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MOINEAUX SANS NID N° 184

26 Septembre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-184--.jpegAtterrée, essayant de reprendre son souffle, Valérie claquait des dents de terreur, assistant comme dans un cauchemar, à cette scène dramatique.

Ignoble voyou ! Gronda l’officier français. A genoux ! A genoux devant cette femme ! Répétait-il en continuant à le menacer de son arme.

L’autre ne bougea pas, soutenant le regard de son adversaire avec un sourire ironique sur ses grosses lèvres rouges et humides.

— J’ai dis « a genoux ! »  Répéta l’autre en appuyant avec plus de force me canon de son arme sur la tempe de l’allemand.

Cette fois, un éclair de terreur brilla dans les yeux du misérable qui bredouilla :

— Qui êtes-vous ?

— Un officier comme toi ! Répliqua Lefort avec mépris.

— Un officier ? Répéta l’autre incrédule.

— Oui, je suis le capitaine Henri Lefort ... Et je ne sais ce qui me retient de te faire passer immédiatement le goût du pain !

L’allemand répondit sans trop s’émouvoir !

— Eh bien ! Je reconnais que vous avez l’avantage ! Et maintenant, vous voulez m’assassiner ?

— Tu le mériterais, triste personnage, rugit Lefort hors de lui.

— Ah ! Murmura l’allemand en fermant les yeux, croyant sa dernière heure venue.

Le français le fixa avec dégoût.

— Pour que tu comprennes la différence qui existe entre une canaille telle que toi et un homme d’honneur, je ne te tuerai pas ici, dit-il d’une voix glaciale.

— Si vous tirez lorsque je vous précéderai en quittant cette maison, cela reviendra exactement au même, répliqua l’allemand avec un calme feint.

Lefort nia de la tête.

— Je ne suis pas de ceux qui abattent leurs adversaires par derrière, déclara Lefort avec énergie. Nous combattrons face à face et à armes égales. Je ne suis pas un lâche !

— Dans ce cas, sortons d’ici et affrontons-nous au dehors.

— C’est précisément ce que j’ai l’intention de faire. Avance, ordonna l’officier français en abaissant son arme.

L’allemand lui adressa un regard plein de méfiance, puis se dirigea vers la porte, en franchit le seuil, suivi d’Henri Lefort.

Nous allons régler cette affaire dans le jardin, dit l’officier français.

L’homme acquiesça d’un signe de tête et, quelques secondes après, les deux antagonistes se trouvaient dehors.

— Dieu choisira entre nous deux ! Dit Henri Lefort avec gravité.

En silence, l’allemand sortit son revolver de son étui.

—Comme il fait très sombre, continua le français, chacun de nous comptera vingt pas et nous tirerons ensuite.

— Très bien ! Répondit froidement son adversaire

Les deux hommes se mirent donc dos à dos, puis s’éloignèrent dans deux directions opposées, comptant à haute voix, puis s’arrêtèrent brusquement.

— Prêt ? Demanda l’officier français d’une voix métallique.

— Prêt ! Répondit froidement l’autre.

— Je vais compter jusqu’à trois et nous ferons ensuite feu en même temps, reprit Lefort.

Un silence mortel entourait les deux hommes.

— Un !... Deux !... commença Lefort.

Tous deux se retournèrent en même temps, se faisant face, les canons des deux armes pointés l’un vers l’autre, à quarante pas de distance.

Un second silence suivit qui parut éternel.

— Trois ! Cria soudain Lefort.

Deux détonations claquèrent à la fois, Lefort ne bougea pas, immobile comme une statue, tandis que l’allemand roulait à terre sans pousser un cri.

« Jecroisquilasoncompte ! »PensaLefort.Ilcourutverssonadversaire,sepenchasurluipourlexaminer,etposaunemainsursoncœur ;ilavaitcessédebattre ...

L’officier français fit le tour du jardin.

Le silence le plus complet continuait à régner partout. Il écouta longuement, prêtant l’oreille dans la nuit, pour s’assurer que les allemands qui campaient dans le champ voisin n’accouraient pas, attirés par les coups de feu ...

Tout était silencieux, pas la moindre manifestation de vie nulle part.

— Merci, mon Dieu ! Murmura le jeune officier en soupirant de soulagement. Je crois que personne n’a rien entendu. Maintenant, il faut que je fasse disparaître ce cadavre !

Il disparut quelques secondes à l’intérieur de la maison et en ressortit très vite, tenant une pelle à la main.

Il revint ensuite auprès du mort, le traîna par les pieds jusqu’au puits situé tout au fond du jardin, le souleva péniblement gêné par sa blessure encore si récente, et réussit, après de durs efforts, à le hisser sur la margelle et à le faire finalement basculer à l’intérieur.

Avec sa pelle il effaça soigneusement toutes les traces faites en traînant le corps ... Puis, ayant achevé sa macabre besogne, il rentra à la maison, regagna sa chambre et se jeta sur son lit, à bout de forces.

Mais il ne put fermer l’œil de toute la nuit ...

Valérie non plus ne put dormir.

Après que les deux hommes l’eurent quittés pour aller se battre en duel, la jeune femme avait bondi hors de son lit, revêtu en toute hâte sa robe de chambre et chaussé ces mules pour se précipiter derrière eux.

Blottie derrière le tronc d’un arbre, tremblant de tous ses membres, elle avait assisté à cette tragique et incroyable scène.

Lorsqu’elle vit tomber l’allemand, elle rejoignit sa chambre plus morte que vive, et récita une courte prière à l’intention du misérable. Elle passa le restant de la nuit en proie à une extrême agitation.

Dès que l’aube parut, elle se pencha à sa fenêtre et constata avec soulagement que le calme le plus total régnait toujours du côté du campement allemand ; les hommes vaquaient très tranquillement à leurs occupations quotidiennes. De toute évidence, la disparition de l’officier n’avait pas encore été constatée ...

Lorsque Michel Labeille se leva et descendit prendre son café à la cuisine où Valérie finissait de le passer, il dévisagea la jeune femme inquiète de la crispation des traits de sa fille et de sa singulière pâleur.

— Qu’as-tu, ma petite chérie ? Lui demanda-t-il tendrement. Je ne te trouve réellement pas bonne mine ce matin !

Valérie à bouts de nerfs, éclata de violents sanglots.

— Comment ? Comment ? Voilà que tu pleures à présent ? Constata-t-il de plus en plus inquiet. Serais-tu souffrante ?

— Non, mais ...

La jeune femme s’interrompit frissonnant en souvenir de l’odieuse scène.

— Enfin, que se passe-t-il donc ? Parle vite, je t’en supplie !

— Papa ! Nous ne pouvons rester ici plus longtemps ! S’écria Valérie qui essayait vainement de retenir ses larmes.

Labeille soupira, puis reprit tristement :

— Tu dis cela à cause de ce qui s’est passé hier ? Tu crains peut-être que cet officier allemand ne revienne t’ennuyer ?

Elle secoua la tête.

— Non, répondit-elle sourdement, cet homme ne pourra plus nous faire aucun mal, papa !

— Que veux-tu dire ? S’exclama Michel Labeille en la fixant interdit, lui serait-il arrivé quelque chose ?

— Oui, papa, murmura-t-elle tout bas. Il est entré dans ma chambre la nuit dernière et ...

— La canaille ! Interrompit Labeille, outré.

— Rassure-toi ! S’empressa de continuer la jeune femme, il ne m’est rien arrivé !

— Alors, qu’est devenu ce misérable ? Insista Labeille. Tu as pu le faire sortir ?

Henri Lefort arrivait à cet instant. Il répondit à la place de la pauvrette.

— J’ai tué cet homme, Monsieur ! Annonça-t-il.

Le père de Valérie sursauta et se tourna vers le jeune officier.

— Qu’est-ce que vous dites ? S’écria-t-il ahuri.

— Je ne l’ai pas frappé lâchement, expliqua le capitaine ; Je l’ai tué en duel ... comme il sied à un homme d’honneur.

— Ah ! Murmura Michel Labeille, stupéfait. (Puis après quelques secondes de silence, il demanda, de plus en plus effrayé : Et où est le ... le corps ?

— Je l’ai jeté au fond du puits !

— Mon Dieu ! Bégaya Valérie en se cachant le visage dans ses mains.

— Alors, il nous faut partir immédiatement d’ici, déclara Michel Labeille, très agité.

— Il nous faut demander l’autorisation aux Allemands, fit observer le capitaine Lefort et je ne pense pas qu’ils voudront nous l’accorder pour l’instant.

— C’est pourtant indispensable ! Assura Labeille avec force. Je vais aller parler aux officiers supérieurs qui se sont installés au village et je tâcherai de les persuader qu’ils n’ont aucun intérêt à nous garder ici.

En effet, une heure plus tard, Michel Labeille se rendait à la Kommandantur installée au village tout proche où il passa plus de trois heures pour obtenir un laissez-passer pour sa fille, son domestique et lui-même, leur permettant de quitter la zone des combats.

Finalement après avoir copieusement graissé la patte du sous-officier employé aux écritures, Michel Labeille rentrait triomphalement

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chez lui. Et quelques heures plus tard, nos trois amis se mettaient en route, convaincus d’atteindre rapidement les lignes françaises.

Hélas ! Les choses devaient se dérouler tout autrement qu’ils ne l’avaient supposé ...

Quelques kilomètres plus loin, en effet, les trois compagnons retombèrent sur un autre régiment allemand. Malgré leurs sauf-conduits, ils furent emmenés, encadrés de soldats, baïonnettes au canon, jusqu’à une autre Kommandantur où ils furent longuement questionnés sans résultat, et ensuite enfermés dans un immense hangar, sous la garde d’une sentinelle armée.

Après une nuit pénible et glaciale, ils furent de nouveau interminablement interrogés avant d’être reconduits dans leur prison.

Maintenant, le désespoir commençait à se glisser dans leurs cœurs déjà si lourds d’angoisse, lorsque, brutalement, le lendemain la porte du hangar s’ouvrir et on leur annonça qu’ils étaient libres, mais devaient s’arranger pour s’éloigner le plus vite possible du secteur.

Les malheureux ne se le firent certes pas répéter et filèrent immédiatement à toute vitesse, certains à présent de se diriger vers les avant-postes français, vers la liberté et la sécurité ...

Mais, à cause de diverses rencontres de patrouilles et d’escarmouches qui se succédaient sans interruption dans ce secteur, il leur fut impossible d’établir une ligne de démarcation nette entre les combattants. C’est pour cette raison que les fugitifs, apercevant un poste militaire crurent avoir finalement rejoint les lignes françaises, et s’aperçurent trop tard et avec terreur, qu’ils se trouvaient, une fois de plus, parmi les Allemands.

De nouveau, ils furent arrêtés et gardés à vue dans une chaumière à moitié détruite par les bombardements, et cette fois leur incarcération fut plus longue.

Un matin, ils crurent vivre un véritable enfer, car la bataille faisait rage tout autour de la chaumière. Et lorsque Michel Labeille — qui n’était plus que l’ombre de lui-même — se hasarda à s’approcher de la porte d’entrée qui avait été arrachée par l’éclatement d’un obus, il ne vit dehors plus âme qui vive ...

Des cadavres de soldats allemands jonchaient la terre et sans nul doute leurs camarades avaient quitté la position, les abandonnant sur le terrain.

Un peu plus tard, nos trois amis qui ne savaient vraiment pas quelle direction prendre, virent arriver les premiers soldats français et ils eurent ainsi la joie suprême d’être enfin livres et entourée d’amis !

Pourtant, les malheureux n’étaient pas au bout de leurs peines et leur calvaire bien lin d’être terminé ...

 

 

( A SUIVRE LE 29 SEPTEMBRE )

 

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