MOINEAUX SANS NID N° 173
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— Vous l’avez donc reçu et lui avez parlé ? Demanda tout de suite Alice à Lornier en le dévisageant avec anxiété.
— Certainement, Mademoiselle. Je vais d’ailleurs vous raconter tout cela en détail, répondit en souriant le jeune homme qui s’assit sur le divan, tout près de l’éblouissante Alice dont la robe de velours noir, très décolletée, la rendait encore plus belle et plus désirable que jamais.
Cet entretien se déroulait dans le charmant et très élégant boudoir de la sœur du marquis.
Alice fit semblant de ne pas remarquer le regard plein de désir et d’admiration dont l’enveloppait Claude Lornier.
— Alors, accepte-t-il de me revoir ? S’enquit-elle avec impatience.
— Hélas ! Pas encore, Mademoiselle, répondit Claude en soupirant.
Le visage de la jeune femme s’assombrit brusquement et elle demanda d’une voix irritée !
— Alors, pour quelle raison venez-vous me voir, monsieur Lornier ?
— Parce que, Mademoiselle, j’ai besoin de quelques renseignements supplémentaires, expliqua-t-il vivement.
Le secrétaire avait prévu cette question et il ajouta :
— Bien que monsieur Montpellier n’ait pas manifesté clairement le désir de vous revoir, il a montré beaucoup moins d’entêtement et manifeste moins d’opposition à une telle éventualité ... Bref, je suis persuadé, Mademoiselle que sous certaines conditions, il serait d’ici peu disposé à accepter votre visite.
Une véritable angoisse apparut dans les yeux de la jeune femme.
— Vous croyez ? S’exclama-t-elle émue. Et quelles seraient, à votre avis, ces conditions ?
— Il ne les a pas nettement précises, chère Mademoiselle. Cependant, lorsqu’il parle de vous, il vous reproche toujours et surtout la passion que vous lui portez ; j’en conclus que c’est là ce qui lui dépliait. De plus, il est furieux de vous entendre désigner la femme qu’il aime. Me suivez-vous ?
— Mais alors, pour quelles autres raisons irais-je donc le voir ? Questionna-t-elle, non sans ironie.
— Je vous comprends très bien, mademoiselle Alice, reprit Claude Lornier, mais croyez-moi, suivez mes conseils ; évitez de le contrarier. Témoignez à monsieur Montpellier une amitié très désintéressée et vous verrez à quel point, ensuite, il changera d’attitude envers vous ! J’insiste sur le mot « amitié » pure.
Alice leva sur lui des yeux étincelants de colère, de haine et de jalousie.
— C’est impossible ! S’écria-t-elle d’une voix sourde et irritée. Je ne puis me contenter de son amitié, car je l’aime et c’est son amour que je veux !
L’homme tressaillit à cette réponse, car il désirait éperdument cette femme merveilleuse. Cependant, il comprenait fort bien qu’il lui fallait encore ronger son frein ; aussi poursuivit-il d’une voix persuasive :
— Je vous supplie de bien réfléchir, Mademoiselle ! Que risquez-vous après tout, en suivant mon conseil ? Avec de l’habileté et un peu de patience, je suis certain que vous regagnerez vite l’amitié et la confiance de robert Montpellier. Le reste suivra, et peut-être finirez-vous par le convaincre que cette femme est réellement indigne de lui.
— Vous pouvez en être persuadé, car c’est une rien du tout ! Affirma-t-elle avec force.
Un lourd silence suivit, durant lequel Claude Lornier ne cessait d’admirer alice. La jeune femme le rompit la première en disant :
— Jecroisquejevaissuivrevotreconseil,MonsieurLornier,carjesuisprêteàtoutessayerpourrevoirRobert.Allezdoncletrouver ;dites-luiquejepenseluirendrevisitesouspeupourm’entreteniravecluiuniquementdelafaçondeledéfendre.Dites-luiaussiquejesuisprêteàluiprocurerunexcellentavocatetàluiavancerl’argentnécessairepourlesfraisdesonprocès,s’illefallait !
— Parfait ! Approuva Claude Lornier en souriant. Je suis absolument certain que cela le touchera beaucoup et je vais le lui communiquer sans tarder. Ce sont là, en effet, les arguments qu’il me fallait pour le convaincre et lui prouver que votre désir de le secourir est tout à fait désintéressé. Une telle attitude de votre part portera ses fruits avant peu, soyez-en sûre !
— L’important surtout est qu’il consente à me recevoir ! Soupira Alice, prise d’un doute soudain.
— Laissez-moi faire, Mademoiselle, conseilla Lornier. Je sais comment lui présenter la chose à pré&sent, et je suis certain de réussir à vous satisfaire.
Il va sans dire, cher ami, précisa-t-elle en lui souriant avec grâce, que je saurai vous prouver ma reconnaissance.
Le misérable leva une main pour protester.
— Je vous prie de ne pas me parler de la sorte, Mademoiselle ! S’écria-t-il. Je désire uniquement vous rendre service.
Cette réponse inattendue surprit beaucoup mademoiselle d’Evreux et elle fixa avec curiosité son interlocuteur qui, toujours assis sur le divan, baissant la tête, l’air attristé.
— Parlez-moi franchement, cher Monsieur, pria-t-elle. Qu’attendez-vous dont de moi ? Auriez-vous des visées autres que celles que vous avancez ?
Claude Lornier eut un sourire ambigu.
— C’est très possible, répondit-il évasivement. Mais laissez-moi vous dire que vous êtes la femme la plus merveilleuse que j’aie jamais rencontrée. Et comme je ne suis pas insensible à la beauté, bien au contraire, ne m’en veuillez pas de vous manifester toute mon admiration.
A cette déclaration inattendue, la sœur du marquis éclata de rire et reprit place sur le divan, à côté de Claude.
— Mais je ne vous en veux pas du tout, cher Monsieur, répondit-elle. Au contraire, cela me fait plutôt plaisir ; il est toujours flatteur pour une femme de susciter l’admiration des hommes. Toutefois, je pense que le moment est mal choisi pour ce genre d’entretien.
Le visage de Claude Lornier s’assombrit brusquement.
— Alors, soupira-t-il amèrement, vous voulez dire que je dois taire ce que cherche à vous exprimer mon cœur ? J’en suis réellement très peiné, Mademoiselle !
— Allons, allons, je vous en prie ! S’exclama Alice en haussant les épaules. Je voulais seulement vous faire comprendre que, pour l’instant, je suis préoccupée par quelque chose de trop grave et trop important et que je ne désire pas en être distraite.
— Ah ! Murmura-t-il, rassuré. Je ne vous ai donc pas fâchée en vous manifestant mes sentiments ?
— Pas du tout, bien que je me sois également rendue compte que ce compliment cachait quelque chose d’un peu ... osé ! Je vous prie, à présent de revenir à ce qui nous intéresse.
— Je savais bien que je n’ai pas de chance ! S’écria Lornier, vivement déçu de nouveau.
— Nesoyezpassipessimiste,monsieurLornier,s’empressa-t-ellederépliquerpourlerassurer.Réfléchissezunpeuàmasituationetcomprenezqu’actuellementjenepuispenseràautrechose.JedésirerevoirRobertMontpellieretjevousaidemandédem’aideràyparvenir,envousconfiantquej’aimecethomme.Commentvoulez-vousquedansuntelétatd’âme,jepuisseécouterlesdéclarationsd’unautre ?
— Vous avez raison, Mademoiselle, admit Claude Lornier avec calme ; j’ai été fort maladroit, mais parfois il est très difficile de maîtriser certains sentiments.
— Eh bien ! Dit la jeune fille, plus doucement, je vous prie seulement de ne plus revenir la dessus !
A SUIVRE A 9 H 10