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MOINEAUX SANS NID N° 113

25 Février 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

CHAPITRE 113

Pierrot semblait ne plus posséder la même énergie par le passé pour la vente de ses journaux. Son corps était encore tout endolori, et ses chevilles, ses poignets surtout, le faisaient toujours souffrir. Aussi son travail n’était-il guère fructueux et sa pensée toujours occupée par ses problèmes.

L’apparition de Guy, le petit garçon qu’Alice d’Evreux faisait passer pour le fils légitime de Julien Delorme l’avait vivement frappé. Cependant, le généreux enfant ne songeait pas qu’a lui et il se tourmentait beaucoup pour son inséparable et chère Mireille.

Il croyait fermement se trouver sur la piste de sa mère, depuis ce que lui avait révélé la pauvre femme rencontrée dans la grange de la fameuse auberge, car, si la vieille mendiante qui avait « procuré » la fillette était « l’Araigne », il ne pouvait s’agit que de Mireille.

Comment réussir à faire parler l’horrible mégère ?

Pierrot devait obtenir l’aveu de deux personnes qui possédaient le secret de leurs naissances, à lui et à la fillette ; le marquis d’Evreux, un redoutable bandit, et la mère Picquet, une diabolique truande !

« Commentlesfaireavouer ?Sedisait-il.Cesontdegrandespersonnes ...Jaitoutjustedixans.Ilssontrichesetjegagnepéniblementdequoinepasmourirdefaim ...Maisunjourviendrapourmoijeserairiche.JaidroitàcethéritageetMireilleégalementseraunevraiepetiteprincesse. »

« Jemesuismisçadansmacabocheetçaseréalisera !Lorsquejauraismonargent,jiraivoir« lAraigne »etjeluidirai :« Queveux-tupourmedirelenomdelamèredeMireille ? »

« Pourdelargentcetteaffreusemégèredévoileratout ...EtsicettefemmeétaitmademoiselleValérie ?MonDieu !Quellesseraientheureusetouteslesdeux ! »

De temps à autre, il interrompait ses réflexions pour crier le titre de ses journaux, lorsque, soudain, il vit Mireille qui venait vers lui en pleurant.

— Pourquoi pleures-tu ? Demanda-t-il inquiet.

— On a refusé de me confier des billets de loterie pour les vendre, expliqua la fillette ;

— Et pourquoi ? Tu ne leur dois rien, je pense ?

— Non, mais le vendeur m’a dit : « Je regrette, petite, on nous a défendu de céder des billets à des enfants âgés de moins de quinze ans. Rentre donc tout de suite chez toi et ne sors plus seule dans la rue, car les agents t’emmèneraient »

— Je n’ai pas de maison, lui ai-je répondu.

— Alors, m’a-t-il dit, les agents ne tarderont pas à te prendre.

— Voilà Pierrot ; je n’ai pas un sou et ne pourrai plus en gagner ! Et toi ?

— Je n’ai pas bien vendu, moi non plus, avoua-t-il.

L’homme avait dis vrai à Mireille ; depuis quelques jours les autorités avaient décidé d’agir avec sévérité pour protéger l’enfance et la police avait reçu l’ordre de recueillir les enfants errant seuls afin d’examiner ensuite leur cas avec soin.

— Qu’allons-nous faire maintenant ? Demanda Mireille désolée.

— Je vais continuer à vendre mes journaux, et toi, tu te reposeras. Je n’en suis nullement effrayé, tu sais !

— C’est que nous sommes trois à présent, Pierrot, lui fait-elle observer. Il nous faut penser aussi à notre grande amie qui est sans travail pour le moment et qui n’a pas l’habitude, comme nous, de coucher à la belle étoile ;

— Diable ! C’est vrai ! Reconnut l’enfant, ennuyé.

A cette heure les journaux se vendaient mal. Il fallait attendre ceux du soir et le petit garçon ne possédait plus que trois cent francs qui lui permettaient tout juste d’acheter un peu de nourriture.

A Pierrot et Mireille le problème de l’existence quotidienne s’imposait cruellement ; qui plus est, ils n’avaient fixé aucun rendez-vous à Valérie et ignoraient où la joindre.

ElleviendrasûrementnouschercheraumétrodelaPortedePantin,ditlafillette.Netetourmentepastroppourelle ;jesaisquilluiresteencoreunpeudargent.

Ils avalèrent un café crème et du gros pain, puis s’engagèrent dans les allées d’un jardin public. Pierrot, toujours plongé dans ses pensées, et Mireille ne distrayant à regarder un groupe d’enfants qui s’amusaient avec de beaux jouets.

Soudain, Pierrot s’arrêta brusquement, fixant ce groupe.

— Mon Dieu ! S’écria-t-il.

— Qu’as-tu ? Demanda le petite fille, alarmée.

— Ce garçon là-bas, n’est-ce pas le petit que nous avions vu chez ton fameux peintre ? Demanda Pierrot.

— Mais oui c’est lui ! Je le reconnais, répondit Mireille après avoir regardé dans la direction indiquée.

— Eh bien ! Tu vas voir ce qui va se passer ;

Illapritparlamainetallasasseoiravecellesurunbantoutprochedugroupedenfantsquicontinuaientàjouer.Lepetit§Guylançaitunegrosseballebigarréeàsescompagnons.IlnavaitpasremarquéPierrot.

A un moment donné, la balle roula jusque sous le banc sur lequel étaient installés les deux orphelins. Pierrot se baissa vivement, la saisit et la tint solidement contre sa poitrine.

— Dis donc, toi ! Lui cria l’un des enfants, rends-nous la balle ! Elle ne t’appartient pas !

— Je la rendrai à celui qui sera capable de me rattraper ! Répliqua Pierrot en riant.

Ce disant, il se mit à courir, devançant tous les joueurs. Comme Guy était le plus âgé, ce fut lui qui se rapprocha le plus vite de Pierrot. S’en apercevant, notre ami augmenta sa vitesse, l’entraînant dans une allée éloignée et déserte, puis il s’y arrêta et se retourna vers son poursuivant. Tous deux à présent, étaient hors de vue de tout le reste de la petite bande ;

— Maintenant, donne-moi ma belle ! S’écria Guy en le rejoignant.

— Non ! Ricana Pierrot, moqueur.

— Tu as pourtant dit que tu la remettrais à celui qui te rattraperait et je l’ai fait. Si tu refuses de me la donner, j’ameute les gens !

— Tiens, la voilà ! Fit pierrot en la lui tendant. Je ne prends, moi que ce qui m’appartient. Et ne t’en vas pas tout de suite ; j’ai deux mots à te dire.

Etquoidonc ?Sétonnalautre.

— Tu es une petite canaille ! Et voici pour t’apprendre à voler le bien d’autrui, acheva-t-il en lui envoyant deux gifles retentissantes.

— Oh ! Gémit Guy, en portant les deux mains à son visage. Qu’est-ce que je t’ai fait ? Pourquoi me frappes-tu ?

— Je ne t’ai administré que le centième de ce que tu mérites !

Guy était peureux et lâche ; il essaya de s’enfuir, mais Pierrot se jeta sur lui et ils roulèrent ensemble sur le gravier.

— Tu vas tout de suite tout comprendre, petit voyou ! Dis-moi d’abord qui sont tes parents.

— Ca ne te regarde pas ! Laisse-moi ! Cria l’autre éperdu.

— Tu vas répondre ! Menaça Pierrot, le point levé. Je veux la vérité !

Il le tenait immobilisé entre ses jambes et comme Guy ne répondait pas, il perdit patience et le gifla de nouveau.

Fou de terreur, Guy hurlait et sanglotait.

— Vas-tu parler, canaille ? disait Pierrot. Dis-moi le nom de ton père !

— Il est mort ! Cesse de me battre ! Gémit l’autre ;

— Comment s’appelle-t-il ?

— Julien Delorme.

— Tu mens ! Tu mens ! Cria Pierrot. Je veux le nom de ton vrai père ou bien je te donne une vraie raclée.

Malgré sa nature foncièrement bonne, Pierrot était sur le point de traduire par des coups la rage impuissante accumulée depuis si longtemps contre celui qui lui volait la paternité de Julien Delorme.

— Mon père s’appelle Félix Carrel, haleta Guy.

— Et ta mère ?

— Anna.

L’entretien fut interrompu pour l’arrivée soudaine d’un gardien qui, saisissant Pierrot par le bras, le releva, délivrant ainsi le faux neveu des d’Evreux.

— Petit vaurien ! Gronda l’homme en s’adressant à Pierrot. Pourquoi l’empêchais-tu de se relever ?

— Oh ! Vous savez bien ce que c’est, Monsieur ; on s’est un peu bagarrés ! Répliqua Pierrot qui ne tenait nullement à dévoiler les motifs de leur discussion.

Cenestpasvrai !Hurlalautre.Ilmaprisentraîtrequandjeluiaidemandédemerendremonballon.

Guy, lui non plus, ne tenait pas à révéler la cause de la dispute. Il réalisait sa lâcheté et ne se doutait pas de la raclée que lui administrerait sa mère si elle apprenait son aveu.

— Je gardais son ballon par plaisanterie, expliqua Pierrot, mais il m’a traité de voleur, et ...

— C’est lui qui ...

Tous les deux parlaient en même temps, si bien qu’il était impossible au gardien de comprendre leurs explications. Il repoussa Pierrot et emmena Guy à la fontaine, afin qu’il se nettoie les mains et les genoux.

Pierrot ne demanda pas son reste. Prenant ses jambes à son cou, il rejoignit sa petite compagne.

— Où étais-tu donc ? S’informa la fillette.

— Je me suis un peu expliqué avec ce vilain petit singe et, grâce à quelques bonnes gifles, j’ai pu obtenir un résultat inespéré.

— Ah ! Fit Mireille qui ne comprenait pas.

— Figure-toi qu’il m’a avoué que son père s’appelle Félix Carrel !

— Alors, c’est bien un menteur, et monsieur Robert a été trompé !

— C’est certain !

— Allons vite le lui dire, proposa Mireille, après une seconde de réflexion.

— Tu as raison, allons-y tout de suite, approuva Pierrot.

Mais elle le retint par une manche, brusquement perplexe.

— Ne vaudrait-il pas mieux raconter tout cela à mademoiselle Valérie avant

— Tu as encore raison, admit-il, mais comment nous y prendre, puisque nous ne nous sommes pas fixé rendez-vous et que nous ne savons pas où la toucher ?

— Je suis sûre qu’elle ne tardera pas à venir nous chercher, répondit la petite fille avec assurance.

Pierrot maintenant, se sentait parfaitement heureux, car il possédait la certitude d’être le fils de celui dont il avait suivi le cortège funèbre avec tant de recueillement. Il ne voulait pourtant au gardien, qui, par son intervention, l’avait empêché d’en savoir davantage.

Les deux amis s’éloignèrent hâtivement du square, se dirigeant rapidement vers leur quartier général, pressés d’annoncer ces dernières et si importantes nouvelles à leur grande amie.

Pierrot avait la certitude d’obtenir le témoignage de Juliette, et il connaissait le nom véritable de l’enfant par lequel on essayait de lui voler son patrimoine ...

 

( A SUIVRE LE 2 FEVRIER )

 

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