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MOINEAUX SANS NID N° 123

26 Mars 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

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Aujourd'hui à 14 heures n'oubliez pas de regarder les photos que je publie tous les lundis. Donnez-moi vos commentaires, d'avance je vous remercie.

 

CHAPITRE 123Robert ne communiqua pas à Anna ce que Pierrot lui avait dévoilé concernant son pupille.

Il préférait surprendre l’enfant, croyant qu’il lui avouerait très facilement la vérité. Aussi, le lendemain, dès qu’il eut achevé de déjeuner, il appela le petit Guy.

— Guy, lui dit-il avec bonté, pourquoi as-tu cherché à me tromper ?

— Moi, parrain ! Bredouilla l’enfant, saisi.

— Oui, toi et ta mère, affirma sévèrement l’artiste.

— Et comment aurions-nous pu vous tromper ? Questionna hypocritement Guy en évitant le regard du peintre.

— Tu sais très bien que tu n’es pas le fils de mon ami Julien Delorme, reprit Montpellier et que ton vrai père est en vie et s’appelle Félix Carrel !

— Non, c’est faux ! S’exclama le petit garçon, très effrayé. Moi, je ne sais rien, mais maman m’a toujours affirmé que cet homme n’est pas mon père.

— Et lui, le sait-il ? Demanda robert en fronçant les sourcils.

— Sûrement, Monsieur, répondit Guy, récupérant un peu d’assurance, et persuadé que le peintre recommençait à croire ce qu’il disait.

— Je sens que tu mens, fit robert en hochant la tête. A ton âge, tu dois déjà comprendre combien il peut être grave pour toi d’essayer de te faire passer pour le fils de monsieur Delorme.

— Mais je le suis ! Protesta l’enfant avec véhémence, et ce sont ceux qui le nient qui mentent. Demandez plutôt à maman.

— C’est ce que je vais faire tout de suite, non que ce soit nécessaire, car j’ai la conviction que vous mentez tous, mais pour lui éviter, ainsi qu’à son mari, d’aller en prison pour des années et, à toi, d’être mis dans une maison de correction.

— Maman en prison ! S’écria le petit garçon, atterré.

— Oui, affirma sévèrement l’artiste, car, comme ton père, elle est très capable de se prêter à une aussi odieuse comédie.

— Oh ! Non, non, Monsieur ! Supplia l’enfant. Ayez pitié de nous !

— Vous avez pourtant bien projeté de vous emparer du bien d’autrui, constata Robert.

— Pas du tout, c’est notre bien ! Insista Guy, et je vous jure que ...

— Assez ! Trancha Montpellier avec colère, les yeux étincelants d’indignation. Je parlerai à ton père et nous verrons s’il osera nier la vérité.

Le jeune artiste sonna son valet de chambre et lui ordonna d’aller chercher Anna pour la conduire au second atelier qu’il possédait impasse Traînée, sur la Butte, et où il aimait tout particulièrement travailler sans être dérangé par ses familiers. Puis il quitta la maison avec Guy et se rendit de son côté à Montmartre.

Lorsqu’ils arrivèrent, Anna les attendait depuis quelques minutes.

— Je vous ai convoquée parce que j’ai à vous entretenir de choses de la plus grande gravité, lui dit robert sans autre préambule.

— Je vous écoute, cher Monsieur, répondit la comédienne avec beaucoup de calme, bien que devinant la menace contenue dans la voix de son interlocuteur.

Robert commença, l’air sévère et méprisant :

— Vous m’avez trompé, Madame ! Cet enfant n’est pas du tout le fils de mon pauvre ami Julien Delorme.

Anna feignit une stupéfaction admirablement jouée à laquelle se mêlait la plus vive indignation.

— Oh ! Que dites-vous là, monsieur Montpellier ? S’écria-t-elle. Qui a pu vous raconter une pareille stupidité.

— Le nom de celui qui m’a renseigné importe peu, répliqua-t-il sèchement. Je le sais et ça suffit.

— C’est une infâme calomnie, déclara Anna avec une parfaite assurance et celui qui l’a imaginée est un menteur, un jaloux.

— Je sais pourtant que Guy possède un père tout ce qu’il y a de plus vivant, poursuivit l’artiste, nullement impressionné par les affirmations de son interlocutrice.

L’ex-artiste ne se laissa pas intimider non plus, et répondit en souriant, très sûre d’elle.

— Ne l’ai-je jamais nié ! En effet, il a un père. Un père adoptif comme d’ailleurs, je suis sa mère adoptive, même s’il est toujours passé pour notre véritable enfant.

— Vous ne m’aviez jamais confié ce détail s’étonna Montpellier, quelque peu déçu.

— Parce que cela n’était pas du tout nécessaire, cher Monsieur, assura Anna Carrel avec conviction. Je vous avais pourtant déjà dit que, pour mon malheur, je possédais un mari qui ne m’a causé que les plus grands ennuis ... Quel besoin y avait-il de vous raconter que cet enfant n’était pas le fils de mon mari, alors que je vous avais révélé qu’il n’était pas le mien ?

— Vous avez raison, admit robert. Mais à présent, je doute de ...

— Pour l’amour du Ciel ! Interrompit-elle, comment pouvez douter de moi et de cet innocent ? Il est encore si petit !

Le jeune homme allait lui répondre, lorsqu’on frappa à la porte de l’atelier. Robert s’empressa d’aller ouvrir et Pierrot, accompagné d’un inconnu, entra dans la vaste pièce.

Guy et sa mère, pétrifiée, gardèrent le silence, tandis que Robert fixait Pierrot avec stupéfaction.

Ce dernier s’approcha du peintre et lui dit en désignant du geste l’homme qui était resté à quelques pas derrière lui :

— Permettez-moi, monsieur Montpellier, de vous présenter monsieur Félix Carrel.

Sans s’occuper de sa femme et de son fils, l’acteur se dirigea vivement vers le jeune homme et lui serra la main en s’exclamant :

— Je suis très heureux de connaître un homme de cœur tel que vous, Monsieur, car je suis, moi aussi, un honnête garçon.

— C’est moi qui suis ravi, Monsieur, répondit plus laconiquement Robert. Et j’ajoute que vous ne pouviez choisir un moment plus favorable pour venir chez moi.

Le nouveau venu sourit en disant :

— Je crois deviner ... Permettez-moi d’embrasser mon fils, tout d’abord.

Guy, les yeux brillants de larmes, semblait atterré ; la présence de Pierrot le glaçait et il pensait que si les événements se précipitaient de la sorte, c’était uniquement de sa faute.

Félix Carrel se pencha vers l’enfant avec une visible émotion et le petit garçon lui entoura le cou de ses bras en éclatant en violents sanglots. Anna, encore ahurie, commença à se ressaisir et, faisant appel à tout son sang froid, apostrophé ainsi son mari :

— Je suis heureuse mon cher, de te revoir après je ne sais combien de temps !

— Vous n’ignorez pas, Madame, que je vous ai interdit de m’adresser la parole depuis des années, répliqua sèchement Carrel, car il y a longtemps que vous êtes morte pour moi !

Elle haussa les épaules, méprisante ;

— Et toi pour moi ! D’ailleurs, pour ce à quoi tu me servais !

— Je vous prie de modérer vos paroles, madame, intervint Robert.

— Ne croyez surtout pas que je lui en veuille, reprit Anna. Après tout, il est toujours mon mari !

— Vous savez bien, reprit sévèrement l’acteur, que je n’ai jamais été un mari complaisant et que je vous ai pardonné de m’avoir trompé.

— C’est un odieux mensonge ! Protesta Anna avec indignation. Ne le croyez pas, monsieur Montpellier !

— Si je ne vous ai pas fait un mauvais parti, c’est que des voisins sont intervenus à temps pour vous arracher à ma colère, révéla l’acteur.

— Ne remâchez pas de ces lamentables souvenirs pour l’instant, je vous prie, demanda Robert.

— Fort bien, mais je ne pardonne rien ! Trancha Carrel, j’ai ma dignité.

Il se tut quelques secondes puis reprit gravement :

— Parlons plutôt en effet, du problème que m’a exposé ce jeune garçon.

Anna s’agitait sur sa chaise, puis comme le regard de son mari croisait le sien, elle s’écria, tout en lui faisant un petit clin d’œil discret :

— N’est-ce pas, Félix, que Guy n’est pas notre fils ?

— Tu es réellement une misérable !

— Ainsi, poursuivit Montpellier qui les observait très attentivement, vous affirmez que cet enfant ...

— ... est mon fils, certainement, Monsieur, compléta l’acteur, et moi, je ne le vends pas pour tout l’or de la terre !

— Que répondez-vous à cette déclaration, Madame ? Demanda Robert en se tournant vers la mère de Guy.

Anna d’un seul coup, vit s’écrouler les merveilleux rêves d’avenir qu’elle avait échafaudés. De plus, l’honnêteté de son mari l’impressionnait et elle ne trouva rien à expliquer.

— Je vous prie, à présent, de quitter tout de suite cette maison ! S’écria le jeune homme, ne parvenant pas à dominer sa colère. Vous avez commis une odieuse infamie !

Anna se leva sans mot dire, et, prenant son fils par la main, se dirigea vers la porte, lorsque Robert l’arrêta en ajoutant vivement :

— Une minute, encore, je vous prie !

Puis décrochant le téléphone, il forma le numéro d’Alice.

< Viens immédiatement me rejoindre à mon atelier de la Butte, lui dit-il. Il s’y passe des choses très graves. >

— Je suis ravie que mademoiselle d’Evreux vienne ici, s’écria Anna sur un ton de défi. Nous allons voir comment elle va pouvoir s’en tirer à son tour !

Robert préféra de ne pas répondre, tandis que Pierrot, toujours silencieux dans son coin, jouissait pleinement de son triomphe.

Le pauvre enfant s’imaginait de remporter déjà la victoire. Il pensait que, la preuve était établie de la ferme paternité de Julien Delorme concernant le petit Guy, nul, désormais, ne contesterait qu’il était, lui, le véritable fils du défunt ...

( A SUIVRE LE 29 MARS )

 

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