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MOINEAUX SANS NID N° 121

20 Mars 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-121-.jpegLorsqu’il sus que Valérie était barman, Pierrot ne put retenir une grimace de dépit.

— Ce n’est pas du tout un métier pour vous, lui dit-il sur un ton d’affectueux reproche.

— Je le sais bien, mon chéri, répondit la jeune femme en soupirant, mais ceux qui, comme nous, sont dans la misère, n’ont pas le choix et prennent ce qui se présente. Je te promets cependant de faire autre chose dès que j’en aurai l’occasion.

— Et ce monsieur Carrel fréquente votre bar ?

— Oui ! Je l’ai connu aujourd’hui. Je crois que c’est un acteur qui se trouve actuellement sans engagement.

— Très bien, reprit le petit garçon après un bref instant de réflexion. Ce soir, je vous y accompagnerai.

— Pourquoi ! Lui demanda Valérie, étonnée.

— Mais pour le voir et lui demander s’il est réellement le père de Guy.

— Tu es trop mal mis, mon pauvre chéri. Sans doute t’interdira-t-on de pénétrer dans le café, objecta-t-elle timidement.

— J’y entrerai, déclara l’enfant avec force. Et si l’on m’en empêche, alors, j’attendrai ce monsieur dans la rue.

Valérie réfléchit, puis reprit :

— Il vaut mieux que ce soit moi qui lui parle.

— Peut-être, mais je tiens à assister à votre entretien, insista-t-il fermement.

La jeune femme ne put réussir à l’en dissuader et finit par consentir à ce qu’il désirait, se promettant de lui acheter le lendemain un costume neuf avec le peu d’argent dont elle pouvait disposer.

Peu de temps après, tous deux quittaient leur nouveau logis.

Lorsqu’ils arrivèrent au bar, l’acteur venait tout juste de s’installer à une table et attendait d’être servi. Valérie se dirigea vers lui, tandis que Pierrot s’asseyait à la table voisine et commandait un café.

— Veux-tu t’en aller d’ici ! S’écria une serveuse. Nous ne voulons pas de petits voyous de ton espèce dans cet établissement !

En entendant ces paroles, l’acteur intervint avec indignation :

— Je ne vous permets pas, Mademoiselle, de traiter cet enfant de la sorte !

— C’est que, protesta la femme, il est absolument interdit de recevoir des mineurs ici.

— Il n’y a rien d’interdit, coupa Carrel et j’en assume la responsabilité.

— Dans ce cas, Monsieur ... accepta la barman.

— Je vous remercie infiniment, Monsieur, dit Pierrot.

— Il n’y a vraiment pas de quoi, mon petit, répondit le brave homme. Je ne puis admettre que l’on méprise quelqu’un comme ça, à première vue, et moins encore un enfant.

— Il me semble vous connaître, Monsieur, poursuivit Pierrot. Ne seriez-vous pas monsieur Carrel ?

— En effet, mon garçon. Tu as dû me voir jouer au théâtre.

— Oui, monsieur, mentit l’enfant.

A cet instant, Valérie s’approcha de leur table.

— Monsieur Carrel, demanda-t-elle aimablement, pourriez-vous m’accorder quelques minutes d’entretien ?

— Avec le plus grand plaisir, Mademoiselle, répondit-il fort courtoisement. De quoi s’agit-il ?

— Ma question va certainement vous paraître très indiscrète, mais c’est tellement important pour moi de savoir ... Excusez-moi, je vous en prie !

— Parlez sans aucune crainte, invita l’homme avec un bon sourire.

— Cela vous ennuierait-il de me dire si vous êtes marié ?

— Hélas ! Oui, pour mon malheur ! Soupira l’acteur dont le visage s’assombrit brusquement. Mais, reprit-il très étonné, en quoi ceci peut-il vous intéresser ?

— Je vais vous le dire dans un instant, continua-t-elle. Avez-vous un fils d’une dizaine d’années qui s’appelle Guy ?

— C’est exact. Mon fils vient tout juste d’avoir douze ans ... Et maintenant dites-moi pourquoi ma vie privée vous intéresse tellement ?

— Votre femme se nomme-t-elle Anna ?

— Oui, fit-il, de plus en plus intriguer.

— Eh bien ! Sachez, Monsieur, que votre femme réclame pour votre fils la paternité d’un autre homme que vous !

Carrel sursauta à cette phrase et la fixa avec ahurissement.

— Comment ? S’exclama-t-il. Que me racontez-vous là ?

— La pure vérité, Monsieur, continua Valérie. Seriez-vous disposé à témoigner que Guy est bien votre fils légitime.

— Certainement, affirma l’acteur. Que signifie cette incroyable histoire ? Je sais ma femme capable de tout, mais nier que je suis le père de son fils !... Ca, alors !

— Il s’agit, Monsieur, de capter un héritage considérable expliqua Valérie. Vous comprenez ?

— Je commence à deviner, ronchonna Carrel ; cette intrigante et l’enfant me renient par intérêt. Quelle lâcheté et quelle tristesse ! Et vous désirez que je rétablisse la vérité, n’est-ce pas, Mademoiselle.

— Oui, Monsieur, répondit Valérie avec soulagement, car ils veulent substituer Guy au véritable héritier.

— Mais c’est ignoble ! Indigne !

— Ils sont très capables de vous offrir beaucoup pour ...

— Ils peuvent bien m’offrir le Pérou, Mademoiselle ! S’exclama Carrel, mais je ne vendrai pas mon fils pour tout l’or du monde. Je ne possède pour toute fortune, qu’un nom sans tache, mais c’est une chose qui n’a pas de prix !

— Une lueur d’espoir éclaira les beaux yeux de la jeune femme.

— Alors, murmura-t-elle, je peux donc compter sur vous, Monsieur ?

— Absolument ! Affirma-t-il en posant théâtralement une main sur son cœur tout en s’inclinant légèrement.

— Je vous fais tous mes compliments, Monsieur ! S’écria Pierrot.

— De quoi te mêles-tu, moucheron ? Fit Carrel en se tournant vers lui.

— C’est que je suis, précisément, le « volé » dans cette affaire.

— Tiens ! S’étonna l’acteur.

— Moi aussi, je tiens à garder mon père pour moi. De l’argent, on peut toujours en gagner, mais on ne possède qu’un seul père dans la vie !

— Très bien, petit ! Dommage que mon crétin de fils ne te ressemble pas !

— Oh ! Vous traitez votre fils de crétin !

— Je sais ce que je dis, car hélas ! Il ressemble à sa mère et il est incapable d’aimer quelqu’un ... Mais, reprit Carrel, en se tournant vers Valérie, expliquez-moi un peu cette histoire s’il vous plait, Mademoiselle.

— Excusez-moi, on me demande au comptoir, répondit Valérie. Ce petit garçon va s’en charger à ma place, et vous pouvez croire tout ce qu’il vous dira.

Pierrot, alors, raconta par le menu au brave homme tout ce qui c’était passé. Lorsqu’il eut achevé, Carrel s’exclama, stupéfait d’une telle machination !

— Tu peux compter sur moi, mon garçon ! Ma femme est une misérable et il y a des années qu’elle m’a quitté. Mon fils, lui aussi, m’est totalement étranger et me méprise parce que je ne suis pas riche et que je hais les gens intéressés et cupides. Ceci pourtant, ne veut pas dire que je ne l’aime pas. Dès demain, je me présenterai au domicile de ce peintre et j’obligerai Guy à me suivre, qu’il le veuille ou non. Quant à sa mère, elle aura à faire à moi, je te le garantie !

Après avoir soigneusement noté l’adresse de Robert Montpellier et prie rendez-vous avec Pierrot pour le lendemain matin à onze heures devant la porte du bar, il le quitta.

Pierrot sortit également, sans attendre Valérie qui devait y rester encore durant une grande partie de la nuit.

Tandis que le petit garçon avançait à pas pressés dans la rue, un homme pénétrait à l’intérieur du café ; c’était le marquis d’Evreux ...

A travers les vitres, il avait reconnu Valérie Labeille !

Elle est barman, se dit-il. Maintenant, je suis certain de savoir à quelle catégorie de femme elle appartient. Alice avait bien raison ! Je dois immédiatement cesser d’agir comme un imbécile !

Il franchit la porte de l’établissement avec décision, tout a fait convaincu que la jeune femme lui céderait par intérêt ...

 

( A SUIVRE LE 23 MARS )

 

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