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MOINEAUX SANS NID N° 135

1 Mai 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-135-.jpegDès que « Le Boiteux » et son complice furent empoignés solidement par chacun un agent, ils témoignèrent la plus vive indignation.

— Pourquoi nous arrêtez-vous ? Demanda « Le Boiteux ».

— Cet enfant vous a accusés d’un très grave délit, répliqua l’un des hommes en désignant Pierrot, debout à quelques pas plus loin.

— Et vous ajoutez foi aux propos d’un gamin ? Protesta le misérable en éclatant d’un rire ironique.

— On verra ce que décidera le commissaire, répliqua le représentant de la loi.

— Prenez bien garde ! Cette décision pourrait vous coûter très cher ! S’écria « Le Boiteux ». Vous ignorez à qui vous avez affaire !

— En route ! Ordonna l’agent, et toi, petit, suis-nous !

— Très bien, monsieur l’agent, répondit Pierrot sans hésiter, car il était décidé à maintenir une accusation contre les deux malfaiteurs.

Mais « Le Boiteux » et son complice continuaient à protester vivement contre ce qu’ils qualifiaient « d’abus d’autorité ». Ils jouèrent si parfaitement leur rôle d’honnêtes citoyens, que les agents finirent par hésiter.

— Accordez-nous au moins la faveur de prendre un taxi, dit soudain « Le Boiteux », afin de nous éviter la honte d’offrir aux passants le spectacle de cette injuste arrestation.

— Fort bien, consentit l’un des agents, si quelqu’un veut bien aller en chercher un.

Un jeune homme se détacha du groupe des curieux qui les entouraient et courut jusqu’au coin de la rue pour essayer de trouver une voiture, tandis que les deux canailles protestaient de plus belle, affirmant qu’ils étaient innocents.

— Je vous préviens, reprit « Le Boiteux », que je possède de très puissantes relations et ...

— Ce sont des mensonges ! Interrompit Pierrot fermement.

Il avait à peine prononcé ces mots que deux gamins qui venaient de se joindre au groupe des badauds, s’écrièrent, stupéfait :

— Ma parole, mais c’est Pierrot !... Pierrot déguisé en vrai bourgeois !

— Où as-tu donc volé ce beau costume ?

— Alors, tu renonces à vivre dans la rue avec nous ?

Les deux agents en écoutant ces propos, commencèrent à s’inquiéter.

— Qui es-tu donc, petit ? Lui demanda soudain l’un d’eux.

— Pierrot ! Pierrot Delorme ! S’empressa de répondre l’enfant.

Les deux autres gamins éclatèrent de rire.

Bravo !Pierrot !Sexclamalundeux.

Vousleconnaissezbien ?Demandalagentensetournantverslesdeuxnouveauxvenus.

— Sûr, expliqua le plus âgé, puisque c’est un gosse de la rue, comme nous ! Il vend des journaux à la porte de Pantin.

Le groupe des curieux ne cessait d’augmenter et les commentaires les plus variés s’échangeaient, tandis que l’inquiétude des deux agents devenait de plus en plus forte. Ils décidèrent d’un commun accord, et avant tout, de savoir qui était vraiment ce jeune accusateur, car ils craignaient, à présent, d’avoir été victime d’une mauvaise plaisanterie. En outre, l’attitude très digne des deux malfaiteurs les impressionnait malgré tout.

L’un d’eux saisit Pierrot par le bras et lui demanda sévèrement :

— Tu vas me dire tout de suite qui sont tes parents et où ils habitent.

Pierrot rougit violemment et répondit :

— Ils n’habitent nulle part. Je ne les ai jamais connus !

— Il y a bien quelqu’un qui prend soin de toi ?

— Non, Monsieur l’agent !

— De quoi vis-tu, alors ? Qui t’élève ? Questionna de nouveau l’agent, de plus en plus étonner.

— Je gagne seul ma vie en vendant des journaux dans la rue, répondit l’enfant avec orgueil. Mes camarades viennent de vous le dire.

— C’est impossible ! Aucun vendeur de journaux à la criée n’est habillé aussi bien que toi, remarqua l’agent.

— C’est que ce costume est tout neuf, expliqua Pierrot.

— Où l’as-tu pris ?

— Je l’ai acheté avec mon argent, révéla le petit homme fièrement. Mais ne vous occupez pas de ça. Arrêter ces deux bandits je vous en prie !

— C’est toi que nous allons plutôt arrêter, petit voyou ! Gronda l’agent. Pour quelle raison accuses-tu ces messieurs ?

— Je vous l’ai déjà dit ! Parce que j’ai entendu ce qu’ils se disaient !

« Le Boiteux » intervint en riant :

— C’est juste dans un certain sens, monsieur l’agent ; mon ami et moi nous entretenions de l’agression de la rue de l’Ourq mais n’avons pas parlé d’autre chose.

Le jeune homme qui était allé, un instant plus tôt, à la recherche d’un taxi, se fraya un passage à travers le groupe de curieux.

— Je n’ai pas réussi à en trouver, Monsieur l’agent, annonça-t-il, haletant encore d’avoir couru.

Les deux agents se consultèrent déconcertés, craignant de commettre une sottise en arrêtant les deux hommes.

Ce furent les malfaiteurs qui résolurent le problème ; après avoir échangé un rapide coup d’œil, « le Boiteux » et son compagnon prirent leur élan, se glissèrent vivement parmi les badauds et prirent ensuite leurs jambes à leur cou.

Tout d’abord « Le Boiteux » parut vouloir se laisser aller à la colère, nul ne bougea, puis les agents s’élancèrent à leurs trousses. Ils n’eurent pas de chance, car habitués à des situations de ce genre, les deux voyous surent parfaitement comment se comporter.

Ils se séparèrent presque immédiatement, se dirigeant dans deux directions opposées, et les agents furent ainsi forcés de les imiter ... mais en vain ! Les deux hommes disparurent à leur vue dans le dédale des petites rues voisines.

Furieux de ce qui venait de sa passer, et lorsqu’il aperçut les deux agents qui revenaient bredouilles, Pierrot se dit, très justement, qu’il ne tarderait pas à payer les frais de leur déconvenue. Aussi s’enfuit-il à son tour en courant de toute la force de ses jeunes jambes, se laissant guider par son instinct.

Après quelques minutes à bout de souffle, il se retrouva tout près de chez lui.

« Quelsimbécilesquecesagents !Pensa-t-ilenpénétrantdanslepetitlogementdeValérieetselaissanttombersurunechaise,épuisé.Direquilsontlaissécesvoleursleurfiletsouslenez !EtlepirecestquejepourraidifficilementlesretrouveretqueMireilleestentreleursmains,jensuissûr,maintenant ! »

Il éclata en sanglots, trouvant le sort injuste, car il s’acharnait cruellement contre tous ceux qu’il aimait, alors que ceux qui les tyrannisaient jouissaient paisiblement de leur liberté.

Brusquement, une idée effleurant son esprit lui rendit son courage et il sourit ; il venait de décider d’aller rechercher Vaillant, son bon chien, qui devait sûrement être guéri de ses blessures. La brave bête lui tiendrait compagnie et le défendrait même si l’on l’attaquait.

Ravi de sa décision, Pierrot sentit tout son courage et son espoir lui revenir, comprenant qu’il lui fallait continuer sa lutte jusqu’à la victoire totale. Pour commencer, il devait découvrir où était cachée sa Mireille, et là, Vaillant l’aiderait sûrement.

Le pauvret était loin d’imaginer tous les ennuis qu’il avait involontairement attiré à sa jeune amie en dénonçant « Le Boiteux » et son complice aux agents, car, ayant agi ainsi, il les empêchait de partir à la recherche de Valérie pour lui rendre sa fille.

Pierrot ne songeait qu’à retrouver la fillette et à l’avoir de nouveau à ses côtés le plus vite possible.

 

( A SUIVRE LE 4 MAI )

 

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