Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

MOINEAUX SANS NID N° 108

10 Février 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

CHAPITRE-MOINEAUX-SANS-NUD---copie-3.jpeg

Lenquêtemenée surla mortde Jacquesavait étéplutôt favorableau marquis ;les experts,après lautopsiedu cadavre,conclurent quele décèsnavaitpas étéprovoqué parla blessure,mais parle refroidissementconsécutif àlimprudencedu malheureuxgarçon.

On comprenait le geste de colère du marquis, exaspéré par une rivalité amoureuse, et toute la faute était rejetée par Valérie Labeille, qui, par sa diabolique provocation, avait semé la discorde entre les deux frères.

Le juge d’instruction accordait dont plus de crédit aux dépositions d’Anselme qu’aux dernières révélations de la pauvre femme. Le marquis ajouta que, durant leur dispute, ils avaient renversé un lourd chandelier d’argent que son frère, en tombant, avait fortement heurté de la tête ...

Dans ces conditions, quelle valeur pouvait-on accorder aux paroles d’une femme aussi compromise que l’était Valérie.

Ce fut Alice elle-même qui ouvrit à Robert lorsqu’il sonna chez le marquis, car elle n’avait pas encore trouvé le temps de remplacer les domestiques.

— Oui, c’est moi, répondit le jeune homme, visiblement préoccupé. J’ai à te parler de choses très graves.

— Montons donc chez moi pour éviter de voir Anselme, proposa-t-elle avec empressement.

— Si les explications que je vais te demander ne me suffisent pas, je serai pourtant forcé de parler à ton frère, déclara Robert.

Lajeunefillelefitentrerdansunravissantboudoirdirectoiretapissédunverttrèstendre,et,aprèslavoirinvitéàsasseoir,luioffritunecigaretteetdemande,légèrementinquiète :

— De quoi s’agit-il, Robert ?

— Je viens d’apprendre certaines choses qui me troublent beaucoup, Alice.

Devant la présence inattendue de Robert Montpellier, l’inquiétude d’Alice ne fit qu’augmenter.

— Que veux-tu dire.

— Je veux parler de la conduite de tes frères, répondit-il franchement.

— Je t’ai déjà dit que ...

— Il ne s’agit pas seulement du vol du testament, interrompit-il brusquement.

— Alors, je ne comprends pas !

— Je tiens à savoir pourquoi tes frères se sont tant occupés d’un petit garçon appelé Pierrot ? Demanda-t-il sèchement.

— Que vient donc faire ce ...

— Je sais, coupa Robert, et d’une façon certaine, qu’ils l’ont séquestré dans leur pavillon de chasse.

Alice dut faire appel à tout son sang-froid pour cacher son trouble.

— Qui t’a conté de telles sornettes ? Protesta-t-elle, simulant une ironie qui lui était bien difficile de montrer.

— C’est sans aucune importance, répliqua froidement Montpellier. Je le sais, et cela suffit.

— Dans ce cas, tu en sais beaucoup plus long que moi !

— Alors, je te prie de prévenir ton frère que je désire le voir !

Alice hésita imperceptiblement, puis objecta :

— Je crains, Robert, qu’il refuse de te recevoir. C’est assez naturel après ta conduite envers lui.

— Je le verrai, tu entends ? Cria avec colère le jeune artiste. J’en ai assez de te passer tous tes caprices !

— Mais, Robert, je ne vois pas ...

— Tes frères ont enfermé ce petit ; l’ont gardé prisonnier ; ils ont ...

— Et après ? Interrompit-elle.

— Cet enfant a surpris un entretien entre Anselme et Jacques, au cours duquel ils disaient qu’il était le fils de ton oncle et qu’ils le gardaient là-bas, afin que ce pauvre Julien ne puisse le découvrir ... Pour quelle raison ont-ils agi de la sorte ,

— Je ... je ne sais pas, bredouilla-t-elle, et c’est stupide ...

— Stupide ou pas, cela a été. Je suis sûr de ce que j’avance, et j’exige une explication.

— Pourquoi ? Que t’importe cet enfant ? Répliqua-t-elle brusquement agressive. N’as-tu pas déjà retrouvé le fils de l’oncle Julien ?

— Où ... Oui, admit Robert un peu déconcerté par la question.

— Doutes-tu donc maintenant que Guy ne soit pas l’enfant de ton ami ?

— Je ne dis pas, mais je sens un mystère insondable qui me tourmente et que je tiens absolument à éclaircir. Je veux parler à ton frère à ce sujet, Alice ; il le faut pour le bien de tous !

— Je te répète qu’il refusera sûrement de te recevoir !

— Demande-le lui tout de m^me, et s’il refuse, tu lui diras qu’il s’agit du testament.

— Ainsi, tu es toujours décidé à le montrer ? Demanda-t-elle avec angoisse.

— C’est mon devoir. Cependant, je tiens auparavant à parler à ton frère.

— Je vais aller tout de suite le prévenir. Attends-moi une minute ici.

— Très bien. Et je te demanderai de nous laisser seuls pour cette explication.

— Comment ? Tu n’as donc plus confiance en moi ? Je te suis devenue totalement indifférente ?

— Si cela était, j’aurais agi autrement depuis très longtemps, répondit-il froidement.

La jeune fille le quitta pour revenir quelques secondes après.

— Anselme t’attend dans la bibliothèque, l’informa-t-elle. Je vais t’y conduire, mais je te supplie de ne pas te montrer trop dur avec lui, il est tellement abattu !

Il la suivit silencieusement.

— Entre, dit Alice en ouvrant la porte. Je te verrai un peu plus tard.

Le marquis debout, le dos appuyé à la cheminée, l’invita à s’asseoir tandis que Robert lui adressait un imperceptible signe de tête sans lui tendre la main.

— Asseyez-vous, Monsieur, je vous prie, dit froidement Anselme.

— Non, merci, refusa Montpellier.

— En quoi puis-je vous être utile, Monsieur ?

— Eh bien, répondit le peintre. Je viens ici pour connaître la vérité sur votre conduite.

— Je vous préviens que, s’il est question d’un certain testament, je ne suis au courant de rien ...

— Naturellement, vous allez accuser votre frère puisqu’il ne peut plus se défendre ! Remarqua Robert ironiquement.

— Monsieur !... Protesta Anselme avec hauteur.

— Monsieur !... Répéta Montpellier avec défi.

— Si vous venez chez moi pour m’offenser, je ...

— Je n’ai pas le choix, interrompit le jeune artiste. Il vous est interdit de sortir de chez vous, et moi, j’ai absolument besoin de vous parler.

— Dans ce cas, parlez, mais avec la correction d’usage entre gens du monde, répliqua le marquis, très énervé.

— C’est à discuter, remarqua Robert. Je ne pense pas devoir grand respect à un homme qui a dérobé un testament pour profiter du précédent !

— Si vous continuez à m’insulter ...

— Je viens vous demander pour quel motif vous avez enlevé et séquestré un pauvre enfant appelé Pierrot ! Poursuivit sèchement Robert.

— C’est un comble ! S’exclama le marquis. Vous osez venir me reprocher ma charité pour autrui ?

— Vous appelez « charité » enlever un enfant et le transporter dans un coin écarté et vous l’avez gardé prisonnier ? S’écria le peintre furieux. Pourquoi avez-vous agi ainsi avec ce petit garçon ? Je veux absolument connaître la signification de votre conduite à son égard.

— Je ne vois pas du tout en quoi ceci peut vous toucher, maugréa le marquis, de plus en plus agacé.

— Parce qu’il est fort possible que ce petit Pierrot soit le fils de votre oncle. Et celui qui a cherché à faire disparaître le dernier testament, peut également avoir cherché à faire la même chose vis-à-vis de son héritier.

— Mais n’avez-vous pas déjà retrouvé son fils ? Objecta le marquis avec un sang-froid inimaginable.

Robert haussa les épaules, déconcerté.

— Je le pense, répondit-il, mais je commence aussi à en douter. Je vous somme donc, Monsieur, de m’expliquer la raison de l’enlèvement et de la séquestration de ce petit.

Un sourire goguenard flotta sur les lèvres minces et méchantes d’Anselme.

— C’est tellement simple, répondit-il ; ce gamin m’a intéressé dès que je l’ai vu, tout d’abord à cause de son indiscutable personnalité et, ensuite, de sa vie si dure. J’ai voulu l’aider, le protéger et me suis même proposé à l’élever.

— C’est pour cela que vous l’avez conduit dans votre pavillon de chasse ? L’interrompit Robert incrédule.

— Je dois reconnaître que, voyant à quel point il aimait son indépendance et sa vie hasardeuse, et, d’autre part, n’ignorant pas le danger qu’elle comporte pour un enfant de cet âge, j’ai pensé l’habituer à une certaine discipline.

Robert le dévisagea un instant, puis s’exclama :

— Franchement, Monsieur, je ne vous crois pas ! De plus, ce petit a surpris un entretien que vous avez eu avec votre frère, entretien au cours duquel vous reconnaissiez très clairement que Julien Delorme le cherchait.

Anselme eut un geste de violente protestation.

— C’est un odieux mensonge ! Rugit-il d’une voix tonnante. Jamais nous n’avons pu raconter de telles sornettes !... Rien que je me souvienne, à présent, avoir dit à Jacques que l’enfant de notre oncle pouvait lui aussi, se trouver placé dans d’aussi navrantes conditions que ce misérable gamin des rues.

— Vous possédez une âme charitable à ce que je vois, ironisa Robert.

— Ne cherchez pas à ridiculiser mes sentiments, Monsieur, reprocha le marquis, continuant à jouer admirablement son jeu. Je vous affirme vous avoir dit la vérité. Quant à ce qui concerne le testament, essayez seulement de réfléchir ; mon frère et moi avons cru qu’il s’agissait d’un caprice de la part de notre oncle. Jamais sans doute, cet enfant ne serait retrouvé et cette histoire retarderait considérablement notre entrée en possession de l’héritable. Je dois vous avouer que nous étions tous deux fort gênés et poursuivis par des créanciers très exigeants ... Nous ne pouvions donc nous résoudre à attendre encore de longues années ... Alors tout à fait à mon issu, Jacques a dérobé ce testament, mais sans dans l’intention de spolier notre jeune cousin s’il était retrouvé par la suite, car ...

— Et pour quelle raison alors ? Interrompit froidement Robert.

— Je viens de vous le dire, Monsieur, fit le marquis avec le plus grand calme ; pour toucher plus vite cette succession. Vous en avez la preuve, puisque nous n’avons pas détruit le document, comme il est été logique de le faire avec des intentions coupables, Jacques l’a caché, oui, mais pour le montrer un jour si notre petit cousin était retrouvé.

Cette fois, Robert se sentit perplexe. Pourtant, il reprit après un bref instant de réflexion :

— Dans ce cas, on n’enterre pas un papier aussi important !

— Nous l’avons fait parce que nous n’avions aucune confiance en nos domestiques, expliqua aussitôt Anselme. Si l’un d’eux l’avait découvert, il azurait pu nous attirer de très grave ennuis. Voici l’explication de notre conduite. Il me reste à vous dire que vous pouvez user comme bois vous semblera du testament que cette femme nous a dérobé, car Jacques et moi, sachant que vous aviez retrouvé le fils de Julien Delorme, nous préparions à imiter le geste d’Alice, notre sœur ... Vous vous être lourdement trompé en nous jugeant si vite et si sévèrement, Monsieur.

— Ainsi vous seriez prêt à exécuter toutes les volontés formulées dans ce testament ? Demanda robert en le dévisageant avec la plus grande attention.

— En effet, mais après la conduite ... assez répréhensible de mon frère, les choses doivent être exécutées aussi discrètement que l’a fait ma sœur.

— J’ai besoin d’étudier et d’approfondir cette situation, déclara Robert, de plus en plus perplexe.

— Vous n’avez donc aucune confiance en moi ? S’écria le marquis aigrement.

— Non, en effet, répliqua sèchement le jeune artiste. Excusez-moi mais je ne parviens pas à chasser certains doutes de mon esprit.

— Alors, agissez comme vous l’entendez, conclut l’autre en haussant les épaules d’un air indifférent. Vous n’avez plus de raison de nous prendre pour des bandits, je pense ? Notre famille a été et sera toujours fière du nom sans tâche qu’elle porte, et il est peu charitable d’essayer de profiter de notre malheur actuel pour chercher à nous salir. Ayez au moins la délicatesse de respecter ma douleur et le deuil si cruel qui nous frappe !

Cette défense, d’une cynique habileté, troubla davantage encore le pauvre Robert ; Anselme a ait su trouver les explications les plus logiques aux accusations formulées contre lui, tant par Pierrot qu’en ce qui concernait le testament.

Par-dessus le marché, son intention de céder à son jeune cousin la moitié de sa part d’héritage ébranlait beaucoup Montpellier ...

Qu’importait, en effet, au marquis de faire une pareille concession, puisqu’il savait pouvoir démontrer par la suite que le petit Guy était un intrigant ? Quant à Pierrot, il le ferait disparaître définitivement, sans que nul ne puisse le soupçonner d’un tel crime.

Anselme et sa sœur incarnaient véritablement le génie du mal !

Malgré son intelligence, Robert Montpellier était si foncièrement bon qu’il en devenait crédule et incapable d’imaginer d’aussi odieuses et perverses machinations !

Il quitta donc la demeure du marquis encore plus troublé qu’en y arrivant. Il lui fallait sérieusement réfléchir, et, surtout parler au plus vite à Pierrot et Valérie.

Alice qui avait écouté l’entretien l’oreille collée à la porte de la bibliothèque, était enthousiasmée de l’habileté de son frère. Elle reconduisit robert jusqu’à la porte d’entrée et pris congé de lui très froidement, contrairement à son habituel empressement.

— Au revoir, Robert, lui dit-elle. Tu es vraiment odieux de nous croire si indignes !

— Pardonne-moi, Alice, répondit-il tristement, mais tu m’as toi-même, il y a peu de temps encore, fortement prévenu contre tes frères ...

Elle ébaucha un vague sourire, comme pour lui faire comprendre le peu de cas qu’elle attachait à la chose.

— C’est vrai, admit-elle, mais j’ai ensuite parlé à Anselme et il m’a expliqué sa conduite d’une telle façon que je lui ai demandée pardon d’avoir pu douter de lui.

— Il a également éclairci certaines choses, sans toutefois me convaincre totalement, déclara le jeune homme, qui ne pouvait s’empêcher d’une méfiance instinctive encre son interlocutrice. Il faut absolument que j’étudie la question ...

— Alors, fais ce qu’il te plait ! S’écria-t-elle indignée. Mais je te préviens que si tu montres ce testament, je me ferai sauter la cervelle ! Jamais je ne supporterai un tel scandale !

Robert quitta la demeure du marquis sur ces paroles, tandis que la jeune fille se précipitait vers la bibliothèque pour rejoindre son frère.

— Bravo, Anselme ! Cria-t-elle enthousiasmée. Tu as été extraordinaire !

Les paroles d’Alice n’émurent nullement le marquis.

— Je ne sais que te répondre, ma chère, répondit-il. Le danger « Pierrot » me fait très peur. Il faudra à tout prix l’empêcher de parler.

— Personne n’écoutera les déclarations d’un enfant du ruisseau, dit-elle en haussant les épaules dédaigneusement.

— La vérité possède une grande force, même dite part ce petit, répliqua Anselme gravement ; oui, ce Pierrot est un sérieux trouble-fête …

( A SUIVRE LE 13 FEVRIER )

 

041

 

Commenter cet article