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MOINEAUX SANS NID N° 142

22 Mai 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

Nous commencerons à partir

du 22 mai la publication d'un

GRAND ROMAN INÉDIT

 

L' APACHE-ROI

Par Paul SEGONZAC

 

Le romancier si aimé du public n'a jamais écrit de pages plus passionnées. Tous nos lecteurs suivront avec émotion les péripéties d'un drame qui se déroule dans des milieux extraordinairement pittoresques et qui met en scène des personnages de grandes envergures

A PARTIR DE 11 HEURES

 

 

 

CHAPITRE 142Après avoir quitté la demeure de Paul Macaire, Anselme fit quelques pas dans la rue, puis s’arrêta brusquement. Malgré les protestations « d’oncle Judas », il était persuadé que ce dernier était bien son véritable créancier. Aussi décida-t-il de surveiller sa maison, convaincu qu’il n’en sortirait pas.

« Silrestechezluienattendanttranquillementjusquàdemainquejerevienne,jauraialorslapreuveirréfutabledesonmensonge »SedisaitlemarquisdEvreuxenpénétrantdansunpetitbardilpouvaitsurveillerlaruetoutàsonaise,toutendégustantlexcellentcafédontlarômecaressaitsiagréablementsesnarines ...

Il choisit une table devant la grande baie vitrée et avala à petites gorgées gourmandes le café qui venait de lui être servi.

« Danscecas,continuait-ilàmonologuerintérieurement,jecroisquejepourrairéalisercequimevientàlesprit. »

Quelques minutes après, il se leva et s’approcha de la porte, fixant avec attention celle de l’usurier.

Tout en attendant, il songeait à cette curieuse situation et à ce détail dont il ne s’était jamais soucié encore, à savoir qu’il n’avait jamais rencontré l’individu qui lui avait soi-disant consenti ce prêt.

Suivant les conseils de Macaire, les deux ou trois fois où il avait eu besoin de se mettre en rapport avec ce mystérieux personnage, il s’était rendu à une certaine adresse et avait été& reçu dans un très modeste appartement par une vieille dame très froide et très distante qui, après l’avoir écouté, c’était absentée quelques minutes dans une pièce voisine, soigneusement close, pour revenir ensuite lui apporter une réponse.

Donc, cette personne désirait garder l’anonymat quand il s’agissait de traiter une affaire importante, sans doute afin de ne pas être reconnue de ceux qui s’adressaient à elle.

« Sicestcela,endisaitAnselme,ilfautreconnaîtrequelleestencoreplusastucieuseetplusmalignequejenelecroyais. »

Toutefois,ilnesagissaitquedunesimplesupposition,etcétaitlaraisonpourlaquelleilétaittellementimpatientdevoirsortirlusurier,réfléchissantàlapossibilitédereprendresareconnaissancesansdébourserunseulsou ...

Cette perspective le faisait tressaillir de plaisir, et, plus il y songeait, plus elle lui semblait réalisable.

Il ne devait certes pas être très difficile de forcer ce misérable et faible personnage à lui restituer son précieux document ; il suffirait d’user d’un peu de violence ... ce qui effrayait tant l’usurier ! Mais pour agir ainsi il fallait que ce fut précisément lui le détenteur du fameux papier.

Anselme regretta de lui avoir déjà remis l’argent ... Puis il sourit ; il lui serait en effet, si simple de le lui reprendre ! Petit à petit, il édifia de la sorte un plan audacieux qui lui paraissait ne pas présenter de trop gros risques ...

Le temps passait et Anselme ne voyait toujours pas paraître Paul Macaire. Il était maintenant convaincu d’avoir deviné juste et cela le ravissait, croyant qu’il pourrait, dans quelques instants, mettre son projet à exécution, car ce n’était pas en pleine nuit que Macaire se rendrait chez « la personne » !

Le marquis s’apprêtait à quitter le bar, lorsque tous ses espoirs s’écroulèrent ! En effet, à ce moment même, il vit s’ouvrir la porte de l’usurier, porte qu’il n’avait pas perdue de vue une seule seconde, et qui livra passage à Macaire.

« Hélas !Ilnemavaitpasmenti !Ilvacertainementserendrechezsonmystérieuxhommedaffaires »pensalemarquis.

Puis, pris d’une rage soudaine, il décida de le suivre de loin.

« Quest-cequejerisque,aprèstout ?Murmurait-ilenfilantavecprécautionlusurierquinesendoutaitguère.Jedésireseulementnepasmedéfairedesestroismillionsetdemiquimeseraientsiutilesencemoment ...Jenaiquàchangermonplandansuninstant,cetimbécileremettralargentauprêteur,enéchangedesonreçu.EtquandMacairelauraquitté,jemyprécipiterai.Commelautrenesyattendguère,jesauraibienleforceràmesrestituersesmillionsparnimportequelmoyen ... »

« Laseuledifficultéconsistedanslaprésencedecettevieillefemmesilencieuseetantipathique.Bah !Jetrouveraibienunmotifpourléloigner !... »

Brusquement, il s’aperçut qu’il ne voyait plus Macaire devant lui ... Sûrement l’homme avait pris le métro, où peut-être même un taxi. Sachant où il se rendait, le marquis arrêta une voiture et donna l’adresse du mystérieux créancier au chauffeur.

Un quart d’heure plus tard, Anselme montait l’escalier d’un immeuble plutôt modeste. Il s’arrêta devant la porte du deuxième étage et sonna :

Il attendit quelques secondes, puis la femme âgée qu’il connaissait vint lui ouvrir. Elle l’examina tout d’abord avec méfiance, mais elle dut certainement le reconnaître, car elle s’effaça pour lui permettre d’entrer dans un petit bureau très sommairement meublé. Comme chaque fois qu’il s’était présenté, elle lui désigna une chaise et le pria de bien vouloir attendre un instant.

Après qu’elle fut sortie de la pièce, Anselme poussé par une irrésistible curiosité s’approcha de la porte qui faisait face à laquelle il était entré et colla son oreille au panneau de bois.

Il entendit un léger murmure de voix et reconnut tout de suite celle de Paul Macaire.

Le marquis sourit, satisfait ; il avait deviné juste, mais il tressaillit soudain et ouvrit la bouche de stupeur ... Il venait d’entendre une seconde voix, une voix de femme appartenant à quelqu’un qu’il connaissait, mais qu’il n’arrivait pas à situer encore tant il était stupéfait.

Ainsi, le mystérieux prêteur existait bien et c’était une femme par-dessus le marché ... une femme qu’il connaissait !

Qui pouvait-elle bien être ?

Anselme avait beau cherché, il n’arrivait pas à découvrir à qui appartenait cette voix, assez dure et très autoritaire. Il allait recommencer à coller son oreille au battant lorsqu’il vit la porte donnant sur le couloir s’entrouvrir lentement. Il fit un pas de côté feignant d’examiner avec intérêt une gravure accrochée au mur.

La vieille femme pénétra dans la pièce, le fixa, puis déclara :

— Veuillez revenir demain, Monsieur. Aujourd’hui mon patron ne peut vous recevoir.

Furieux, Anselme lui saisit le poignet.

— Votre patron ? Ricana-t-il. Pourquoi mentez-vous ? Je sais très bien qu’il s’agit d’une femme.

L’employée le dévisagea, méprisante.

— Qui que ce soit, revenez demain ? Répliqua-t-elle avec fermeté.

Anselme lâcha son poignet, réfléchit vivement et se dirigea vers l’entrée.

— Très bien, fait-il avec colère, je reviendrai demain, à moins d’empêchement.

Il s’éloigna vivement, ne désirant pas rencontrer Macaire qui n’allait pas tarder à sortit à son tour de cette demeure. Mais une fois dans la rue, Anselme changez d’avis. Il fit quelque pas, puis s’arrêta sous une porte cochère, guettant le départ de l’usurier.

Illaperçutcinqminutesplustardetsedirigeavivementverslui,décidéàsavoirquiétaitvraimentsonmystérieuxcréancier.

— Monsieur le marquis ? S’exclama ce dernier. (Et il ajouta sur un ton de reproche) : Vous ne deviez pas venir ici. Il s’en est fallu d’un cheveu que cette affaire ratât !

— Ainsi, s’écria Anselme sans se soucier de ce que lui disait Macaire, mon créancier inconnu est une femme ?

L’usurier poussa un soupir en haussant les épaules.

— Mon Dieu ! Monsieur le marquis ! S’exclama-t-il. Quelle importance cela peut-il avoir pour vous ? L’essentiel était d’abord d’obtenir l’argent dont vous aviez besoin, puis, maintenant, de récupérer votre reconnaissance de dette dans les conditions que vous désiriez.

Perplexe, Anselme se gratta le menton, mais admit :

— C’est juste, cela n’a aucune importance. Pourtant, j’aimerais bien savoir qui est cette femme si mystérieuse !

Macaire haussa de nouveau les épaules et eut un étrange sourire.

— Je comprends votre curiosité, Monsieur le marquis, mais cette personne tient à garder l’anonymat, et elle a raison. Ne le trouvez-vous pas également ?

Anselme ne répondit pas. Il réfléchissait, une lueur d’inquiétude dans les yeux.

— Avez-vous ce maudit papier, Macaire ? demanda-t-il après un silence.

— Certainement, Monsieur le marquis, répondit l’usurier d’une voix triomphante ; je peux même vous le remettre tout de suite.

Il fouilla dans la poche intérieure de son veston et en retira une feuille de papier pliée en quatre qu’il remit à Anselme.

— Voici, dit-il. J’espère que vous êtes content de mon travail ?

— Naturellement, grommela Anselme en s’emparant du précieux document.

Il déplia la feuille, s’assura que c’était bien sa reconnaissance, puis la glissa dans sa poche et fixa de nouveau Macaire qui le regardait faire.

— Merci Macaire. Je reconnais que vous été très habile et je ne l’oublierai pas. D’ailleurs, vous avez déjà touché votre dû, n’est-ce pas ?

— Oui, Monsieur le marquis, s’empressa de le rassurer l’usurier. Je pense que, pour le moment, vous n’avez plus besoin de moi, n’est-ce pas ?

— Non, en effet, et je crois que nous pouvons nous séparer à présent, répondit Anselme.

Paul Macaire s’inclina légèrement et partit sans ajouter une parole.

Après l’avoir vu disparaître au bout de la rue, Anselme fixa de nouveau la porte cochère d’où ils venaient de sortir tous deux quelques minutes plus tôt.

« Peut-êtredevrais-jeprofiterdevotreoccasion ?Sedemanda--ilhésitant.Jenesaispourquoi,maisledésirdeconnaîtrecettefemmemystérieusemetourmente.Jaisansdoutetortjeferaismieuxdenepasinsister,pourtant ... »

Il allait s’en aller lorsqu’il vit sortir de l’immeuble la vieille femme qui l’avait reçu un peu auparavant. Et se tourna vivement vers une vitrine afin de ne pas être reconnu par elle.

Il la vit s’éloigner et disparaître à son tour au bout de la rue, et il attendit quelques instants pour être sur qu’elle ne reviendrait pas. Il hésita, encore, puis se décida et pénétra dans l’immeuble. Il grimpa l’escalier quatre à quatre et sonna résolument à la porte de l’appartement de son prêteur.

A vrai dire, il ne pensait pas être reçu, mais il entendit presque aussitôt un rapide claquement de talon de femme se rapprochant de la porte qui s’ouvrit soudain toute grande ...

Durant un moment, Anselme demeura pétrifié, le souffle coupé tant sa stupeur était grande en reconnaissant la femme qui se dressait en face de lui.

— Toi ? Toi, Alice ! Bégaya-t-il.

La jeune fille le dévisagea avec un sourire ironique puis s’écarta pour le laisser entrer.

— Je savais bien que tu reviendrais, et c’est la raison pour laquelle j’ai éloigné ma secrétaire. Mais entre nous, peut-être vaut-il mieux que tu sois fixé, après tout !

De plus en plus déconcerté, le marquis la suivit silencieusement dans la petite pièce ou, tout à l’heure, Macaire s’entretenait avec le personnage inconnu que jamais il n’aurait pensé à être sa propre sœur !

— Eh bien ! Quoi ? S’exclama Alice, toujours souriante. Pourquoi un tel étonnement ! Tu ne peux donc admettre que je suis capable de diriger une affaire personnelle.

( A SUIVRE AUJOURD'HUI A 9 H 15 )

 

 

 

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