COMMENT REUSSIR DANS LA VIE ?
COMMENT REUSSIR DANS LA VIE ?
La femme dans les banques
Les jeunes filles qui recherchent une situation modeste mais honorable trouveront dans cet article des renseignements précis et soigneusement contrôlés.
Un inspecteur des finances dans un rapport
souvent cité, à déclaré que les femmes étaient inférieures aux hommes dans les emplois administratifs pour « les qualités d'initiative, de raisonnement et de jugement » mais leur
étaient supérieures pour « la promptitude du coup d’œil, la dextérité et la minutie »
Cette conclusion montre suffisamment quelles qualités doivent avoir celles qui veulent réussir comme employées de banque.
Mais avant de rechercher cette situation, il faut qu'elles se mettent bien dans la tête que les places sont rares et que les relations sont beaucoup.
Commençons d'abord par la Banque de France.
Cet établissement emploi environ trois cent femmes.
Celles-ci sauf quelques place à l'économat, sont employées à l'imprimerie des billets de banque ou au dépôt des titres.
A l'imprimerie les ouvrières est à vérifier matériellement le billet qui vient d'être imprimé, resto et verso.
Elles doivent examiner avec un soin scrupuleux si les conditions de netteté matérielle sont remplies si aucun défaut d'impression ne se remarque dans les chiffres et dans les lettres, etc.
Si le billet leur semble insuffisant, elles le signalent à un contrôleur.
Dans le cas où vraiment le billet serait défectueux on le détruit, après avoir dressé un procès-verbal devant l'ouvrière, puis on réimprime un billet portant le même numéro.
Au service des dépôts et avances, elles ont à classer les bordereaux, à les vérifier, à ranger les dossiers, etc.
L'âge d'entrée est de dix huit ans.
Il comprend une dictée, un problème élémentaire et une addition de bordereau.
Les nominations émanent du gouverneur, auquel les candidates devront adresser leur demande.
La plus grande partie des places est réservée aux femmes, filles, sœurs ou veuves d'employés, de garçons de recette ou de garçons de bureau.
Les ouvrières débutent d'abord comme auxiliaires à raison de 3.50 F par jour, pendant trois ans ou 1 085 francs par an.
Comme titulaire elles gagnent 5.85 F ou 1 193 francs par an.
Elles peuvent être augmentées de 0.55 F par jour tous les trois ans jusqu'à vingt ans de présence e qui donne :
Après six ans de présence à la Banque 4.40 f par jour où 1 364 francs pour l'année de 310 jours.
Après neuf ans 4.95 f par jour ou 1 534
francs par an.
Après douze ans 5.50 F par jour où 1 705 francs par an.
Après vingt ans 6.50 F par jour où 1 875 francs par an.
Les ouvrières titulaires travaillent parfois aussi pendant des heures supplémentaires, ce qui peut augmenter d'environ 200 à 250 francs les appointements ci-dessus qui deviennent alors : 1 200 ; 1 400 ; 1 600 ; 1 800 ; 2 000 ; 2 400 Francs.
Mais ce supplément est extrêmement aléatoire, certaines ouvrières peuvent par conséquent avoir à en profiter beaucoup plus que d'autres.
La retraite est de 400 francs après vingt ans de service, 600 francs après vingt cinq ans et 800 francs après trente ans plus quelquefois quelques bonifications.
La retenue opérée sur les appointements pour cette retraite est de 1 %.
Une caisse de prévoyance mutuelle permet aux ouvrières de la Banque de toucher une petite indemnité journalière en cas de maladie.
La journée de travail commence à 9 heures et finit vers 4 heures.
Une heure est accordée pour déjeuner, soit à la banque, soit en dehors.
Les ouvrières qui déjeunent à la Banque ont, un réfectoire et peuvent faire chauffer leur déjeuner.
C'est en 1852 que les femmes entrèrent à la Banque de France ; au début, elles n'étaient que huit titulaires et quatre auxiliaires ; vingt ans après elles avaient dépassé la centaine.
Au Crédit lyonnais deux examens d'entrée par an.
Mais les candidats doivent bien considérer que l'administration se réserve le droit de prendre au choix, c'est-à-dire sans tenir compte de l'examen.
Celui-ci comprend deux pages d'écritures et de chiffres, une dictée, et des opérations sur des questions de pratiques élémentaires .
Age : de 16 à 30 ans.
En principe à mérite égal, on donne la préférence aux femmes et aux filles d'employés.
Les candidates qui ont eu la chance d'être admises sont d'abord employées temporairement aux échéances trimestrielles. Bien entendu celle qui sont le mieux notées sont rappelés les premières. Elles gagnent en moyenne 3 francs par jour,
au fur et à mesure des vacances, elles sont titularisées.
Les gratifications sont données en décembre.
Les emplois les plus rémunérés et considérés comme les meilleurs sont ceux des caissières de la conservations des titres qui, par exception peuvent arriver à gagner jusqu'à 4 000 et 5 000 francs par an. Congés payés pour tout le personnel féminin ; vacances 15 jours ; mariage 10 jours ; accouchement 30 jours.
D'une façon générale, les femmes sont employées à la correspondance, à la comptabilité, aux titres, à l'établissement des bordereaux, au classement des coupons.
Pour cette dernière besogne, elles sont infiniment plus adroites que les hommes et si l'expression de « petites mains » n'existait pas déjà en couture, on l'aurait créée ici.
Autant que possible, les employées-femmes ne sont pas en contact, ni avec le public ni avec les employés hommes.
Un réfectoire leur est réservé et elles ont la faculté de porter leur déjeuner. En cas de maladie séjour à la mer.
La retraite est minime et néanmoins l'administration y participe quand l'employée à un certain nombre d'années de service.
Il faut remarquer d'ailleurs que dans la plupart des établissements de crédit, les femmes ne considèrent leur situation que comme une situation d'attente dont elles tâchent — et elles ont bien raison — de sortir le plus tôt possible par le mariage.
Au Comptoir d'Escompte où les femmes ont été admises il y a quinze ans, les places sont réservées aux filles et parentes d'employées du comptoir.
Un examen très simple de rentrée est néanmoins imposé. Age 16 à 35 ans.
Les deux tiers du personnel féminin sont composés de dames titulaires et un tiers d'auxiliaires à titre temporaire.
Comme salaire au début : 3 francs par journée de travail effectif. Par augmentation successives, ce chiffre peut arriver au bout de plusieurs années à cinq francs.
Les surveillantes reçoivent six francs par jour.
Des gratifications sont accordées en cas de maternité.
Pour le déjeuner même observations que pour les deux établissements de crédit ci-dessus étudiés.
Les dames employées ont à s'occuper du service des titres et coupons du portefeuille, de l'échéance et de l'escompte.
Dans certains de ces services, une grande facilité de calcul est nécessaire, étant donné le peu de temps accordé pour établir une pièce et faire l'addition.
Une Mutuelle et une Amicale peuvent venir en aide aux dames-employées.
Au Crédit Foncier, les femmes entrent par voie de concours, conformément à ce principe qu'on lit en tête de tous les programmes :
Le Crédit Foncier de France recrute exclusivement son personnel par la voie de concours, ni titre, ni diplômes, n'en peuvent dispenser.
Age : 18 à 30 ans.
Le certificat d'études primaires es exigé.
Les concours ont lieu à des dates indéterminées et les aspirantes sont convoquées par lettre individuelle.
Les épreuves sont exclusivement écrites et comprennent : écriture (deux heures) ; calcul rapide (une heure) ; dictée (une heure) ; rédaction (deux heures).
Voici quelques exemples de cette dernière épreuve :
Pourquoi voulez-vous entrer au Foncier ?
Dites ce qui vous a le plus frappé à l'Exposition Universelle de 1900 ?
Le nombre des points des candidates possédant leur brevet supérieur est augmenté d'un dixième.
Le même avantage est accordé aux aspirantes connaissant bien le maniement de la machine à écrire.
Nous ne causerons aucun étonnement en disant que les places sont rares.
On cite volontiers dans le petit monde féminin où l'on se préoccupe beaucoup des concours, l'année 1895 où, sur deux cent quarante femmes qui se présentèrent au Foncier, cent cinquante furent admises.
Mais c'est là une exception.
Maintenant voyons la situation.
Les stagiaires reçoivent une allocation de 3 francs par journée effectif de travail.
Elles sont titularisés à mille francs. Elles peuvent arriver à deux mille.
Les surveillantes ont un traitement pouvant s'élever jusqu'à trois mille francs et leur congé annuel est augmenté de quelques jours. Mais il faut plusieurs années de présence pour arriver à cette situation. Comme avantage supplémentaires, les femmes au Crédit Foncier peuvent obtenir pour leurs enfants des bourses à l'École commerciale, à l'École des Hautes Études et à l'École des sciences politiques.
Elles peuvent aussi en cas de fatigue passer leur congé annuel dans une maison de campagne appartenant au Crédit Foncier. Gratification et retraite.
Les femmes sont employées au service du courrier des expéditions (dans ce service quelques dactylographes) au service des comptes courants et au service du contrôle.
Dans ce dernier service, elles touchent une prime mais doivent rembourser les coupons indûment payés.
A la Société Générale concours d'entrée analogue à celui du Crédit Foncier.
On compte une soixantaine d'admissions par an.
Les aspirantes sont d'abord employées momentanément à l'époque des principales échéances.
On compte deux ans à deux ans et demi de stage au moins. Age : 18 à 30 ans.
Salaire du début : 3 francs par journée de travail effectif. Taux maximum 5 francs.
Rappelons que les femmes sont admises à la Caisse d'Épargne Postale (voir notre article du 30 septembre 1906) et au Ministère des Finances.
Et maintenant, bonne chance à toutes. Et que dans la banque où elles seront admises elles tâchent de trouver une bonne place et... un bon mari.
REVUE NOS LOISIRS DU 24 MAI 1908