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MOINEAUX SANS NID N° 116

5 Mars 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

CHAPITRE-116-.jpeg

Le doute crée tour à tour l’espoir et la crainte. Par moments, ils nous paraissent sans fondement et à d’autres, évidents, certains et précis.

Tel était actuellement l’état d’âme de robert Montpellier qui passait continuellement d’un extrême à l’autre ; tantôt il avait une foi totale en Valérie, et, quelques minutes plus tard, il la jugeait comme la plus indigne des femmes.

IlpensaitégalementlesmêmeschosesdAnselmedEvreux,carledernierentretienquilsavaienteuensemblelavaitlaissédansledoute ;toutcequeluiavaitexpliquélemarquispouvaitêtrevraietlogique.Deplus,sasœuretlui,étaientprêtsàcéderlamoitiédeleurpartàleurpetitcousinsansaucunediscussionetcefaitforçaitlejeunehommeàadmettreleurbonnefoietleurhonnêteté.

Il voulait maintenant demander à Anselme de signer un papier reconnaissant les droits de Guy et lui cédant une partie de ses biens, comme l’avait déjà fait Alice.

Le souvenir de Valérie le torturait. Il ne savait plus rien d’elle, n’ayant pu retrouver Mireille ni Pierrot, et ceci le désespérait. D’autre part, il ressentait quelque chose de très curieux ; le petit Guy lui devenait de plus en plus antipathique, sans qu’il lui fût possible de s’en expliquer la raison ; il devinait que cet enfant était hypocrite et menteur.

Robert méditait de la sorte dans son atelier, lorsqu’il le vit soudain apparaître sur le seuil de la porte de son atelier, le visage tuméfié.

— Que t’est-il arrivé Guy ? S’écria-t-il en allant vers le petit garçon.

— Rien, rien, répondit l’autre avec embarras.

— Tu t’es battu, ma parole !

Guy sentait qu’il avait commis une faute très grave en révélant le nom de son véritable père à son jeune adversaire.

— Eh bien ! Tu as été drôlement arrangé ! S’exclama Robert.

— L’autre aussi a eu son compte, affirma Guy.

— Pourquoi t’es-tu battu ?

— Parce qu’un petit voyou m’avait volé mon ballon.

— Essaie dorénavant de ne pas recommencer, recommanda Robert. Penses-tu au chagrin de ta mère lorsqu’elle te verra dans cet état ?

— Oh ! L’autre n’est pas mieux ! Répliqua l’enfant vexé.

A l’intonation de sa voix, le peintre devina qu’il fanfaronnait.

— Peu importe ! Fait-il. Mais que cela ne se renouvelle plus. Lorsque tu seras au collège, cette occasion ne se présentera que trop souvent, et la bagarre n’est pas une habitude à prendre !

Instinctivement, il sentait la dissimulation de ce petit et regrettait d’avoir accepté sa tutelle, comprenant qu’il ne pourrait jamais s’entendre avec lui.

— Ne me caches-tu pas quelque chose, Guy ? Demanda-t-il brusquement à son inquiétant pupille.

— Moi ? Protesta vivement l’autre, inquiet. Oh ! Non !

— Je ne sais pourquoi, insista Robert, mais j’ai l’impression que tu ne dis pas toujours la vérité. Tu m’avais pourtant semblé différent quand tu étais malade ; tu agis à présent comme si quelqu’un te dictait la conduite à suivre vis-à-vis de moi.

— Maman m’a simplement recommandé de vous obéir et de vous aimer, affirma le petit.

— Et ta cousine Alice ?

— Elle aussi m’a fait les mêmes recommandations ; elle est tellement bonne et gentille.

— C’est tout ?

— Oui.

— Bon. Va jouer ailleurs, veux-tu ? J’ai besoin de rester seul pour travailler.

L’enfant s’empressa d’obéir.

— Décidément, murmura le jeune homme, ce petit ne ressemble en rien à son père, pas plus qu’à sa mère.

Puis prenant la photo de Julien Delorme, il l’examina avec attention.

« Jenesaisquimerappellesonvisage,sedit-ilperplexe.Jesuiscertainquilsagitdequelquunquejaidéjàrencontré,maisjenesaisetquand ...MonDieu !Quemarrive-t-ildonc ?Jailasensationdêtreentouré demensonges,demedébattredansunesortedevéritabletoiledaraignée ...etque,seule,Valérieestsincèreetloyale ! »

« Pourtant,toutettouslaccusent,etlesautresmontdonnélapreuvedeleurdroiture.Pourquoicontinueràdouterdeuxetnepouvoirleuraccordermaconfiance ? »

Il soupira, essayant de se soustraire à l’angoisse qui l’envahissait, puis recommença à monologuer intérieurement :

« Non,jamaisjenepourraiaimerAlice,alorsquelleatoutpourmerendreheureux,tandisquecebonheurestimpossibleavecValérie.Na-t-ellepasappartenuàunautre,unmisérablevoleur,uncriminel ! »

« Quai-jedoncàlaimerainsi ?Anepenserquàelle ?Ilfautabsolumentquejeloublie ...Quejoublietoutpourmeconsacreruniquementàmonart. »

Un instant plus tard, il reprenait ses pinceaux et travaillait à la toile commencée en vue d’un prochain salon. Au bout d’une heure, il sonna pour demander une tasse de café.

Il finissait tout juste de le déguster et allumait une cigarette lorsqu’il entendit sonner avec insistance à la porte d’entrée.

— Monsieur, vint lui annoncer la femme de chambre, il y a un petit garçon très pauvrement mis, qui demande à vous parler.

— C’est sans doute un jeune modèle, répondit Robert, faites entrer, Hélène.

Lorsqu’il vit Pierrot sur le seuil de la porte, Robert ne put retenir une exclamation de plaisir.

— Toi, Pierrot ! S’écria-t-il. Je suis content de te voir.

L’enfant s’avança, légèrement embarrassé, son béret à la main.

— Bonsoir, Monsieur, murmura-t-il.

— Bonsoir, petit. Peux-tu me dire où est mademoiselle Labeille ? Lui demanda le jeune homme en allant vers lui. Sans doute, c’est elle qui t’envoie ?

— Pas du tout, répondit Pierrot, je ne viens de la part de personne ;

— Mais tu as certainement de ses nouvelles ? Insista Montpellier.

— Vous désirez donc en avoir à présent ? Questionna l’enfant avec ironie.

— Réponds à ma question, je te prie ; je n’ai que faire de tes commentaires.

— Evidemment, j’ai de ses nouvelles, reprit le gamin très froidement, mais c’est elle qui ne veut plus entendre parler de vous. Dans ces conditions, ne pensez surtout pas qu’elle ait pu me charger de venir vous trouver !

— Alors, pourquoi es-tu ici ? S’informa Robert plus déconcerté.

— Parce que j’ai à vous parler de choses très sérieuses, déclara Pierrot sans hésiter.

— Fais vite, et après tu me conduiras auprès de mademoiselle Valérie.

— C’est selon ... Murmura l’enfant ...

— Pourquoi dis-tu cela ? Protesta le peintre de plus en plus stupéfait.

— Il se pourrait très bien, après ce que je vous aurai dit, que vous me chassiez de chez vous en vitesse !

Montpellier le fixa attentivement et reprit :

— Explique-toi plus clairement, veux-tu ?

Le jeune garçon sembla concentrer sa pensée puis déclara résolument :

— Eh bien ! Je viens vous apprendre, Monsieur, que vous avez été honteusement trompé !

La plus vive stupéfaction se marqua sur le visage de l’artiste.

— Et qui donc, d’après toi, n’aurait trompé ?

— Le petit garçon que vous avez recueilli chez vous, monsieur, expliqua tranquillement Pierrot ; enfin, lui et sa famille.

— Qu’en sais-tu ? Questionna Robert.

— Je le sais fort bien, parce que c’est moi, et moi seul qui suis le véritable fils de Julien Delorme.

  — Voilà que tu recommences ! Reprocha Montpellier avec indignation.

— Certainement ! Affirma Pierrot sans s’émouvoir. Et je vous affirme que vous avez été trompé ! Ce petit garçon à un père qui s’appelle Félix Carrel.

— Mais qui t’a raconté cette histoire ? Demanda Robert au comble de l’ahurissement.

— Lui-même.

— Le père ?

— Non, Monsieur, le fils. Je vais tout vous expliquer ; ce matin, je me promenais dans le parc de Pantin avec Mireille, lorsque nous avons aperçu un groupe d’enfants qui jouaient au ballon. J’ai tout de suite reconnu ce grand imbécile et comme je sais qu’il n’est que de la mauvaise graine, j’ai eu envie de lui administrer une petite correction.

— Ainsi, c’est avec toi que Guy s’est battu ? S’exclama le peintre.

— Oui, Monsieur, répondit très franchement Pierrot.

— Pourquoi as-tu fait cela ?

— Tout d’abord parce que je ne peux pas le sentir et, ensuite, pour le forcer à reconnaître qu’il n’est pas le fils de Julien Delorme. Je lui ai alors flanqué quelques gifles qu’il n’est sûrement pas prêt d’oublier ! Vous ne pouvez savoir à quel point il est lâche ! Il n’ose même pas se défendre !... Il hurlait comme un putois lorsque je lui ai sauté dessus, et je l’ai maintenu par terre tant qu’il ne m’a pas dit le nom de son véritable père.

Etilteladévoilé ?DemandaRobertenlefixantanxieusement.

— Oui Monsieur, il m’a dit que son papa s’appelle Félix Carrel, répondit Pierrot avec animation, et c’est pour cette raison que je suis venu vous prévenir que vous étiez ignoblement trompé.

Le jeune homme le considéra avec la plus grande attention ; le visage de cet enfant si ouvert, si loyal, était autrement plus attirant que celui de son pupille, et sa voix ne possédait pas les intonations mielleuses et pleurnichardes de l’autre.

Comme Robert continuait à le fixer silencieusement, notre jeune ami, quelque peu intimidé, s’exclama pourtant :

— Cessez donc de me regarder ainsi, Monsieur ! Et sachez que je ne dis jamais de mensonges ! Ce petit que vous hébergez est un imposteur et le véritable fils de votre ami, Julien Delorme, c’est moi ! Moi qui suis en ce moment devant vous. Le marquis, son frère et sa sœur, tous vous ont menti !

Le peintre hocha la tête.

— Non Pierrot, le marquis a uniquement cherché à te protéger, te faire du bien.

— Ca c’est ce qu’il raconte, mais il faut être stupide pour l’admettre ! Protesta énergiquement le petit homme.

— Peut-être aussi m’ont-il pas du tout dis ce que tu as prétendu entendre, poursuivit Robert.

— Ecoutez-moi, Monsieur, je vous en prie ! S’écria l’enfant qui commençait visiblement à s’énerver. Je ne suis pas fou et j’ai très nettement entendu ce que ces deux misérables se confiaient ... En plus, j’ai des témoins !

— Des témoins ?

— Oui, et ils se feront connaître lorsque le moment sera venu poursuivit Pierrot avec assurance. Je tiens à ce que personne ne puisse contester mon vrai nom. J’ai déjà été assez malheureux de n’avoir retrouvé mon père qu’après sa mort, avec l’unique et suprême consolation d’avoir seulement suivi son corbillard !

— Eh bien ! Mon enfant, ne parlons plus de tout cela, décida Montpellier. Je vais réfléchir et tâcher de voir ce qu’il y a de vrai dans toute cette histoire.

— Si vous cherchez à vous renseigner auprès de votre Guy, vous ne serez pas plus avancé, dit Pierrot, l’air déçu, car il vous jurera que c’est un mensonge, et ...

— Je sais comment agir, interrompit Robert. Ne t’aurait-il pas par hasard donné également l’adresse de son père ?

— Hélas ! Non, parce que, justement un gardien du parc est arrivé au bon moment et nous a séparés, répondit son jeune interlocuteur. Je n’ai pu apprendre que le nom de Carrel.

— Cela suffira, si ce nom est exact, déclara Robert. (Puis il ajouta) : Et maintenant, conduis-moi chez mademoiselle Valérie ;

Pierrot haussa les épaules et le dévisagea en fronçant les sourcils, tout en marmonnant avec un accent de léger reproche dans la voix :

— Laissez-là donc tranquille, la pauvre ! Elle a tellement pleuré par votre faute.

Robert laissa échapper un profond soupir.

Robert Montpellier reprit :

— J’ai beaucoup souffert moi aussi à cause d’elle Pierrot et il faut que tu me mènes là où elle est, car j’ai à lui parler et peut-être même à lui demander pardon d’avoir douté d’elle.

— Vous ne pourrez pas la voir maintenant, parce qu’elle travaille, expliqua l’enfant.

Ces paroles surprissent Robert qui fixa de nouveau le petit garçon et lui demanda avec une impatience teintée d’inquiétude.

— Elle travaille ? Et où ?

L’enfant élargit les bras avec éloquence ;

— Où, je n’en sais rien. Elle nous a simplement dit qu’elle avait trouvé un emploi, mais ne nous a pas donné de détails.

Le désappointement assombrit le visage de l’artiste.

— Je ne te crois pas, murmura-t-il, et suis certain que, sachant ton intention de venir chez moi, elle t’a défendu de me dire où il me serait possible de la rencontrer. N’ai-je pas deviné juste ?

Pierrot nia énergiquement de la tête.

— Je vous ai déjà dit que je ne mentais jamais ! S’écria-t-il d’une voix vibrante.

— Ne te fâche pas, je te crois, fit Robert, de plus en plus sombre, mais voulut apaiser son jeune visiteur.

L’enfant cru avoir témoigné trop de violence et, après un bref silence, il poursuivit plus doucement.

— Si vous tenez tant que ça à la voir, nous habitons, 44, rue Mignote, au sixième, la porte de droite.

Robert se leva brusquement, en proie à la plus vive agitation.

— Allons-y tout de suite ! S’exclama-t-il.

— Mais elle ne s’y trouve pas en ce moment, objecta le petit garçon, essayant de le raisonner.

— Ca n’a pas d’importance, répliqua le jeune peintre, allons-y quand même.

Comprenant qu’il n’arriverait pas à le convaincre, Pierrot murmura :

— Comme vous voulez, mais vous êtes prévenu et ne vous fâchez pas si vous ne la trouvez pas à la maison. Partons, puisque vous le désirez.

Robert n’avait même pas entendu ce qu’il lui disait, il avait endossé son imperméable, puis rejoignit Pierrot, le prit par le bras et l’entraîna vers la porte.

— Vite ! S’écria-t-il, ne perdons plus une minute !

Un instant plus tard, le gamin pénétrait dans le garage d’où il ressortait presque aussitôt, installé dans la belle voiture de l’artiste.

 

( A SUIVRE LE 8 MARS )

 

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