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POESIE L'ENTERREMENT

11 Juillet 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

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           L'enterrement

 

Les graves paysans de la belle vallée

Vinrent tous, recueillis, se ranger dans l'allée

Et lorsque le cercueil sortit leurs grands chapeaux

Flottèrent comme un vol brusque et noir de corbeau.

Dans la maison , on entendait pleurer Suzanne...

Une feuille tomba , sèche, du vieux platane.

Jacques et le meunier parurent, le front nu.

A travers les chemins dont chaque arbre est connu,

Longeant les prés fauchés, les champs des patrimoines

Entre les pailles d'or, les dernières avoines

L'enterrement gagna le coteau plein de croix,

Et gravit lentement les sentiers plus étroits.

Le convoi déboucha devant l'antique église.

Le lierre avait caché la croix de pierre grise

Et mis de noirs rideaux au porche dévasté.

Les cieux étaient couverts et noirs d'un seul côté,

Et c'était grand ce ciel avec sa face d'ombre

Et sa face de bleu sur la campagne sombre

Et la montagne étincelante de soleil.

Le chèvrefeuille envahissait un mur vermeil ;

Sur un tombeau perdu s'accroupissait la ronce.

L'hirondelle point noir qui dans l'azur s'enfonce,

Donnait un pur vertige à l’œil qui la suivait.

Et Jacques au milieu de ses parents rêvait.

Les fillettes riaient d'avoir leurs robes blanches,

le prêtre se courbait en passant sous les branches ;

On posa le cercueil devant un trou béant.

Porte sur l'infini, l'espoir ou le néant,

La fosse dans l'argile attendait grande ouverte.

On descendit le corps. Des touffes d'herbe verte,

Comme au vent souterrain et brusque de la mort

Tremblaient sur le talus et frissonnaient plus fort.

Le prêtre murmurait,les dernières paroles.

Un frelon jaune et noir vibrait sur les corolles

Des arnicas. Jacques leva ses yeux plein d'eau...

Malgré la mort le monde était immense et beau.

Il voyait les vallons, les coteaux et les plaines,

Le bleu vaporisé des montagnes lointaines

Dont on sent que le pied est battu par la mer,

D'une larme glissante il but le sel amer.

Le frelon maintenant bourdonnait sur la tombe,

et des vols de ramiers se levaient de la combe

L'orage s'approchait le ciel était obscur ;

Mais dans un grand élan d'amour profond dg pur,

Jacques pensa soudain à Suzanne éplorée.

Les cheveux dénoués et sa tête dorée

Sur son bras, dans la salle , elle songeait hélas !

Que le temps était long et qu'il ne venait pas.

Il voyait son col nu marqué d'un signe fauve,

Et ses beaux yeux noyés couleur de fleur mauve,

Larmes des femmes que l'on aime, au bord des cils

Gouttes chaudes de pluie inondant les pistils.

O des ailes, mon Dieu, des ailes d'hirondelle

Pour être en un instant à genoux devant elle !

Léo LARGUIER

 

Revue Nos Loisirs du 3 mai 1908

Tous les lundis à 14 heures série de photos

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