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DÉFENDONS NOS INSTITUTEURS

16 Janvier 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

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DEFENDONS NOS INSTITUTEURS

Ils tiennent en leurs mains l'avenir de notre pays

 

Il y a en France plus de 120 000 instituteurs chargés de l'éducation populaire. On leur a prodigué mille fois de justes éloges et aussi des flatteries intéressées. On leur a marchandé davantage les satisfactions réelles. La convention leur avait promis un traitement minimum de 1 200 francs ; ils n'y atteignent pas encore, malgré les augmentations récentes qui se sont élevées de 1905 à 1908 au total de 22 millions ; c'est-à-dire précisément à la même somme que l'augmentation parlementaire pour une législature.

Quoique la carrière n'offre pas de grands avantages pécuniaires, elle est assez recherchée puisque le nombre des candidats s'accroît toujours ; il a passé de 2 525 à 4 909 pour les instituteurs et de 4 355 à 7 614 pour les institutrices en six années. On voit que les jeunes filles surtout se portent vers l'enseignement pour lequel elles ont au degré primaire, une aptitude évidente.

Comme tous les travailleurs intellectuels ou manuels, les instituteurs éprouvent le besoin de se grouper pour défendre leurs droits et pour améliorer leur condition. Deux courants se sont produits dans le personnel enseignant. On a vu se constituer d'abord les Amicales qui couvrent de leur réseau tout le territoire de la République et dont les congrès ont exercé une sérieuse influence sur la législation pédagogique. Ensuite une partie des instituteurs ont manifesté l'intention d'entrer dans le mouvement syndical et d'organiser à la manière des ouvriers de revendiquer une assimilation complète avec les travailleurs manuels et de s'affilier aux Bourses et aux Confédérations du Travail. « Nous sommes las, disent ses réalistes de nous entende appeler les apôtres du progrès ; nous ne sommes pas des apôtres ; nous faisons un métier pour gagner notre vie, nous réclamons moins d'encens et plus de salaire »

cette attitude effare un peu l'autorité supérieure qui se demande si l'assimilation des instituteur aux ouvriers de métier n'irait pas jusqu'à la proclamation du droit de grève. A quoi les instituteurs syndicalistes objectent que le droit de grève ne leur servirait à rien, puisqu'ils ne sont pas les producteur e ne peuvent en suspendant leur service, exercer une pression efficace sur la société.

Dans leur désir de fraternité dans leur passion de se mêler au peuple de l'usine et de l'atelier, les instituteurs vont trop loin, s'ils prétendent n'être que des ouvriers. Ils ne sont ni moins ni plus que des ouvriers ; ils sont autre chose.

L'ouvrier n'accomplit qu'un travail matériel ; il ne doit compter à personne de ses convictions, de sa foi religieuse ou politique ; il ne compromet que lui-même s'il est considéré dans ses propos intempérant dans ses actes. Tandis que l'instituteur même après la fermeture de l'école, doit veiller à sa propre respectabilité, continuer d'inspirer confiance aux familles ; garder son prestige aux yeux de l'enfant. Il est libre de ses opinions mais il se doit à lui-même et il doit à l'université qu'il représente, de ne provoquer ou scandaliser personne dans l'expression de sa pensée. On lui a prescrit d'être neutre ; il y a telle manière de pratiquer la neutralité qui équivaut à la guerre ouverte ; on ne reste vraiment neutre qu'avec beaucoup de tact et de discrétion.

L'école communale ne peut donner ses fruits que par un concours sincère, éclairé, cordial, des parents avec les instituteurs. La formation des intelligences et des caractères est une tâche aussi difficile que passionnante ; elle exige autre chose que la préoccupation de gagner un salaire ; elle exige une vraie vocation, une étude constante , un zèle infatigable. On n'est capable et on n'es digne de remplir une telle mission que si l'on allie les plus hautes vertus morales aux plus pures vertus civiques.

Il ne faut pas perdre de vue cet idéal, même au milieu des besognes triviales et des petites misères quotidiennes. Voilà ce qui donne à l'instituteur une place à part dans la société démocratique. Lorsque les ministres successifs lui recommandent de se tenir « au dessus des partis » il ne veulent pas dire que l'instituteur est une espèce d'arbitre ou d'oracle politique dans le village, ni qu'il doit s'y faire l'agent du pouvoir. Ils entendent certainement que l'instituteur doit regarder son œuvre comme très supérieure à n'importe quelle collaboration ou complicité dans les combinaisons et manœuvres électorales.

Faire des citoyens éclairés, c'est beaucoup plus beau que d'aider à tromper les citoyens ignorants. En servant de telles ambitions ou tels calculs politiques, l'instituteur justifierait les représailles dont il souffrirai plus tard ; surtout il ruinerait son propre caractère et sa position privilégiée, son autorité morale.

Dans les écoles normales où ils s'efforce de conquérir le brevet supérieur, l'instituteur reçoit hâtivement une instruction encyclopédique. On lui donne deux années pour apprendre tout et le reste, alors qu'il ne possède pas de culture classique préalable. En histoire, en mathématiques, en sciences physiques et naturelles, en psychologie, on lui demande des choses extraordinaires dont il n'aura jamais l'emploi à l'école. Comme il est d'ailleurs très jeune, il risque de s'assimiler une faible partie de ce fatras et d'en retenir seulement une illusion de sa science, une pédanterie fâcheuse. Ce donc il aura besoin surtout, c'est le bon sens, la santé intellectuelle, l'équilibre moral, la méthode, la patience, la droiture qui inspire aux enfants la confiance et le respect.

REVUE NOS LOISIRS DU 1ert MARS 1908

 

 

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