Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

MOINEAUX SANS NID N° 145

31 Mai 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-145--.jpeg Pourtant ? Faire admettre Pierrot dans un orphelinat n’était pas aussi facile que l’avait pensé le magistrat. Justement, ces derniers temps, les autorités avaient fait recueillir tous les enfants qui flânaient dans les rues la plupart d’entre eux avaient été placés dans des orphelinat, si bien qu’il n’y existait plus aucune place disponible.

Le brave homme qui semblait s’intéresser fortement au sort de Pierrot, eut beau téléphoné lui-même à plusieurs directeurs de ses établissements, il ne put obtenir le résultat espéré.

Soucieux, il arrêta ses coups de fil et fixa le jeune vendeur de journaux qui pleurait silencieusement, toujours immobile sur son siège.

— Je crains, dit-il doucement, qu’il me soit réellement impossible de te faire héberger où je le pensais, mon pauvre petit.

A ces mots, Pierrot releva vivement la tête.

— Oh ! Je vous en supplie, Monsieur le juge, s’écria-t-il d’une voix mouillée de larmes, renoncez a à cette idée ! Je vous affirme que je saurai très bien me débrouiller tout seul ! Je ne traînerai pas dans les rues pour y flâner, mais pour y gagner ma vie, car je vends des journaux et aussi des billets de loterie Nationale ... Si vous consentez à ne pas m’enfermer, je pourrai également prendre soin de mes intérêts et ...

— Bien, bien, interrompit le juge, mais tu vas me promettre d’être très sérieux ... Gare à toi si tu te laissais entraîner par une mauvaise pente !

— Je vous jure, Monsieur, que je resterai toujours honnête et travailleur ! S’exclama l’enfant avec élan.

— Alors, tu peux t’en aller, conclut le magistrat ; Il vas sans dire que je te ferai surveiller.

— Merci beaucoup, Monsieur le juge, reprit Pierrot. J’étais sûr que vous finiriez par comprendre. Au revoir !

Sans attendre davantage, il se précipita vers la porte, l’ouvrit et bondit dans le couloir. Quelques secondes après, il descendait l’escalier du Palais, respirant à pleins poumons l’air libre du dehors.

Il se mit en marche, traversa la Seine, admirant de magnifique décor, frissonnant à l’idée du danger qu’il venait de frôler ...

Brusquement une pensée lui vint à l’esprit, pensée qui lui fit hâter le pas et, une heure et demi plus tard, il s’arrêtait devant la sinistre boutique de la mère Picquet.

Il tenait à tout prix à voir Mireille pour lui apprendre la merveilleuse et incroyable nouvelle ; Valérie était sa véritable maman !

Vaillant qui l’avait attendu patiemment devant le Palais de Justice, lui avait emboîté le pas, trottant à ses côtés. Mais, en arrivant dans la rue de « l’Araigne » et avant que le petit garçon pût l’en empêcher, le bon chien se mit à galoper et bondit à l’intérieur du « magasin » - dont une fenêtre était restée entr’ouverte – en poussant des jappements de joie.

La fillette qui cousait, assise sur une caisse vide, leva la tête et, apercevant Vaillant, poussa une exclamation de stupeur et de plaisir.

— Vaillant ! Mon bon toutou ! S’écria-t-elle en caressant la grosse tête poilue du chien dont les yeux vifs et intelligents étincelaient de bonheur.

Mais en voyant la bête, la vieille usurière se mit à hurler :

— Chasse-moi immédiatement ce satané chien d’ici !

Cependant elle eut soin de se réfugier pressement derrière une commode branlante.

— Je t’ai dit de renvoyer ce chien, Mireille ! Recommença à crier la vieille. Mets-le dehors et referme bien la fenêtre après !

Mireille était trop heureuse pour comprendre ce que lui disait « l’Araigne ». Soudain, levant les yeux, elle remarqua, de l’autre côté de la vitre, une silhouette bien familière ; celle de Pierrot qui était resté dans la rue ... Aussi se leva-t-elle précipitamment et sortit en courant pour se jeter à son cou, pleurant de joie.

— Pierrot ! Pierrot ! Murmura-t-elle ne trouvant pas autre chose à dire pour exprimer son ravissement.

Le petit garçon souriait, lui aussi, les yeux brillants de larmes, muet d’émotion. Puis arrivant à se dominer, il lui annonça triomphalement :

— Mireille, je sais à présent qui est ta véritable maman, car tu en as une !

La fillette répondit en souriant à son tour avec le plus grand calme :

— Je le sais, Pierrot ; c’est mademoiselle Valérie !

— Quoi ? S’exclama l’enfant stupéfait. Tu le sais aussi ? Comment l’as-tu appris ?

— Je le sais, répéta-t-elle en prenant un air mystérieux. (Elle allait lui dévoiler ce qui s’était passé, mais se souvint à temps de son serment et ajouta) : Je le sais parce que je l’ai deviné depuis longtemps ...

— C’est « l’Araigne » qui te l’a dit ? Questionna de nouveau Pierrot.

— Non.

— Alors, qui est-ce ? Insista-t—il.

— Ecoute, Pierrot, lui confia-t-elle franchement, après une légère hésitation, je ne peux pas te le dire parce que j’ai juré de garder le secret à la personne qui me l’a appris !

Pendant ce temps, la mère Picquet qui venait à son tour d’apercevoir Pierrot, arrivait devant la porte, mais Vaillant lui interdit de faire un seul pas de plus, grondant sourdement, prêt à mordre.

Le garçonnet jeta un rapide coup d’œil à la vieille et murmura à voix basse en se penchant vers sa petite compagne :

— Oh file, Mireille ?

— Ne crois-tu pas qu’elle viendra me reprendre ! Soupira-t-elle timidement.

— N’aie pas peur ! La rassura-t-il. Maintenant nous avons Vaillant pour nous défendre et je ne peux supporter l’idée de te savoir entre les mains de cette affreuse sorcière ! Même si elle venait jusque chez nous te chercher, nous jetterions Vaillant à ses trousses et tu verras si elle ne prendra pas ses jambes à son cou ! Acheva-t-il en éclatant de rire à cette amusante perspective.

La fillette hésita encore, puis lui prenant la main :

— Partons ! S’exclama-t-elle avec décision.

Ils se mirent à courir sans regarder en arrière, tandis que le bon Vaillant, planté sur ses quatre pattes devant la porte de la boutique, continuait à grogner en montrant les dents à la méchante « Araigne » qui n’osait faire un geste tant elle était terrorisée.

Puis, lorsque les deux enfants se furent suffisamment éloignés, la fidèle bête abandonna son poste et galopa derrière eux agitant joyeusement la queue.

Pierrot et Mireille rejoignirent leur maison sans incident. Ils étaient très essoufflés mais leurs yeux brillaient de joie et de bonheur.

Ce fut alors que Mireille remarque le beau costume neuf de son petit camarade.

— Que tu es beau, Pierrot ! S’exclama-t-elle avec admiration. Tu as l’air d’un vrai prince !

Le petit garçon éclata de rire, très satisfait.

— C’est juste ! Répondit-il avec assurance, mais bientôt tu auras toi, l’air d’une vraie reine, parce que nous achèterons tout ce qu’il te plaira ? Finies notre vie de misère et la vente des journaux par tous les temps à la sortie du métro ! Nous vivrons désormais comme des gens bien ... Que nous sommes par nos parents ; toi, par ta mère, et moi par mon père ... Oui, les mauvais jours sont finis !

Il s’interrompit et éclata de rire en remarquant les yeux ahuris de Mireille.

— Mais que t’est-il arrivé ? Interrogea-t-elle. Tu as peut-être hérité ?

— Il n’est pas encore question de ça, répondit-il. Ca sera pour plus tard ... Mais, tiens ! Regarde ...

Et il sortit d’une enveloppe glissée dans la poche de son pantalon l’argent que leur avait laissé Valérie.

— C’est à toi ? Demanda Mireille en écarquillant ses beaux yeux clairs.

— C’est à nous deux, expliqua-t-il. C’est mademoiselle Valérie qui nous l’a laissé ... je veux dire ta mère, avant de quitter Paris.

— Que d’argent ! S’exclama la fillette. Nous en avons bien au moins pour deux ans !

Pierrot rie à cette réflexion et ajouta :

— Nous en aurons toujours, dorénavant. Tu voix ces billets ? Eh bien ! Lorsque ta mère reviendra d’Espagne, ils auront doublé, sinon triplé !

— Comment feras-tu pour ça ? S’informa Mireille.

— Aujourd’hui même, toi et moi nous irons vendre des fruits dans une petite voiture au marché de Pantin.

— Et ça nous rapportera ?

— Bien sûr ! Nous achèterons aux halles des poires, des pommes et des oranges à un certain prix et nous les revendrons plus cher, tu comprends ?

— C’est possible, reconnut la petite fille ... Mais reprit-elle, perplexe, et si nous ne les vendons pas, qu’en ferons-nous ?

Pierrot haussa les épaules.

— Pourquoi ne les vendrait-on pas ? Ne te tourmente pas, Mireille et aie confiance en moi. Pour commencer, je vendrai des fruits, puis lorsque je serai assez instruit, je compterai parmi les hommes les plus riches de Paris ... Tu verras, Mireille, tu verras ! Celui qui travaille seulement pour gagner son pain n’a pas assez d’ambition. Il faut essayer d’obtenir le maximum, honnêtement bien entendu !

— Et tu l’obtiendras ? Interrogea-t-elle avec admiration.

— Certainement ! Affirma Pierrot avec beaucoup d’assurance.

 

( A SUIVRE 3 JUIN )

 

041

Commenter cet article