IL FAUDRAIT EN FRANCE 50 000 KM
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IL FAUDRAIT EN FRANCE 50 000 KILOMÈTRES
DE ROUTE NOUVELLES POUR LES AUTOS
Le gouvernement français a pris l'initiative de convoquer un « Congrès de la route » qui se tiendra au mois d'octobre. Chacun sait que nos routes sont détériorées par le passage des autos. Les problèmes à résoudre sont : garantir la solidité des routes et préserver les piétons contre la poussière et... l'écrasement. Améliorera-t-on les routes actuelles ? En créera-t-on de nouvelles ? L'avenir nous le dira. En tout cas tout le monde est intéressé à la solution du problème ; les automobilistes et les piétons.
Ce n'est pas une vaine image ; due seulement à l'imagination réclamière d'un fabricant, de dire que le pneu use la route. Il use même terriblement, il
la dévore et de telle façon que nos belles routes de France sont déjà devenues fort mauvaises et deviendront pires à mesure qu'augmenta d'intensité la circulation automobile.
M. Auscher qui a spécialement étudié ces dégradations de la route, et a résumé l'explication en quelques lignes d'aspect technique, mais de simple et facile compréhension.
Les pneus, dit-il, agissent à la surface d'une chaussée comme des ventouses et produisent un effet de succion qui aspire la poussière et le gravier et met à nu la mosaïque des empierrements et les joints des pavages.
En outre, il faut considérer qu'une roue qui a une vitesse de progression considérable, 20 à 25 mètres par seconde, détermine un flux d'air de vitesse égale.
Un calcul très simple montre que souvent le jet d'air engendré par une automobile à la même force vive et, par conséquent, la même force destructive qu'un jet d'eau d'une vitesse d'un mètre. Un pareil jet dégrade une chaussée, la désagrège et dégarnit les joints, le jet d'air doit donc produire les mêmes effets. On a bien cherché à remédier à ces dégradations par le pétrolage, l'arrosage avec des eaux mélangées de sels, le goudronnage, tous procédés qui avaient pour but de rendre la route plus résistante en renforçant la chaussée, en unissant de façon plus intime les divers matériaux, en les amalgamant pour ainsi dire. Ces procédés ont donné souvent de bons résultats, mais ils n'ont été employés qu'à titre d'expérience sur quelques routes spécialement fréquentées. Ils ont l'inconvénient de coûter assez cher et, du reste, il serait difficile de pétroler ou goudronner dans son entier, le réseau des routes françaises.
L'idéal serai évidemment de créer un nouveau réseau de routes réservées aux automobiles.
Ce n'est pas aujourd'hui d'ailleurs que date cette idée de routes spéciales pour les véhicules à grande vitesse.
Dès l'époque de la bicyclette on parla de créer des voies planes au seul usage des cyclistes.
Mais ces trottoirs spéciaux pour cyclistes n'existent guère qu'aux environs des grandes villes. Ils ont été créés par le Touring-Club et rendent d'ailleurs aux cycliste les plus grands services en leur évitant le contact pénible des routes pavées.
Mais l'automobile aujourd'hui réclame plus impérieusement que la bicyclette et pour de bien plus sérieuses raisons cette création qui serait aussi bien venue des piétons et des chauffeurs.
Chauffeurs et piétons sont les uns pour les autres un danger mutuel.
Les fous les « chauffards » ceux qui traitent la route en terre conquise, semant l'effroi, la mort et le deuil sur leur passage ont exaspéré la population contre les faiseurs de grande vitesse. D'autant que fuyant lâchement après avoir commis un massacre ou un accident, le chauffard s'est rendu doublement odieux.
D'autre part, l'agriculteur qui a péniblement lutté sur sa terre voit sa récolte détériorée, sinon compromise par le passage répété des voitures à grande vitesse.
En effet, toute la partie des récoltes situées au rebord même de la route est en quelque sorte sacrifiée.
Je crois d'ailleurs — ce n'est pas avoir paradoxal qu'il le paraît — que le piéton est aussi dangereux pour le chauffeur que le chauffeur l'est pour le piéton.
Évidemment c'est toujours celui-ci qui es l'écrasé et il se donne ainsi des airs de victime. Mais c'est presque toujours par sa faute.
Les chauffeurs ont appris à conduire, le piéton n'a jamais pu apprendre à marcher. Soit l'insouciance, soit ignorance du danger, soit inaptitude à l'évaluation des distances, le piéton, par exemple, choisit toujours pour traverser la route l'instant où le chauffeur va le dépasser.
Je me souviens qu'un jour, filant à bonne allure sur une route de Champagne toute droite, nous apercevions à trois cent mètres un paysan qui taillait des branches de peuplier. Il s'arrêta de tailler pour nous regarder venir. Nous allions... sans méfiance quand, tout d'un coup, comme nous venions à sa hauteur, il se mit à traverser la route, sans se presser d'ailleurs. Le chauffeur jura, donna un brusque coup de volant et pu éviter l'homme, mais nous fîmes une terrible embardée et nous faillîmes bien nous écraser sur le peuplier qu'il émondait.
Et comme nous lui demandions des explications il répondit :
— C'est à cause du poussièr !... le vent le porte par ici. Alors je suis allé de l'autre côté.
Piétons et chauffeurs ont donc un intérêt mutuel à divorcer, si j'ose dire, et à suivre des voies parallèles mais soigneusement spécialisées.
Les projets de routes automobiles n'ont pas manqué déjà. La plupart sont mort-nés.
D'autres sans se porter beaucoup mieux manifestent le temps à autre leur existence par quelques vagissements. C'est ainsi qu'il y a peu de mois on parlait de créer une route idéale qui irait tout droit de Paris à Saint-Germain.
Le projet de cette voie triomphale comportait à partir de Courbevoie, un boulevard de 35 mètres de largeur. Au centre une tranchée de 11 mètres d'ouverture contiendrait quatre lignes de rails d'un chemin de fer électrique à grande vitesse. A droite et à gauche, deux trottoirs d'un mètre réservés aux piétons. A droite, en allant vers la forêt, une voie de 7.50 m pour les automobiles et les cyclistes ; à gauche une chaussée de même largeur pour les voitures attelés. Enfin de chaque côté encore, un trottoir de trois mètres destiné aux piétons et que borderaient les jardins des villas.
L’automobile Club d'Amérique a conçu un projet analogue et plus formidable encore, puisqu'il comporte la création à New-York, de toutes pièces, d'une voie idéale aérienne réservée aux seuls automobilistes avec un trottoir piétons.
Ce sont là des routes idéales... chimériques comme les appelle M. Souvestre dans ses intéressantes études de la Route. Mais nous sommes à une époque où tant de chimères ont été réalisées qu'il ne faut pas désespérer de celle-là.
Ce serait vraiment une belle chose qu'une sorte de boulevard automobile qui ferait le tour de France, soit qu'on le crédit de toutes pièces, soit qu'on utilisât , au moins dans certaines parties, les routes existantes en les élargissant en relevant les virages en les doublant d'une voie ou d'un trottoir pour les piétons, en y faisant en un mot, les travaux de sécurité que l'Automobile-Club exécute chaque année pour le circuit du Grand Prix.
Cela coûterait cher, mais les automobilistes ne rechigneraient pas à payer pour avoir une route à eux où ils pourraient se livrer à toutes les griseries de la vitesse sans avoir à redouter les périls qui les attendent à chaque instant sur les chemins de tout le monde, et sans être pour l'agriculteur et pour le piéton une source continuelle de dangers et d'inquiétudes.
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REVUE NOS LOISIRS DU 2 AOUT 1908