CETTE PHOTOGRAPHIE M'A RAPPORTÉ DIX MILLIONS * INDOLENCE
Vous avez souvent entendu dire d'une jolie fille
« sa figure lui servira de dot »
Et de fait, pour beaucoup la prophétie se réalise même à notre époque pratique où les princes n'épousent plus que des bergères... de théâtre.
Chacun de vous, sans doute, pourrait citer au moins une jeune fille à qui sa beauté valut de vivre le roman que toute femme a rêvé.
Mais combien plus romanesque encore est l'aventure de cette jeune femme, dont voici le portrait. Car les jeunes filles où les jeunes femmes que vous pouvez citer ont séduit par leur grâce et leur charme des hommes qu'elles connaissaient, qu'elles avaient rencontrés, qui les auraient vue de près ou de loin. Et sans doute, elles avaient fait quelque effort pour arriver à leur but.
Mais celle-ci à séduit à distance, de très loin, à son insu — par sa seule photographie.
Sophie Pavloska — c'est son nom — était une jeune veuve qui habitait la Pologne allemande. Elle vivait modestement dans sa petite ville, insoucieuse de sa beauté remarquable et ne s'occupant que d'élever sa fille qu'elle adorait.
Un de ses frères s'en vint en Espagne pour un voyage d'affaires. Il y fit la connaissance d'un riche commerçant, le senor José Candara lequel lui rendant un jour visite, aperçut sur sa table un portrait de femme dont la beauté le frappa.
— Quelle est cette admirable créature ? Demanda-t-il, transporté.
— C'est ma sœur Sophie.
Dès cette heure le senor Candara devint amoureux fou... Il en perdit comme on dit, à boire et à manger. Sous le plus futile prétexte il visitait le frère afin de contempler quelques instant le portrait.
Enfin, n'y tenant plus, il écrivit à la jeune femme une lettre d'admiration respectueuse.
En honnête et vertueuse dame, Sophie Pavloska n'y répondit point. Deux mois après elle en recevait une autre.
Celle-ci d'un notaire qui lui apprenait la mort subite de Candara et en même temps, ses volontés dernières.
Par testament en bonne forme, l'amoureux Espagnol léguait à la belle Polonaise, dont il n'avait jamais connu que l'image, sa fortune entière, laquelle s'élevait à la coquette somme de dix millions de francs. Et c'est ainsi que son visage valut à cette femme une fortune.
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zxx Indolence
Neuf heures. Matinée exquise de printemps
Je regarde au dehors, par la fenêtre ouverte
L'arbre voisin dressant dans l'air sa fraîcheur verte
Le ciel bleu, découpé par les toits éclatants.
Paris, le grand Paris lentement se réveille
Sous le flot de rayons dont il est arrosé ;
Et vers le Bois mondain, tout un peuple amusé
Monte, dans un brouillard de poussière vermeille.
Sortir ? Revoir des gens ? Me mêler à l'effort
De cette humanité trépidante et pressée ?
Sur ma table voici la page commencée,
Et l'encrier qui bâille et la plume qui dort.
Demeurons au logis, en ce logis que j'aime
Où, sur le moindre objet, un peu de moi
En cette intimité paisible et sans émoi
De ces choses qu'on voit sans les regarder même.
Oh ! Le charme infini du lumineux matin !
Par instants, dans la rue, une voiture passe...
Puis, c'est un pépiement de moineaux dans l'espace...
Puis le chant régulier d'une cloche au lointain.
Mettons-nous au travail. Non ! Feuilletons ce livre...
Non !... Soyons indolent avec sérénité...
Et goûtons la trop rare et fine volupté
De laisser couler l'heure et de nous sentir vivre...
Jacques Normand
REVUE NOS LOISIRS DU 9 AOUT 1908