n’est-ce pas ?

— Oui, Monsieur le curé, répondit Pierrot sans hésiter, mais avec une pointe de regret dans la voix ... Vous ne voulez même pas m’en laisser un seul, juste pour les goûter ? Ajouta-t-il.

— Non, mon petit, refusa le prêtre énergiquement.

— Mais pourquoi Monsieur le curé ? Ne put s’empêcher d’insister l’enfant étonné et navré.

— Parce que je suis absolument convaincu que tu mourrais en goûtant un de ces chocolats ...

— Comment ? S’écria Pierrot, incrédule.

— Oui, Pierrot, affirma le bon prêtre en posant affectueusement sa main sur l’épaule de l’enfant qui levait sur lui de grands yeux étonnés, car cette lettre ne t’a pas du tout été envoyée par mademoiselle Valérie ... et ces chocolats sont empoisonnés, tout comme devait l’être la bouteille de Bourgogne !

— Empoisonnés ? Répéta le pauvre Pierrot en pâlissant.

— Oui, mon enfant, affirma tristement le brave homme mais pour ton bien, le Bon Dieu a permis que nous nous trouvions auprès de toi aujourd’hui !

— Alors, Monsieur l’abbé, je devine qui m’a envoyé ces maudits colis, murmura sourdement le petit garçon ; ça ne peut être que le marquis d’Evreux !

 

( A SUIVRE LE 20 OCTOBRE )

 

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