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MOINEAUX SANS NID N° 128

10 Avril 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-128--.jpegMontpellier ne put réussir à retrouver Pierrot, n’imaginant certes pas qu’il avait été arrêté !

Après avoir longuement erré à travers les rues voisines de la porte de Pantin, il pensa que, certainement il avait du suivre Mireille chez la vieille receleuse, dont, hélas, il avait complètement oublié l’adresse.

L’impatience rongeait Robert Montpellier. Il se sentait très inquiet à l’idée que la sensible et tendre fillette se trouvait à la merci de l’ignoble mégère au coeur sec et aride.

Le jeune homme, qui avait toujours été tellement privé de l’affection des siens, avait ressenti, auprès de Valérie et des deux enfants, la chaleur et l’attrait du foyer dont il avait toujours rêvé.

De plus, constatant que le père de Valérie reconnaissait ses torts envers sa fille, il se disait qu’il n’était donc plus seul à croire à sa bonté et en son innocence, malgré les terribles charges qui pesaient si lourdement sur elle.

D’autre part, la dernière scène avec Bertil, l’embarras et la fuite de ce dernier, confirmaient ses suppositions.

< Dans quel but, se demandait-il, ce garçon accuse-t-il aussi odieusement son amie d’enfance ? Quelqu’un d’autre aurait-il intérêt de la perdre ... et pourquoi ? N’était-ce pas Alice qui m’avait présenté Bertil ?... Cette lettre doit certainement être un faux, même si l’écriture imiter à s’y méprendre celle de Valérie ! >

< Si cela était, Alice serait alors l’être le plus vil et le plus indigne que je connaisse !... Non, je ne puis admettre une chose pareille ! J’ai mal fait de laisser partir ce Bertil sans lui avoir arraché auparavant les noms de ceux qui l’ont poussé à agir de façon aussi ignoble ... Et comment savoir ou habite cette ignoble vieille ? Il se souvint soudain qu’on lui avait raconté que cette sorcière cupide et avare, louait des enfants à de faux mendiants.

< Peut-être la connaît-on dans ce milieu ! > Se dit-il.

Apercevant une vieille femme qui jouait un air de java sur son accordéon, il l’aborda en lui déposant un billet dans sa sébile.

— Merci, merci, Monsieur. Oh ! Vous êtes généreux, vous !

Le jeune peintre sourit :

— On est comme le Bon Dieu nous a faits, n’est-ce pas ? Mais, pour jouer ainsi dans la rue, vous êtes sans doute seule au monde ? S’informa-t-il avec sollicitude.

— Non, Monsieur, j’ai de la famille, soupira-t-elle en levant un regard douloureux vers le ciel, mais personne ne se soucie de moi, hélas !

— C’est triste de vivre comme vous le faites à votre âge ! La plaignit Robert.

— Si vous saviez tout ! S’exclama-t-elle ;

— On m’a raconté qu’il existe des quantités de faux pauvres. Sans doute font-ils du tort aux vrais, et ...

— Ne m’en parlez pas, interrompit-elle, c’est une honte !

— Est-il vrai aussi qu’il existe des gens qui louent des enfants pour apitoyer les passants en demandant l’aumône ? Demanda Robert après un bref silence.

— C’est tout à fait exact, affirma la joueuse d’accordéon.

— J’ai entendu parler d’une femme que l’on surnomme « l’Araigne » je crois.

— Vous voulez certainement parler de la mère Picquet. Elle est spécialiste de ce genre de choses.

— Mais comment se fait-il qu’elle n’ait pas été arrêtée ?

— C’est que, Monsieur, lorsqu’on a de l’argent et des relations ...

— Je comprends. Mais je ne puis croire qu’une telle femme soit fortunée.

— Je vous affirme qu’elle est très riche ! Fit son interlocutrice avec force.

— J’aimerais lui parler, hasarda le peintre. Connaissez-vous son adresse ?

— Seriez-vous de la police ? S’enquit-elle soudain inquiète.

— Nullement, la rassura Robert en souriant, mais cela m’intéresserait de me renseigner sur ce genre de commerce.

— A vrai dire, je ne sais pas où elle habite, grommela la vieille. Mais attendez quelques instants. Sûrement quelqu’un pouvant vous renseigner ne tardera pas à passer. Presque tous les mendiants du quartier connaissent son adresse.

Deux minutes plus tard elle interpellait un unijambiste qui poussait une petite voiture.

— Eh ! Jambi ! Cria la femme, sais-tu ou perche « l’Araigne » ?

— Pourquoi me demandes-tu ça ? Répondit l’homme, étonné.

— C’est pour ce Monsieur, expliqua la femme en désignant Robert.

— Pourquoi désirez-vous l’adresse de la mère Picquet ? Reprit Jambi en s’adressant à Montpellier.

— J’ai besoin de la voir pour lui parler de choses très importantes, expliqua le peintre.

— Elle habite tout près du canal de l’Ourcq, une sorte de vieille boutique, répondit le dénommé Jambi, juste à côté d’une fabrique de jouets. Vous trouverez très facilement ... Voulez-vous m’acheter un billet de loterie, Monsieur ?

Robert lui prit un carnet entier qu’il paya largement et glissa dans la poche de son imperméable, puis, saluant le mendiant ainsi que l’accordéoniste de la main, il s’éloigna rapidement, décidé à se rendre au plus vite chez « l’Araigne ».

Mais, quelques instants après, le ciel s’était assombri ; des éclairs zébrèrent, suivis de coups de tonnerre assourdissants et une pluie torrentielle s’abattit brusquement sur la ville. Alors le jeune peintre couru se réfugier dans un modeste café où il attendit la fin de l’orage.

Lorsque la pluie cessa, la nuit était tout à fait tombée. Tout d’abord, Robert pensa rentrer chez lui et n’aller voir la mère Picquet que le lendemain matin, mais le souvenir de Mireille l’obsédait et il lui fut insupportable de la savoir, si faible et sans défense, livrée aux exigences de cette horrible femme ; aussi se dirigea-t-il sans hésiter vers l’endroit qu’on venait de lui indiquer.

Il ne fut pas long à découvrir la boutique de la receleuse et son cœur se serra en s’engageant dans la rue sordide et déserte. Pas une âme ne s’y circulait ; tout y était silencieux, inquiétant ...

Robert Montpellier chercha un instant des yeux la demeure de la vieille et la reconnut tout de suite, grâce à la fabrique de jouets.

Il ne savait pas pourquoi, mais quelque chose l’empêchait de frapper à la porte. A travers les fenêtres poussiéreuses, il vit filtrer une faible lueur et se décida enfin à frapper, mais personne ne répondit ...

Il frappa de nouveau, un peu plus fort, et encore sans résultat. Il s’approcha d’une fenêtre, mais les vitres étaient tellement sales qu’il ne put rien distinguer à l’intérieur.

Il remarqua lors que l’un des carreaux de l’autre fenêtre était remplacé par un carton ; il l’arracha sans hésiter et vit une bougie à la flamme vacillante qui achevait de se consumer collée sur une petite table.

Robert attendit un instant, puis appela à voix basse :

— Mireille ! Mireille !

Toujours le plus complet silence.

Il lui sembla soudain distinguer un corps humain rampant sur le sol, au fond de cette pièce sordide.

En effet, la vieille receleuse se traînait comme un ver, tordant son corps péniblement, pieds et poings solidement attachés, tout le bas du visage caché sous un bâillon.

— Que se passe-t-il là-dedans ? Cria le jeune homme très inquiet.

Puis, cédant à l’élan généreux de son cœur, il enfonça la porte, ne pensant qu’à secourir la vieille femme et prêt à la bagarre s’il le fallait. Mais personne ne se montra et il commença tout d’abord par retirer le bâillon qui l’empêchait de respirer convenablement.

— Que vous est-il arrivé ? Qui vous a arrangée de la sorte ? Demanda-t-il.

— Mes mains ... mes mains ! Hurla la vieille.

La ficelle qui lui liait les poignets était si serrée qu’elle ne laissait plus circuler son sang. Robert Montpellier la libéra, puis coupa également les cordelettes enserrant ses chevilles.

Durant quelques minutes, la femme demeura comme hébétée, épuisée par les émotions subies et la douleur physique.

— Où est l’enfant ? Murmura Robert, angoissé.

La femme garda le silence, lui jetant un regard menaçant.

— Répondez-moi ! Reprit le peintre ; qu’est devenue Mireille ?

— Mon argent ! S’exclama la mégère d’une voix rauque et haineuse.

— On vous a cambriolée ?... Et la petite fille ? Questionna de nouveau Robert en l’aidant à se mieux caler sur une chaise boiteuse.

— Vous savez très bien où elle est ! Gronda « l’Araigne » d’un air furieux. Pour commencer, rendez-moi ce que vous m’avez pris !

— Qui ? Moi ? S’exclama Montpellier, stupéfait. Etes-vous folle ?

— Oui, vous ! Affirma la vieille avec force. Ce ne peut être que vous, vous et votre maîtresse qui voulez me reprendre cette enfant. Le vol n’a servi qu’à masquer la vérité !

— Ne dites pas de telles sottises et répondez-moi ! Répliqua robert ! Où est Mireille ?

— Que se passe-t-il donc ici ? Demanda-t-il sévèrement. J’ai trouvé la porte enfoncée.

— On m’a volée ! Hurla l’usurière, et on m’a enleva ma petite fille !

— Que vous a-t-on volé ? S’enquit l’agent en fronçant les sourcils ; et qui l’a fait ?

— Cet homme ? Déclara froidement la mère Picquet. Il ne peut en être autrement !

— Ne l’écoutez pas, protesta Robert. C’est moi qui ai enfoncé cette porte, oui, mais uniquement pour la secourir.

— Et que faites-vous dans cette rue à une heure pareille, Demanda encore l’agent.

— C’est une trop longue histoire à vous raconter, répondit Montpellier. Je venais ici pour parler à cette femme, je ...

— Bon, bon, vous expliquerez tout cela à qui de droit, interrompit l’agent. Et s’approchant de la porte, il lança un coup de sifflet strident qui déchira le silence de la nuit. Quelques instants après, deux agents cyclistes pénétraient dans la pièce.

( A SUIVRE LE 13 AVRIL )

 

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