MOINEAUX SANS NID N° 303
CHAPITRE 303
L’ AME D’ UNE MORTE
— Ma mère ! Répéta l’anglais d’une voix rauque en fixant avec ahurissement le portrait que Robert Montpellier avait exécuté, poussé par la fièvre ardente de son inspiration.
Le jeune artiste ne l’entendait pas, car il était dans un état de totale inconscience.
— John ! S’écria le lord en s’adressant à son domestique, quand donc monsieur Montpellier a-t-il fait ce tableau ?
— Je suis désolé, Mylord, mais je n’en sais rien !
— Vous ne vous êtes pas aperçu qu’il avait quitté son lit durant cette nuit ? Demanda-t-il stupéfait.
— Non, Mylord.
— C’est vraiment étrange ! Vous êtes bien venu ici toutes les trois heures pour lui donner sa potion, j’espère ? Interrogea l’Anglais.
— Certainement, Mylord. Je suis venu auprès de monsieur Montpellier à trois reprises.
— Et chaque fois vous avez trouvé le malade dans le même état ?
— Oui, Mylord.
— Alors, je ne comprends pas, conclut le lord.
— Ni moi non plus, murmura le valet de chambre.
L’Anglais s’approcha de Robert et lui adressa quelques paroles, mais vainement, parce que le jeune peintre, les yeux toujours fermés, semblait ne rien entendre.
Et lord Richmond fut obligé de remettre à plus tard l’explication de ce mystère.
Lorsque le médecin revint voir Montpellier, le maître de maison lui raconta ce qui s’était passé et le médecin eut beaucoup de peine à le croire.
Il questionna le valet de chambre.
— Vous êtes sûr de ne pas l’avoir vu peindre ?
— Je vous l’affirme, docteur, s’empressa de répondre John.
— Alors il a dû travailler pendant une violente crise de délire ; déclara le médecin.
— Certainement, reprit l’Anglais car je ne vois pas d’autres explications à une chose aussi incroyable. Mais ce qu’il a exécuté est un véritable chef-d’œuvre.
Le médecin réfléchit quelques minutes, puis s’approchant du malade lui prit le pouls et hocha la tête avec gravité.
— Hélas ! Il ne va pas mieux ! Décréta-t-il tout bas.
— Mon Dieu ! dit le lord.
— Je crois même que ce pauvre garçon est en proie à une violente crise de paludisme, car il en a tous les symptômes, continua le médecin.
— Et que faut-il faire dans une telle éventualité ? Demanda lord Richmond.
— Je vais lui faire une piqûre ! Peut-être arriverai-je ainsi à arrêter l’évolution de ce mal.
— Je vous supplie de tout tenter pour le tirer d’affaire !
— Si par malheur son état s’aggravait, reprit le médecin, je vous conseillerais d’éloigner votre femme d’ici.
— Oh ! La maison est tellement grande ! Lui fit observer son interlocuteur.
— Je le sais, mais il vaut mieux prendre le maximum de précaution, insista le médecin.
— Vous avez raison, et je vous écouterai, docteur, soupira lord Richmond.
— Pour le moment, je vous demande de faire sortir ce tableau de sa chambre, ainsi que tout le matériel de peinture, afin que le malade ne les remarque pas et ne recommence pas à s’agiter, dit encore le médecin.
Lord Richmond se tourna vers John et lui ordonna d’emporter la toile et tout le matériel dont s’était servi le jeune artiste.
— John ! Lui dit-il à voix basse, alors qu’il prenait le portrait, ce tableau représente ma mère.
— Je le vois, Mylord, répondit respectueusement le vieux domestique.
— Ayez-en le plus grand soin !
— Vous pouvez compter sur moi, Mylord.
John emporta l’œuvre de Montpellier avec d’infinies précautions, et revint chercher les autres objets ayant servi à Robert.
Le jeune artiste dormait toujours, insensible à ce qui se passait autour de lui. Le médecin l’examina de nouveau très attentivement et demanda au valet de chambre.
— Vous lui avez bien posé de la glace sur la tête la nuit dernière ?
— Certainement, docteur, affirma John.
— Bien, il faudra continuer, reprit le praticien, et ne pas le laisser seul un instant.
— Oui, docteur.
— Maintenant, apportez-moi, s’il vous plait, un réchaud à alcool et une casserole d’eau, demanda encore le médecin.
John s’empressa de quitter la chambre pour exécuter ces ordres et revint quelques minutes après, portant le nécessaire.
Le médecin sortit une seringue et un flacon de sa sacoche en disant à lord Richmond :
— Je pense que cette piqûre ranimera monsieur Montpellier.
— Vous avez confiance en ce médicament ? Questionna l’Anglais, s’efforçant de dissimuler l’anxiété que lui causait l’état du jeune peintre.
— Entièrement, dit le médecin en se penchant sur son patient pour lui faire la piqûre.
— Docteur ! Reprit le maître de maison, alors que le médecin passait un coton imbibé d’alcool sur le bras de son malade, répondez-moi très franchement : croyez-vous qu’il s’en tirera ?
— Je ne peux encore me prononcer, répondit le médecin, occupé à ranger ses instruments dans sa sacoche, puis, après avoir jeté un dernier coup d’œil à Robert, il quitta la chambre, suivi par le maître de céans.
John resta auprès de Montpellier qui recommença à délirer et à appeler Valérie avec des accents désespérés. Le brave homme écoutait avec grand intérêt et beaucoup de compassion, ce que disait le jeune homme dans son délire.
Robert passa le reste de la journée et une partie de la soirée dans les mêmes condition,s et à la tombée de la nuit, en revenant le voir, le médecin lui fit une nouvelle piqûre.
Le lendemain matin, il revint de très bonne heure lui en faire une troisième et confia à lord Richmond accouru lui demander comment il trouvait son malade !
— Il me semble qu’il va un peu mieux ce matin.
— Vraiment ? Questionna le maître de maison, avec une grande anxiété dans la voix.
— Je vous l’affirme, Mylord !
— Vous ne pouvez savoir, docteur, à quel point j’en suis heureux ! S’exclama l’Anglais.
— Et moi aussi ! Dit le médecin.
— Ce serait un véritable malheur qu’un tel artiste meure si jeune avant d’avoir donné toute sa mesure, déclara lord Richmond.
— C’est vrai, mais nul ne peut rien contre la volonté Divine, poursuivit le médecin.
— Je le sais !
— Mais je pense que le Bon Dieu ne désire nullement la mort de monsieur Montpellier, ajouta en souriant le médecin.
— Est-il complètement hors de danger à présent, docteur ?
— Je ne peux rien affirmer avant ce soir, lorsque ma troisième piqûre aura produit son effet, expliqua son interlocuteur.
— Ah !
— J’espère, toutefois, que dans quelques heures, il sera sorti de cette inquiétante torpeur et recommencera à parler un peu.
Les prévisions du médecin se réalisèrent.
Vers dix heures du soir, Robert Montpellier ouvrit les yeux et regarda tout autour de lui avec étonnement. En remarquant que le malade le dévisageait, John poussa une exclamation de joie et se précipita à la recherche de son maître.
— Mylord ! S’écria-t-il, en pénétrant dans la bibliothèque où l’Anglais buvait un verre de whisky en lisant les journaux du soir.
— Eh bien ! John, que se passe-t-il ? Questionna ce dernier, en le fixant avec inquiétude.
— Mylord, monsieur Robert Montpellier semble reprendre toute sa connaissance. Il vient d’ouvrir les yeux et m’a très certainement reconnu.
— Ah ? Est-ce qu’il vous a parlé ? Interrogea de nouveau son maître.
— Non, Mylord, mais je ne lui en ai pas laissé le temps. Je me suis précipité ici pour vous annoncer cette amélioration, répondit le fidèle serviteur.
— Retourne auprès de lui ! Il ne faut pas le laisser seul un instant ! Je vous rejoins immédiatement, ajouta l’Anglais.
John obéit et regagna vivement la chambre du malade qui n’avait pas refermé les yeux.
Dès qu’il aperçut le vieux domestique, Robert essaya de s’asseoir sur son lit.
— De l’eau ! Murmura-t-il faiblement.
Comme le médecin avait recommandé d’éviter de lui en donner, John n’osa le satisfaire.
Robert répéta d’une voix encore plus suppliante :
— De l’eau !
A cet instant, le maître de maison apparut sur le seuil de la chambre.
— Mylord, monsieur Montpellier demande à boire ! Souffla le valet de chambre.
L’Anglais s’approcha du malade et posa amicalement sa main sur celle qu’il laissait hors du drap.
— Bonjour, mon ami, lui dit-il en se penchant sur l’artiste.
Mais Robert ne répondit pas.
— Vous ne voulez pas parler ? Demanda son hôte avec sollicitude.
— Si, mais je veux d’abord boire un peu d’eau !
— Je vais vous en faire servir tout de suite, affirma lord Richmond.
En se tournant vers John, il lui ordonna de verser quelques gouttes de citron dans un verre d’eau minérale.
Le domestique s’empressa d’exécuter ses ordres et Robert but avec avidité le breuvage qui lui fut donné.
— Merci ! Merci ! Soupira-t-il en adressant un regard reconnaissant à l’Anglais.
— Vous sentez-vous un peu mieux, mon ami ? S’enquit avec une grande gentillesse, ce dernier.
— Oui, merci, répondit faiblement le jeune artiste.
— Vous avez dormi très longtemps ?
— Je ne le sais pas !
— Avez-vous mal quelque part ?
— Je me sens épuisé, mais je n’ai pas mal, déclara Montpellier.
Comme le médecin avait fortement recommandé de ne pas trop faire parler son patient, l’Anglais demanda à John de ne pas quitter le jeune artiste, mais de ne pas, non plus, lui parler. Puis il se dirigea vers la porte pour sortir de la chambre.
— Vous partez déjà ? Murmura faiblement Robert.
John seul l’entendit. Il s’approcha de lui en demandant avec empressement :
— Désirez-vous quelque chose, Monsieur !
— Oui ! Je veux savoir si Valérie est morte, lui dit-il, recommençant à divaguer.
— Je ne le pense pas !
— Alors, elle ne s’est pas noyée en tombant à la mer ? Reprit le malheureux frissonnant à ce terrible souvenir.
— Non ! Mentit généreusement John.
Montpellier se tut et ferma de nouveau les yeux.
Quelques minutes plus tard, il s’endormit d’un sommeil bien plus reposant et réparateur que celui des jours précédents.
Il dormit ainsi toute la nuit, respirant régulièrement ; sa fièvre semblait être tombée.
Lorsqu’il se réveilla, le matin suivant, il appela John et le pria de lui donner à boire. Le valet de chambre se dépêcha de lui remettre un verre d’eau que Robert avala avec une grande satisfaction et très vite.
— Assez ! Assez ! Lui dit le brave homme, j’ai peur que ça ne vous fasse du mal de boire tant que ça !
— Oh ! Non, tout au contraire, soupira le jeune artiste.
Il sourit au vieux serviteur et se laissa retomber sur ses oreillers en fermant de nouveau les yeux.
Le médecin accompagné par lord Richmond, ne tarda pas à pénétrer dans la chambre.
— Très bien ! S’exclama-t-il l’air ravi après avoir examiné le malade. Nous allons beaucoup mieux !
— Vous trouvez, docteur ? S’enquit anxieusement le maître de céans.
— Certainement, affirma en souriant le médecin. (Puis se penchant encore sur Robert, il lui prit le pouls et lui demanda aimablement) : Comment vous sentez-vous mon ami ! Me reconnaissez-vous ?
Montpellier répond par un signe de tête négatif.
— Pourquoi ne me répondez-vous pas ? Questionna le médecin étonné.
— Parce que je ne vous connais pas, Monsieur ! Murmura faiblement le malade.
— Je suis le médecin qui vous a soigné et vous pouvez compter sur toute ma sympathie et mon dévouement, affirma-t-il avec chaleur.
— Je vous remercie infiniment, docteur ! S’exclama Robert.
— Je vous demande de ne pas trop parler aujourd’hui lui recommanda le médecin, car vous êtes encore faible.
— J’ai donc été gravement malade ? S’enquit le jeune artiste, avec étonnement.
— Oui, mais ça va à présent et n’y pensez plus !
— Et ... Valérie ? Hasarda timidement Robert.
Le médecin garda le silence.
— Qu’est devenu monsieur Labeille ? Ajouta le jeune homme se souvenant brusquement du père de Valérie. Comment va-t-il ?
— Il va bien, dit le médecin, nous l’avons entouré de tous nos soins. Ne vous tourmentez pas à son sujet !
— Il a été souffrant, lui aussi ?
— C’est surtout son moral qui a été touché, et comme il n’est plus tout jeune ...
— C’est vrai.
— Mais il va mieux en ce moment, ajouta le médecin.
— Il ne réclame pas sa fille ? Questionna anxieusement Robert.
— Non !
Montpellier voulut encore parler, mais le médecin l’en empêcha avec autorité.
1 Il faut vous taire, ordonna-t-il. Vous ne devez pas vous fatiguer davantage.
— Pourquoi ? Parlez me ferait du mal ?
— Oui ! Je vais vous faire une piqûre qui vous fortifiera. Mais cessez de vous agiter ! §Vous avez surtout besoin de beaucoup de calme et de repos pour guérir vite.
Le médecin lui fit une piqûre et quitta aussitôt son malade.
Montpellier s’endormit et ne se réveilla que vers le milieu de l’après-midi, heure à laquelle John s’approcha de son lit pour lui faire prendre les nouveaux cachets ordonnés par le praticien.
— J’ai bien dormi ! Lui dit en souriant le jeune artiste.
— En effet, Monsieur, et vous m’en voyez ravi, s’écria le brave John en lui souriant.
— Quel temps fait-il aujourd’hui ? Questionna Montpellier en regardant du côté de la fenêtre.
— Il y a du brouillard, mais à Londres, c’est tellement courant ! Répondit avec empressement le valet de chambre.
Robert ne répondit pas.
Vers la fin de la soirée, le médecin revint le voir.
— Je suis réellement très satisfait ! Déclara-t-il en se tournant vers le maître de maison, qui l’accompagnait à chacune de ses visites à Robert. Je peux maintenant vous affirmer, Mylord, que tout danger est définitivement écarté.
— Croyez-vous dans ce cas, que parler un peu avec moi ne le fatiguerait pas trop ? Questionna ce dernier.
— Faites-le, mais sans exagération et évitez surtout de lui créer la moindre émotion, répondit le médecin.
— J’espère,, cher Montpellier, que bientôt vous pourrez signer votre œuvre, dit lord Richmond en s’approchant du jeune artiste.
— Mon œuvre ? Répéta Robert en le fixant, très étonné.
— Oui ! Je veux parler du portrait de ma mère, expliqua l’Anglais hésitant.
— Ah ?
— vous ne vous en souvenez pas ?
— Si ! Je sais que nous en avons parlé ensemble, répondit Montpellier.
— J’ai fait acheter la toile et tout ce qui vous était nécessaire pour l’exécution de ce portrait, continua l’Anglais en fixant avec attention et un peu d’inquiétude le malade.
— Ah ! Très bien !
— Vous n’aviez pas remarqué alors, que cette toile ainsi que le reste avaient été laissés dans un coin de votre chambre ? Ajouta hésitant le maître de maison.
Robert ne répondit pas. Il réfléchissait. Au bout de quelques secondes il murmura :
— Non, je n’ai rien vu !
— N’insistez pas davantage, Mylord ! Intervint le médecin, inquiet à son tour.
L’Anglais obéit. Robert fixa le médecin, perplexe.
— Bien que vous vous portiez beaucoup mieux, expliqua aimablement ce dernier, ayant remarqué l’inquiétude de son regard, je préfère que vous parliez peu. Demain vous serez un peu plus fort et vous pourrez reprendre cet entretien, si vous le désirez.
Il s’assit près de Robert et rédigea une nouvelle ordonnance. Après lui avoir serré la main, il quitta la chambre en compagnie de lord Richmond, laissant le malade avec John.
Le reste de la soirée s’écoula tranquillement pour Robert.
— Maintenant, il faut essayer de dormir, lui dit John avec douceur, après lui avoir fait prendre ses cachets.
Malgré qu’il se sentit mieux que les autres jours, Robert ne parvint pas à s’endormir ...
Il ne se souvenait pas très nettement des dramatiques événements vécus récemment. Il réalisait fort bien se trouver dans une maison étrangère, et essayait, avec effort, de reconstituer la succession des faits qu’il l’y avaient conduit.
— Ah ! S’exclama-t-il soudain ... Je me souviens de tout à présent !
En effet, telle une immense vague de fond, tout lui revenait brusquement à la mémoire.
Il revoyait le bateau qui les avait recueillis lui et Michel Labeille alors qu’ils s’étaient jetés de l’avion s’enfonçant dans une mère déchaînée.
Et Valérie ? Elle était morte ! Pourquoi ? Pourquoi n’était-il pas mort lui aussi avec celle qu’il aimait ?
Maintenant, il nez lui restait que son seul art sur terre ! Mais que signifiait l’art désormais sans Valérie ? Jusqu’ici il avait été fier de cet art qui pouvait lui procurer fortune et gloire pour les déposer aux pieds de la femme qu’il chérissait. Elle morte, tout était vain et inutile !
« Et si ... elle vivait ? Si elle aussi avait été sauvée ? » se dit-il tout à coup.
Oui, cela pouvait être possible ! On pouvait l’avoir recueillie, elle aussi !
Valérie était trop bonne, trop adorable pour que la Providence ne l’ait pas secourue également !
Petit à petit, le jeune homme s’en persuada et son cœur se remplit d’un nouvel espoir.
« Je dois avoir encore un peu de fièvre » se dit-il sentant soudain une immense lassitude l’envahir.
En effet, sa fièvre montait de nouveau et ses pensées recommencèrent à se brouiller dans sa tête.
Il eut brusquement très froid, puis très chaud.
— John ! Cria-t-il, j’ai soif, donnez-moi un peu d’eau, je vous prie.
Mais le valet de chambre ne répondit pas à son appel. Le pauvre homme, épuisé par les longues nuits blanches, ou presque, passées au chevet du jeune artiste, s’était endormi d’un sommeil de plomb dans son fauteuil.
— John ! Répéta plus fort Robert Montpellier.
Cette fois non plus, John ne répondit pas.
— Mon Dieu ! Pourquoi ai-je si peur ? Jamais je n’ai ressenti quelque chose de pareil, murmura-t-il faiblement.
Et comme un tout petit enfant, il couvrit sa tête de ses couvertures. Il resta ainsi de longues minutes, tremblant de tous ses membres, puis finit par les éloigner lentement.
La chambre était à présent plongée dans la plus totale obscurité.
Brusquement, il sentit une main froide et légère se poser sur son front brûlant.
— John, balbutia-t-il, effrayé.
— Je ne suis pas John, répondit une voix de femme, infiniment suave et douce.
— Ah ! Bredouilla Robert, terrorisé.
— Je suis celle qui t’aime plus que tout au monde, poursuivit la voix mystérieuse.
— Valérie ! S’exclama le jeune artiste, stupéfait.
— Oui !
— Tu n’es pas morte ?
— Je suis morte, Robert !
Le malheureux sentit son sang se figer dans ses veines.
— tu es Valérie et tu es morte ? Bégaya-t-il d’une voix tremblante.
— Oui, mon amour, car je suis l’âme de Valérie, expliqua doucement la voix.
— Mon Dieu !
— Mais je t’aime si fort, mon cher amour, que j’ai abandonné ma froide tombe pour venir jusqu’à toi.
— Oh ! Valérie ! Valérie ! Soupira faiblement le malade.
— Mon amour !
— Des lèvres fraîches et plus douces que les pétales d’une rose se posèrent sur la bouche du jeune homme.
— Tu ne dois pas mourir, Robert ! Reprit avec une tendresse infinie la douce voix.
— Oh ! Si, je veux mourir, au contraire, pour te rejoindre, ma chère âme. Je ne veux plus jamais te quitter ! S’écria-t-il éperdu.
— Non ! Robert ! Tu ne dois pas mourir, répéta la voix, et de nouveau les lèvres veloutées se posèrent sur sa bouche.
— Tu m’aimes, Robert ? Reprit dans un souffle à peine audible la voix de la morte.
— Je t’aime plus que tout au monde et au-delà, répondit avec élan le jeune artiste.
— Et tu m’aimeras toujours ? Demanda-t-elle encore.
— Pas une seule seconde mon amour pour toi ne diminuera mon chéri !
Des bras plus doux que de la soie entourèrent son cou, et une joue veloutée et fraîche effleura la sienne.
— Je suis tienne pour l’éternité, murmura encore cette voix de songe.
Robert eut l’étrange sensation de mourir. Alors, il s’endormit profondément.
Lorsqu’il se réveilla, il aperçut à son chevet le vieux John, qui le fixait avec une légère inquiétude.
— John ! S’exclama-t-il vivement, qui est entré dans ma chambre cette nuit ?
— Personne, Monsieur, répondit le brave homme, très étonné par cette question, car je ne vous ai pas quitté un seul instant.
— C’est impossible Valérie est venue ! Protesta Robert.
John le fixa perplexe, puis murmura comme s’il se parlait à lui-même :
— Mon Dieu ! Il recommence à délirer.
Le jeune artiste garda le silence, profondément troublé, et comprit qu’il avait rêvé !
{ A SUIVRE LE 21 SEPTEMBRE }